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« Il faut proposer aux particuliers des outils d'investissement plus accessibles » (Emmanuel Macron)

Boursorama25/05/2016 à 17:38

Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique. Photo : Gouvernement français.

Faut-il revoir la fiscalité du capital, encourager le risque au détriment de la rente, renforcer le poids des actionnaires français dans nos entreprises ? Autant de sujets d’actualité, parmi d’autres, qu’Emmanuel Macron aborde sans fard. Conscient du rôle non négligeable des épargnants dans ce débat, le Ministre de l’Économie a bien voulu répondre en exclusivité aux questions de la Fédération des Investisseurs Individuels et des Clubs d'investissement (F2IC - lire l’interview en intégralité sur F2IC.fr).

F2IC : Dans le récent entretien que vous avez accordé à L'Express, vous estimez qu'il faut favoriser trois types d'actionnaires : l'Etat, l'entrepreneur et les salariés. Pensez-vous que l'investisseur individuel – un épargnant qui comprend et accepte les contraintes de la prise de risque – n'a plus vraiment de rôle à jouer dans le développement du capitalisme français ?

Emmanuel Macron : L'investissement productif est au cœur de mes priorités, car c'est la condition de la rénovation de notre économie. Or, pour investir plus et mieux, notre économie doit pouvoir compter sur un spectre d'investisseurs aussi large que possible. La participation des ménages au financement de l'économie doit continuer à être encouragée comme nous l'avons fait depuis le début du quinquennat.

Dans le cadre de la stratégie pour les nouvelles opportunités économiques, dite NOÉ, j'ai d'ailleurs souhaité que cette participation soit renforcée. Cette ambition trouve une traduction concrète dans le projet de loi sur la transparence, la lutte contre la corruption, et la modernisation de la vie économique, qui prévoit la mise en place de « fonds de pension à la française ». Cette réforme permettra d'augmenter la part d'actions détenues dans le cadre de l'épargne retraite supplémentaire d'entreprise, donc par des épargnants individuels.

Pour autant, l'Etat, l'entrepreneur et les salariés ont également un rôle éminent à jouer comme actionnaires de long terme qui demeure essentiel.

En dix ans, le nombre d'actionnaires individuels a été divisé par plus de deux (à 3 millions). Surtout, ils ont considérablement vieilli. Le renouvellement des générations ne se fait plus aussi aisément que par le passé. Qu'est-ce que cela vous inspire ?

Notre population d'actionnaires individuels s'est constituée à partir du milieu des années 80, notamment au fil des privatisations. Ces actionnaires individuels ont fait la force du capitalisme français. Or, depuis 35 ans, nous n'avons pas connu d'appel d'air comparable. Je vois au moins trois raisons à cela.

La première, c'est qu'il y a une concentration du patrimoine parmi les ménages les plus âgés. La deuxième, c'est que le temps de remboursement des biens immobiliers s'est allongé : les jeunes ménages consacrent une part croissante de leur épargne pour acquérir leur maison ou leur appartement, et ce sur une durée de plus en plus longue. Ce qu'ils investissent dans l'immobilier, c'est autant qu'ils n'investissent pas dans des valeurs mobilières. La troisième raison, c'est la complexification de l'environnement financier. On n'investit plus aujourd'hui aussi simplement qu'hier. C'est une barrière à l'entrée importante.

C'est la raison pour laquelle il faut proposer aux particuliers des outils d'investissement plus accessibles et plus lisibles. C'est le sens des mesures prises par le Gouvernement pour renforcer les investissements en actions dans les contrats d'assurance-vie ou à travers le PEA-PME. C'est aussi le sens de l'encouragement à l'actionnariat salarié que j'ai porté dans ma loi.

C'est enfin l'objet du nouveau cadre juridique entré en vigueur le 1er octobre 2014 pour le financement participatif, plus incitatif et plus souple, pour que les particuliers qui souhaitent fournir du financement en dette – c'est-à-dire, prêter à des entreprises – ou en capital – c'est-à-dire investir en l'occurrence dans des actions non cotées – puissent le faire plus facilement. Un des objectifs de ces réformes est précisément de démocratiser – ou de « re-démocratiser » – l'actionnariat individuel.

