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Espagne: l'ex-Premier ministre socialiste Zapatero visé par une enquête pour trafic d'influence
information fournie par AFP 19/05/2026 à 14:25

L'ex-Premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero à Guadalajara, au Mexique, le 1er décembre 2021 ( AFP / Ulises Ruiz )

L'ex-Premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero à Guadalajara, au Mexique, le 1er décembre 2021 ( AFP / Ulises Ruiz )

L'ex-Premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, qui a dirigé l'Espagne de 2004 à 2011, est mis en cause pour trafic d'influence dans l'enquête sur le sauvetage en 2021 d'une petite compagnie aérienne, une première dans le pays pour un ancien chef de gouvernement.

Il a été convoqué le 2 juin prochain pour être entendu par le juge chargé de cette enquête, José Luis Calama, a indiqué mardi l'Audience nationale, le tribunal spécialisé en Espagne dans les affaires les plus sensibles.

M. Zapatero sera entendu en tant que "chef présumé d'une structure stable et hiérarchisée de trafic d'influence", ayant notamment "eu recours (...) à des circuits financiers opaques" pour "dissimuler l'origine et la destination des fonds" et obtenir des pots-de-vin, a précisé l'Audience nationale citant l'ordonnance du juge.

Ce réseau était, selon les termes du juge transmis par l'Audience nationale, "structuré et dirigé par José Luis Rodríguez Zapatero".

Au coeur de l'enquête: le sauvetage, en pleine pandémie de Covid-19, de la compagnie aérienne Plus Ultra, renflouée grâce à un prêt de 53 millions d'euros d'argent public en mars 2021.

Le siège de la compagnie est à Madrid, mais l'entreprise compte parmi ses principaux actionnaires des hommes d'affaires vénézuéliens, présentés par l'opposition de droite comme des proches du régime du président déchu Nicolas Maduro.

Plus Ultra, poids plume du ciel espagnol, ne desservait en 2021 que l'Equateur, le Pérou et le Venezuela, avec quatre Airbus A-340.

- Commission occultes ? -

La compagnie avait pourtant bénéficié de ce prêt d'urgence accordé par le gouvernement du socialiste Pedro Sánchez.

Selon l'Audience nationale, les enquêteurs s'intéressent à une société de conseil appartenant à un proche de M. Zapatero. Celle-ci aurait servi de relais financier pour verser des commissions occultes.

Le sauvetage de Plus Ultra avait outré l'opposition de droite: soulignant que l'entreprise était liée au Venezuela, elle avait aussi pointé que le ministre espagnol des Transports de l'époque José Luis Abalos avait rencontré à Madrid en janvier 2020 la N.2 du gouvernement vénézuélien Delcy Rodriguez, alors interdite d'entrée dans l'Union européenne, et qui a depuis succédé à Nicolas Maduro.

Des perquisitions ont eu lieu dans les bureaux de l'ancien chef du gouvernement et de trois autres sociétés, a indiqué mardi le tribunal.

Il s'agit des entreprises de ses filles selon les médias espagnols.

Comme plusieurs autres proches de l'actuel Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, José Luis Ábalos est lui-même au coeur d'autres enquêtes judiciaires, dont l'une lui a récemment valu de comparaître notamment pour corruption à Madrid, dans un procès dont il attend le verdict.

- "La muse" de Pedro Sánchez -

La nouvelle de la mise en cause de l'ancien Premier ministre socialiste a suscité les railleries du Parti populaire (PP, droite): "Zapatero est la muse du +sanchisme+ et cette muse est poursuivie par l'Audience nationale", a fustigé le PP dans des déclarations envoyées à la presse, estimant que MM. Zapatero et Sánchez "ont tous deux utilisé leur famille pour s'enrichir".

La porte-parole du gouvernement de Pedro Sánchez, Elma Saiz, a de son côté pris la défense de l'ancien Premier ministre de gauche, fustigeant "la rancœur nourrie (par) la droite à son égard".

"Que la justice rende justice", a-t-elle poursuivi en conférence de presse à l'issue du Conseil des ministres, appelant au respect de "la présomption d'innocence".

La nouvelle des poursuites visant José Luis Rodriguez Zapatero survient au surlendemain d'une nouvelle lourde défaite électorale pour le PSOE du Premier ministre Pedro Sánchez, en Andalousie, région la plus peuplée d'Espagne, où la droite l'a emporté tout en ne parvenant pas à conserver sa majorité absolue.

Plusieurs proches de M. Sánchez sont visés par des enquêtes judiciaires, dont son frère David, prochainement jugé pour trafic d'influence, ou son épouse Begoña Gómez, qui pourrait comparaître pour corruption.

Aucun chef de gouvernement ou ex-Premier ministre n'avait jusqu'ici été poursuivi en Espagne, même si plusieurs d'entre eux, dont Pedro Sánchez, mais aussi son prédécesseur du PP Mariano Rajoy ou José Maria Aznar (PP également) ont déjà été convoqués pour être entendus lors d'enquêtes judiciaires ou même de procès.

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