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Exail Technologies : de bonnes dispositions à confirmer
information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 26/10/2023 à 08:30

Jérôme Lieury
Jérôme Lieury

Jérôme Lieury

Olier Etudes & Recherches

Analyste financier, membre du Cercle des analystes

https://www.olier-etudes-recherche.fr/

Le site Interne d'Exail Technologies (crédit : Boursorama)

Le site Interne d'Exail Technologies (crédit : Boursorama)

La profession informatique a le don de produire régulièrement de grandes nouveautés, et on a eu droit ces dernières années à l'ADAS, autrement dit la conduite autonome, aux cryptomonnaies et à la blockchain, ainsi qu'au métavers, et on est à présent en plein dans l'intelligence artificielle, surtout l'IA dite "générative" ou encore "GenAI" pour les fins connaisseurs.

On peut remarquer qu'à chaque fois ces belles innovations ont fait beaucoup de bruit dans les médias, et le plus souvent suscité de forts mouvements en Bourse sur les titres de sociétés qui permettaient a priori de bien investir dedans. Et qu'il y a de fait à chaque fois un discours de fonds, qui est largement amplifié par lesdits médias, qui reprennent les dires des nouveaux experts dans ces nouvelles matières, et par les brokers qui se fendent de belles études sur ces sujets d'avenir à l'attention de leurs clients investisseurs, et par des armées de consultants, qui sont là pour vendre aussi. Et que ce discours de fonds véhicule inévitablement deux idées très simples en fait : a) il est de bon ton d'être branché et/ou investi dans cette grande nouveauté, puisqu'avec elle le monde ne sera plus jamais comme avant (et rater ça fait de vous un perdant définitif), et, b) il n'y en aura pas pour tout le monde, et il faut donc se dépêcher.

Faire la part du "hype" autant que possible

Bref : on nous submerge d'informations (qui saturent vire nos capacités intellectuelles, il faut le dire) et on crée un sentiment d'urgence, et il y a un mot pour ça : le "hype". Et il y a eu indubitablement beaucoup de "hype" autour de ces dernières innovations, lesquelles, avec le recul du temps, n'ont pas toutes vraiment conquis la planète : l'ADAS est toujours en test dans les rues pentues de San Francisco, les cryptomonnaies restent des monnaies privées parmi d'autres, la blockchain n'a pas remplacé les systèmes bancaires, et les acheteurs de biens immobiliers et autres NFT dans les métavers des uns et des autres n'ont pas vraiment fait de bons placements dans l'ensemble (même chez Snoop Dogg). Et si tout le monde a son avis sur la révolution de l'intelligence artificielle, laquelle, soit dit en passant, a l'air de consommer beaucoup d'électricité, cette révolution commence à se faire attendre, comme beaucoup d'autres.

Les technologies changent le monde, c'est un fait aussi

Ceci étant, s'il y a eu en son temps beaucoup de "hype" autour de l'internet, ce qui a créé une fabuleuse bulle boursière en 2000 dont l'explosion a fait beaucoup de dégâts en 2001, l'internet a néanmoins apporté un grand changement dans la façon de communiquer, et aussi et surtout dans la façon de commercer : il est de fait devenu une réalité le jour où on a installé dans les navigateurs les logiciels de cryptage RSA qui permettent d'acheter en ligne avec sa carte bleue, et ça a été une vraie révolution (il y en a).
Tout comme les progrès de la robotique, même s'ils semblent difficiles à appliquer à la circulation automobile (qui a tout l'air d'un univers chaotique, ce qui n'aide pas) ont créé le monde nouveau des drones. Avec, hélas! des applications militaires, mais aussi beaucoup d'applications civiles, Dieu merci : cartographie, relevés 3D, surveillance des récoltes, livraisons de colis pour les drones volants, travaux en environnement hostile pour les drones terrestres mais aussi exploration sous-marine et travaux dans l'offshore profond, recherche hydrographique pour les drones aquatiques et ainsi de suite, voire à la frontière de ces deux mondes : déminage.
C'est là : les drones maritimes, que Groupe Gorgé, coté en Bourse depuis 1998, est venu se positionner. En changeant beaucoup et en devenant Exail Technologies.