Sur la fiscalité, traiter le capital comme le travail, n'est-il pas antinomique alors que le niveau de risque est si différent ? Même si l'on accepte ce principe, encore faut-il qu'il soit convenablement appliqué. Or, l'écart est net sur les prélèvements sociaux. Ne serait-il équitable de les aligner ?

L'opposition n'est pas entre travail et capital, mais entre risque et rente. Mon objectif, c'est donc de récompenser ceux qui essaient, qui tentent et qui osent. C'est pour favoriser le risque que le Gouvernement a réformé, par exemple, la fiscalité sur les plus-values mobilières, notamment au bénéfice des jeunes entreprises. Dans la même veine, le Gouvernement a pris la décision de créer d'un compte entrepreneur-investisseur. Il permettra aux entrepreneurs d'investir plus facilement dans d'autres sociétés que les leurs. C'est de cette manière que nous parviendrons à développer l'écosystème de capitaux-risqueurs et d'entrepreneurs-investisseurs qui est encore insuffisamment robuste en France.

Nous pouvons aller encore plus loin : notre système contient encore beaucoup d'imperfections. Il faut donc poursuivre le travail de réforme pour favoriser toujours plus le risque face à la rente.

Dans le fond, le rééquilibrage entre le risque et la rente est-il un sujet fiscal ou réglementaire ?

Les deux ! Il faut marcher sur deux jambes et faire évoluer, en même temps, notre système réglementaire et notre système fiscal pour faire advenir une économie de l'innovation.

Sur le plan réglementaire, il y a deux moyens d'y parvenir : lever les blocages qui empêchent concrètement ceux qui veulent entreprendre, d'une part – nous avons commencé à le faire, avec la loi croissance et activité, dans le champ de professions réglementées du droit ; et rendre l'échec moins coûteux, d'autre part – là encore, nous avons réalisé des avancées très concrètes, en supprimant par exemple l'indicateur 040 de la Banque de France.

Ensuite, sur le plan fiscal, vous avez raison, les incitations ne sont pas forcément les bonnes et tiennent insuffisamment compte du niveau de risque. Certains produits sans risques sont en effet favorisés par rapport à des produits plus risqués. C'est typiquement le cas de l'assurance-vie qui bénéficie d'un régime fiscalo-social très avantageux. A cet égard l'introduction de l'eurocroissance constitue une réforme non-fiscale de nature à favoriser une meilleure mobilisation de l'assurance-vie au service du financement de l'économie et au bénéfice de tous : des assureurs, des épargnants et de l'économie.

Nous avons néanmoins commencé à faire évoluer la situation dans le champ fiscal avec la réforme des plus-values mobilières, ou encore l'augmentation du plafond du PEA et la création du PEA-PME. Nous avons aussi pris des mesures plus spécifiques comme une exonération des plus-values des SICAV monétaires en cas de réinvestissement dans un PEA-PME. Tout cela va dans le bon sens : celui d'un rééquilibrage de l'orientation de la fiscalité vers la prise de risque.

Le temps ne serait-il pas venu de revoir de fond en comble notre fiscalité du capital ?

C'est moins le niveau des prélèvements sur le capital qui pose problème que le morcellement et la structure de la fiscalité. Plutôt que de réviser « de fond en comble », je crois que la priorité est de simplifier pour que notre fiscalité taxe la rente et soutienne le risque en incitant l'épargne à financer l'économie réelle.

Nous avons pris des mesures importantes en ce sens, pour les entreprises en particulier, dans le cadre du Pacte de responsabilité et de solidarité : la suppression de la C3S, celle de la contribution exceptionnelle d'impôt sur les sociétés (IS), ou encore la baisse annoncée du taux d'IS.

Plus de visibilité, plus de simplicité donc, oui, mais une refonte n'est pas à l'ordre du jour. Notre système fiscal a ses lacunes, que nous sommes en train de corriger, mais il est d'une robustesse rare, et il offre à nos entreprises des dispositifs de soutien uniques en leur genre : je pense par exemple au Crédit d'Impôt Recherche, qui est l'outil fiscal de soutien à la R&D le plus incitatif d'Europe. Il faut avoir une vision large de l'environnement fiscal français, et le fait est qu'il est extrêmement compétitif.

(…)

Retrouvez l’intégralité de l’interview d’Emmanuel Macron sur f2ic.fr.

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