Josefina Rodriguez, Economiste et stratégiste chez Vanguard. (crédit : DR)
Par Josefina Rodriguez, Economiste et stratégiste chez Vanguard
En bref : nous anticipons une hausse de 25 points de base (pb) lors de la réunion de la BCE de jeudi, qui porterait le taux de la facilité de dépôt à 2,50%, conformément aux anticipations du marché. Les nouvelles projections des services de la BCE devraient faire apparaître une activité plus dynamique que prévu, une inflation plus modérée à court terme, mais aussi des pressions inflationnistes plus persistantes à moyen terme sous l'effet de la hausse des prix de l'énergie. Si le Conseil des gouverneurs devrait largement soutenir cette hausse de taux, nous n'attendons pas d'indications précises sur la trajectoire à venir. Christine Lagarde devrait plutôt insister sur la dépendance aux données et sur une approche réunion par réunion, laissant ainsi ouverte la possibilité d'une pause comme celle d'un nouveau resserrement en fonction de l'évolution des perspectives d'inflation.
Points clés :
- La BCE devrait procéder à une nouvelle hausse de 25 pb. Les membres du Conseil des gouverneurs ont dans l'ensemble signalé leur soutien à un relèvement des taux lors de cette réunion, une décision désormais pleinement intégrée dans les prix de marché. La BCE devrait justifier cette hausse par la persistance des risques inflationnistes, notamment ceux liés au renchérissement de l'énergie et à la possibilité de pressions sur les prix plus durables.
- La croissance s'est montrée plus résiliente qu'attendu. Les dernières données d'activité ont globalement dépassé les anticipations. La croissance du PIB au deuxième trimestre a été supérieure aux prévisions et les enquêtes suggèrent que l'économie est restée solide malgré la persistance des incertitudes extérieures. Nous nous attendons donc à ce que les projections de la BCE intègrent de légères révisions à la hausse des perspectives de croissance pour 2026 et 2027.
- L'inflation à court terme a été plus faible, mais les risques à moyen terme se sont renforcés. Les dernières données d'inflation ont légèrement surpris à la baisse, tant pour l'inflation globale que pour l'inflation sous-jacente, qui évoluent en deçà des niveaux anticipés dans les projections de juin. Les indicateurs de salaires, les enquêtes et les mesures des anticipations d'inflation restent également globalement contenus. En revanche, la remontée des prix du gaz et, plus largement, de l'énergie laisse entrevoir des pressions inflationnistes plus fortes à plus long terme. Les nouvelles projections devraient donc combiner une inflation légèrement plus faible à court terme et une trajectoire plus persistante par la suite.
- La communication de la BCE devrait rester centrée sur la nécessité de conserver une certaine flexibilité. Nous pensons que la BCE maintiendra son diagnostic actuel, avec des risques baissiers sur la croissance et des risques haussiers sur l'inflation, tout en réaffirmant que ses décisions futures dépendront des données et seront prises réunion par réunion. Christine Lagarde devrait reconnaître le ralentissement récent de l'inflation, tout en mettant l'accent sur les risques liés à la hausse des prix de l'énergie. Elle devrait donc donner peu d'indications explicites sur l'éventualité d'un nouveau resserrement monétaire.
- Les risques entourant la trajectoire de politique monétaire penchent désormais vers un resserrement supplémentaire. Même si la BCE ne devrait pas s'engager à l'avance sur de nouvelles mesures, l'équilibre des risques a évolué dans un sens plus restrictif. Le maintien de prix élevés de l'énergie, la possibilité d'une inflation plus persistante et le risque d'effets de second tour devraient inciter le Conseil des gouverneurs à laisser la porte ouverte à de nouvelles hausses de taux si l'évolution de l'inflation devait se révéler moins favorable qu'anticipé.
Notre scénario : il devrait s'agir de la dernière hausse, mais le seuil déclenchant un nouveau resserrement reste relativement bas. Notre scénario central reste celui d'une dernière hausse de taux en septembre dans le cadre de ce cycle de resserrement. Malgré la résilience de la croissance, nous continuons d'estimer que le risque d'effets de second tour demeure limité. L'équilibre des risques s'est néanmoins déplacé en faveur d'un resserrement supplémentaire. Si les prix de l'énergie restent élevés ou si l'inflation repart à la hausse, le Conseil des gouverneurs pourrait procéder à un nouveau relèvement des taux d'ici la fin de l'année. À ce stade, nous nous attendons surtout à ce que la BCE préserve sa marge de manœuvre et évite de prendre un engagement ferme sur ses prochaines décisions de taux.
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