par Pascal Rossignol, Stéphane Mahé et Manuel Ausloos
WIMEREUX, Pas-de-Calais, 16 décembre (Reuters) - Dans la nuit noire, sur une plage du nord de la France, un petit groupe de policiers tente, torche à la main, d'empêcher des dizaines de migrants d'embarquer sur un bateau gonflable à destination de l'Angleterre.
Les migrants, en majorité des hommes d'origine kurde, ne montrent aucune intention d'obtempérer. Certains portent sur l'épaule le bateau jusqu'aux eaux glacées de la Manche, dans laquelle ils n'hésitent pas à s'immerger jusqu'à la taille, d'autres s'interposent avec détermination entre eux et les policiers.
La scène est confuse. Il y a des cris, des pleurs, mais pas de violence. En sous-nombre, les policiers laissent finalement les migrants embarquer pour ce voyage périlleux qui a coûté la vie à 27 de leurs camarades après le naufrage de leur embarcation dans la Manche le mois dernier.
"Ils veulent aller en Angleterre, c'est tout", commente un policier, résigné.
Londres reproche aux autorités françaises de ne pas assez surveiller leurs côtes, Paris pointant de son côté du doigt l'appel d'air créé par la législation britannique qui permet aux immigrés clandestins de travailler.
"Merci, merci", lance une femme aux forces de l'ordre en montant dans le bateau gris.
Malgré le froid, le risque de naufrage, l'accueil incertain de l'autre côté de la Manche où le gouvernement britannique menace de renvoyer les bateaux de migrants vers les eaux françaises, les réfugiés sont toujours aussi nombreux à souhaiter rallier la Grande-Bretagne pour, dans une majorité écrasante de cas, y demander l'asile politique.
"J'arrive d'Allemagne, j'ai un rêve, aller au Royaume-Uni, c'est mon rêve, c'est mon souhait", souffle un homme, masque chirurgical noir sur le visage, bonnet en laine sur la tête et gilet de sauvetage rouge sur le dos.
Au fond du bateau pneumatique surchargé, une petite fille vêtue d'une doudoune rose pleure, une autre se blottit dans les bras de sa mère pendant que les hommes s'affairent tant bien que mal à installer un vieux moteur Mercury de 50 chevaux, dont la bonne marche décidera de l'issue de la traversée.
"S'il vous plaît, aidez-nous, aidez-nous à aller au Royaume-Uni", lance un homme aux policiers.
Le moteur finit par démarrer, davantage d'hommes se hissent à bord, trempés jusqu'aux os, avant que l'embarcation ne disparaisse dans la nuit sur une mer sans vagues.
Quelques heures plus tard, ce jeudi de décembre, alors que le jour s'est levé sur la plage de Wimereux, près de Calais, un autre bateau gonflable prendra la direction de l'Angleterre, avec à son bord une quarantaine de personnes à bord accrochés à leur destin.
(Reportage de Pascal Rossignol, Manuel Ausloos et Stéphane Mahé, écrit par Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)

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