Exail Technologies : ETI de haute technologie, sans aucun doute

Avec un siège social à Paris, mais des sites industriels à Toulon, Montpellier, Lannion, et depuis peu, Ostende, Exail Technologies devrait réaliser un chiffre d'affaires de 320 millions d'euros cette année avec 1 640 salariés environ, dont une forte proportion d'ingénieurs, et deux grandes filiales : a) ECA, qui conçoit et fabrique en fait toutes sortes d'équipements électroniques/systèmes robotiques, qui vont non seulement dans les machines industrielles (le métier historique), mais aussi dans les bateaux, les avions, etc… et réalise pour cette bonne raison plus de la moitié de ses ventes à l'export, et, b) iXblue, une société experte en photonique et en gyroscopes lasers, qui produit toutes sortes d'instruments depuis les capteurs quantiques utilisés en gravimétrie de grande précision (et même dans des ordinateurs quantiques, qui doivent révolutionner un jour toute l'informatique) jusqu'aux systèmes de positionnement et donc de navigation, et aux systèmes de communication acoustique dits "FLS Sonar" pour engins et robots sous-marins notamment, y compris et surtout ceux que l'on opère dans les grandes profondeurs : les ROV.

On trouve donc chez Exail Technologies des centrales inertielles qui servent pour la navigation et aussi des machines complètes, principalement des engins autonomes qui naviguent en surface, comme l'USV DriX, ou sous la mer, comme le K-STER, et autrement dit des drones, soit un sujet on ne peut plus à la mode par les temps qui courent.

Inutile de préciser que Exail travaille pour des clients comme Airbus, Thales Alenia Space, ou encore OHB dans le spatial, Thales,Nexter, BAE Systems, Naval Group, Kongsberg, ou encore General Dynamics dans la Défense, et Orsted, Renault, SNCF, EDF Renouvelables, Saipem, Sperry Marine, etc… dans le civil. A titre d'illustration, Exail exécute en ce moment un grand contrat gagné par ECA en 2019 en coopération avec Naval Group : la fourniture d'équipements, dont de nombreux drones de détection, pour les 12 navires chasseurs de mines des marines belge et hollandaise, et leur maintien en condition opérationnelle. Soit en tout 500 millions de revenus sur de nombreuses années. Autre grand contrat emblématique : le nouveau système de navigation inertielle pour les sous-marins de la Royal Navy. Etc…

Une histoire un peu compliquée, sans aucun doute aussi

Pour mémoire, Exail Technologies est l'ex-Groupe Gorgé (lui-même ex-Finuchem créé en 1990), qui s'était développé dans la robotique industrielle pour l'automobile à partir du rachat d'un spécialiste : ECA en 1992, et renforcé depuis dans les systèmes de protection de sites à risque (centrale nucléaires, par exemple)/protection anti incendie, avec les acquisitions de Baumert et CLF-Satrem. Groupe Gorgé est entré aussi dans d'autres activités : les drones, avec ELTA, et l'architecture navale avec Mauric, et enfin la fabrication additive, autrement dit l'impression 3D, en créant une branche spécialisée, mise en Bourse en 2013 sous le joli nom de Prodways.

Le groupe est ensuite plus ou moins sorti de la protection anti-incendie en cédant ses filiales ou en faisant entrer des investisseurs dans leur capital, tout comme il a fini par céder totalement son reliquat de participation dans Prodways (par distribution de titres en juin 2023). Et, inversement, a fusionné ECA en septembre 2022 avec une nouvelle acquisition : iXblue (cf ci-dessus) pour devenir Exail Technologies. Tout en restant une affaire contrôlée à 43% par la famille du fondateur, et dirigée à présent par son fils.

