Un incendie de forêt en cours près de la commune de Lège-Cap-Ferret, en Gironde, le 25 juillet 2026 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Entre évacuations massives, trafic ferroviaire interrompu et autoroute coupée, la Gironde affronte une situation inédite face à un incendie hors de contrôle qui a déjà ravagé 42.000 hectares et contraint 220.000 personnes à quitter leur domicile, les flammes menaçant désormais les abords de Bordeaux.
"Ce feu est imprévisible et à chaque fois qu'on croit avoir remporté une bataille, malheureusement il nous surprend de la pire des façons qui soit. Et donc malheureusement, aucune date de retour aujourd'hui ne peux être annoncée", a déclaré sur BFMTV Jérôme Steffe, maire de Cestas, commune de 17.000 habitants située à une vingtaine de km de Bordeaux.
Des pompiers luttent contre un incendie à Arès, en Gironde, le 26 juillet 2026 ( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )
"Aujourd'hui, il est impossible de dire où s'arrêtera le feu", a-t-il souligné. Cestas est l'une des nouvelles communes évacuées dans la nuit à la demande de la préfecture de Gironde.
Sur les quais de la ville de Bordeaux, une fumée orangée obscurcissait le ciel au lever du jour dimanche, avec une forte odeur de brûlé dans les rues. Les fumées de l'incendie ont été perçues jusque dans le Massif Central à plusieurs centaines de kilomètres du foyer, et plusieurs préfectures ont appelé les administrés à ne pas prévenir les secours pour une simple odeur de brûlé.
"Progression rapide"
Au total, 55.000 nouvelles personnes dans des communes situées au sud-est du Bassin ou proches de la métropole (Marcheprime, Le Barp, Biganos, Mios, Cestas), ont été évacuées portant à 220.000 le nombre de personnes évacuées dans le département depuis mercredi.
Une maison au Porge dévastée par l'incendie hors norme qui frappe la Gironde, le 25 juillet 2026 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
C'est l'une des plus grandes évacuations jamais organisée en France à la suite d'incendies. Pas moins de 950 gendarmes sont engagés dans le département pour effectuer du porte-à-porte et s'assurer du départ de la population, a indiqué la gendarmerie à l'AFP.
La préfecture a fait état d'une "propagation rapide de l'incendie" en début de nuit, alimentée par la sécheresse de la végétation et des rafales atteignant 40 km/h. L'apparition d'un "pyrocumulonimbus", un nuage de feu capable de générer ses propres vents, a favorisé de nombreux sauts de feu, accélérant la progression du brasier.
Le feu a déjà ravagé 42.000 hectares, a indiqué la préfecture aux médias à l'aube, faisant de cet incendie l'un des plus importants recensés en France depuis la Seconde Guerre mondiale. En 1949, le grand incendie qui avait embrasé la forêt des Landes de Gascogne, le plus meurtrier jamais vu en France, avait ravagé environ 50.000 hectares.
Un camion de pompiers en action en lisière de route, le 26 juillet 2026 à Arès, en Gironde ( AFP / ROMAIN PERROCHEAU )
La progression des flammes perturbe également fortement les transports. L'autoroute A63 entre Bordeaux et l'Espagne est fermée sur 60 kilomètres et le trafic SNCF est interrompu au sud de Bordeaux jusqu'à nouvel ordre.
Incendie "long à combattre"
L'incendie "sera long à combattre" et "tant que le feu n'est pas fixé, il n'y aura pas de réintégration" des personnes évacuées, a prévenu dimanche le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez dans un entretien dans le journal La Tribune.
Carte montrant les zones brûlées en Gironde et dans les Landes lors de plusieurs mégafeux en 2022, et les deux incendies en cours le 24 juillet 2026, selon les données Effis du 24 juillet à 14h45 ( AFP / Jean-Michel CORNU )
En tout, 1.400 sapeurs-pompiers, 1.500 militaires et 1.700 forces de sécurité intérieure sont mobilisées.
Pour la première fois, un avion de transport militaire A400M a été utilisé pour lutter contre le feu, grâce à un dispositif développé par son fabricant Airbus et pouvant larguer 20.000 litres d'eau ou de produit retardant.
La dernière étape du Tour de France, qu s'achève dimanche à Paris, a été raccourcie pour permettre le redéploiement d'une partie des forces initialement mobilisées pour la sécuriser.
Des personnes évacuées à cause des incendies ont été accueillies au Parc des Expositions de Bordeaux, le 25 juillet 2026 ( AFP / ALAIN JOCARD )
Dans les Landes, la préfecture a annoncé dimanche matin que l'incendie survenu jeudi près de Biscarrosse était "mieux contenu mais pas fixé", concernant désormais 3.600 hectares contre environ 3.500 la veille. Quelque 3.000 personnes, sur 30.000 déplacées, ont été autorisées samedi soir à rentrer chez elles.
Dans le Var, 2.000 personnes restaient évacuées samedi soir en raison de l'incendie de Pontevès, encore très actif après avoir parcouru 4.000 hectares en cinq jours.
Des pompiers près du Lège-Cap-Ferret, en Gironde, le 25 juillet 2026 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
La Corse est aussi en proie depuis plusieurs jours à un incendie que les pompiers peinent à maîtriser en Haute-Corse, qui a parcouru plus de 800 hectares dans le secteur de Corte, selon les autorités.
Les différents incendies qui sévissent en France ont brûlé près de 98.000 hectares depuis le début de l'année, a indiqué samedi Laurent Nuñez.
"Un record historique", selon lui, alors que la forêt française doit faire face à un changement climatique qui va plus vite que la capacité des arbres à se renouveler.
Les climatologues du groupe World Weather Attribution ont, en effet, conclu que le changement climatique, causé principalement par la combustion continue du pétrole, du charbon et du gaz, rend la sécheresse actuelle plus sévère.
Or, Météo France explique dans une note consultée samedi par l'AFP que les phénomènes de pyrocumulonimbus et de tornades de feu sont nourris notamment par une végétation déshydratée après une grande période de sécheresse.

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