Un phénomène plus simple à observer à présent, et de bons semestriels 2023 aussi

Sur la base du périmètre actuel (que l'on espère à peu près stabilisé pour un certain temps), Exail Technologie travaille à présent avec deux divisions : a) Navigation & Robotique Maritime (74% chiffre d'affaires), qui a pris pour 108 millions d'euros de commandes au premier semestre : systèmes de navigation et de positionnement, drone chasseur de mines, première commandes pour la navigation satellite, extensions de contrats, etc… plus des commandes pour la maintenance des drones en activité, et pour la modernisation des Garde-Côtes US, et b) Technologies Avancées (24% chiffre d'affaires), qui vend bien ses composants optiques à l'extérieur, avec une croissance de +28% sur le semestre, tout en fournissant l'autre division.

Les chiffres du 1er semestre 2023, les premiers comptes publiés avec la nouvelle configuration (iXblue n'a été consolidé que 3 mois en 2022) semblent plutôt bons, avec une croissance des ventes de +14% à périmètre comparable, une marge opérationnelle (le rapport entre le résultat opérationnel : le chiffre d'affaires moins toutes les charges, y compris les amortissements/chiffre d'affaires) en augmentation de +4,9 points à 11,3%, soit un bon niveau pour une affaire industrielle. Et un résultat net en forte progression aussi, mais à corriger d'éléments exceptionnels, très notamment une grosse plus-value sur la vente de l'activité de systèmes de protection (ISP), ce qui est bien, mais aussi une révision en baisse de la valeur des titres Prodways, puisque le cours de Bourse desdits titres avait fortement baissé entre le 1er janvier et leur distribution, ce qui l'est moins.

De bonnes perspectives….

La direction d'Exail envisage l'avenir avec confiance semble-t-il, en commençant par une croissance organique des ventes attendu à +15% cette année, et encore des gains de marge au deuxième semestre. Et elle table pour le plus long terme sur un marché adressable estimé à 3,5 milliards d'euros par an dans la Défense, un marché nettement en croissance (pour des raisons sur lesquelles nous ne reviendrons pas), avec de nombreux appels d'offre en cours. Sur lesquels Exail est bien positionné pour le naval militaire a priori, même si le groupe est encore un challenger. Et des marchés civils estimés à 4,5 milliards d'euros par an, tiré par le développement de l'éolien offshore et les EnR en général, le New Space, etc…, avec en plus de nouvelles applications en développement pour la construction/travaux publics, le ferroviaire, etc…. Et toujours l'amélioration des produits existants : la R&D va rester très importante chez Exail, après 18 dépôts de brevets depuis le début de l'année, souvent dans des partenariats avec les clients, et pour des projets très High Tech comme combiner des capteurs quantiques avec des centrales inertielles, et ainsi de suite.

…mais quelques points à éclaircir

Puisque tout va bien en principe, la moindre des choses est de se demander par quel bout ses bonnes perspectives pourraient être remises en question. Et l'on peut, comme toujours, trouver quelques points de faiblesse : le premier étant que la société Exail, aussi belle soit-elle, est un acteur de taille assez moyenne, face à des concurrents souvent plus gros, et très sérieux a priori, comme les géants américains Northrop Grumman et Honeywell dans la navigation inertielle, ainsi que Atlas, Elbit, Thales, Ultra Electronics, Kongsberg et Saab dans les systèmes antimines en Europe.

Le second se trouvant dans les comptes : le bilan pêche un peu par i) un endettement élevé (un ratio Endettement Net/Fonds Propres de 121% fin juin), dont une obligation qui ne paiera ses intérêts qu'en fin de vie, et ii) un montage financier complexe pour l'absorption de iXblue qui a créé apparemment beaucoup d'intérêts minoritaires avec la structure Exail Holding. Alors que, iii) les comptes sont par construction sans antériorité, puisque le business démarre, en fait.

Cette belle histoire de haute technologie demande en conséquence confirmation. Mais, après tout, on a tout le temps, et il n'y a a priori pas beaucoup "hype" autour d'Exail, ce qui est plutôt bon signe.

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1 commentaire

  • 09 novembre 15:28

    j'ai lu jusqu'au bout, avec intérêt, des choses, bien écrites .....


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