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Equasens : il n'y a pas que les "Magnificent Seven" dans la vie
information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 15/04/2024 à 08:06

Jérôme Lieury
Jérôme Lieury

Jérôme Lieury

Olier Etudes & Recherches

Analyste financier, membre du Cercle des analystes

https://www.olier-etudes-recherche.fr/

Equasens est un éditeur de logiciels spécialiste des applicatifs de gestion pour les pharmacies. (source : Adobe Stock)

Equasens est un éditeur de logiciels spécialiste des applicatifs de gestion pour les pharmacies. (source : Adobe Stock)

Même si ça se tasse un peu depuis deux mois, le retour des grandes valeurs High Tech américaines, rebaptisées "Magnificent Seven" depuis qu'on a ajouté Tesla et surtout Nvidia aux "vielles" Microsoft, Apple, Amazon, Meta et Alphabet aura été rien moins que fracassant avec un indice Nasdaq à +43% en 2023. Grâce avant tout à la nouvelle grande nouveauté informatique de l'Intelligence Artificielle, surtout celle qui écrit du texte, ce qui semble bien pratique pour remplir les médias entre les espaces publicitaires, et permet aussi selon certains de mieux robotiser encore les centres d'appel : la fameuse "Gen AI" avec ses non-moins fameux Large Language Models, lesquels devraient bientôt donner des conseils boursiers infaillibles, c'est inévitable.

Mais dans le monde de la High Tech, il n'y a pas que ces géants qui semblent tout écraser sur leur passage avec leurs nouveautés toujours révolutionnaires (au début du moins), il y a aussi pas mal d'entreprises dont les produits, tout autant à base de code informatique que chez les grands, servent beaucoup tous les jours, et génèrent en conséquence du chiffre d'affaires, de la croissance et de la marge. Et aussi beaucoup de cash relativement même si c'est à moins grande échelle : un logiciel, rappelons-le, peut être un produit merveilleusement rentable puisqu'il ne coûte pratiquement rien à dupliquer, pour peu qu'on lui trouve beaucoup de clients une fois développé. Et bien débuggé s'entend.

Les logiciels de gestion pour PME, c'est moins glamour, mais ce n'est pas mal non plus

Et, de fait, on peut trouver sur les marchés d'actions de bons exemples de sociétés plutôt High Tech nettement moins magnificentes que les sus-nommés mais très profitables cependant. Notamment chez les éditeurs de logiciels de gestion pour PME et commerces indépendants, comme l'anglais Sage et l'américain Intuit, qui est quant à lui très loin d'être tout petit. Sage a dégagé une marge opérationnelle (le rapport entre ce qui reste du chiffre d'affaires une fois qu'on a tout payé et compté les amortissements, et le chiffre d'affaires lui-même) de plus de 20% en 2023, et Intuit a fait encore bien mieux avec 38%, ce qui n'est pas mal du tout si l'on songe qu'Alphabet-Google a fait seulement du 27%, derrière Meta-FaceBook et ses 35% et Microsoft et ses 42% (chiffres obtenus à partir de l'onglet Consensus sur Boursorama).

Et on a une vraie perle cotée sur le marché parisien avec Equasens, qui est un éditeur de logiciels spécialiste des applicatifs de gestion pour les pharmacies, et qui ne dépare pas la collection avec une marge opérationnelle qui se tient plutôt bien, puisqu'elle est restée au-dessus des 25% sur ses trois derniers exercices.

Equasens : les trois quarts du business avec les pharmaciens

Basé à Villers-lès-Nancy (54), Equasens a réalisé un chiffre d'affaires de 219,7 millions d'euros en 2023 avec 1 400 personnes en tout, la principale division de la société étant Pharmagest, qui contribue pour 74% du chiffre d'affaires 2023 avec son produit id. Un logiciel qui est une collection très complète de fonctionnalités pour la gestion d'officines depuis la gestion des ordonnances et de tout ce qui va autour (Carte Vitale, etc…) jusqu'à l'étiquetage électronique et aux portiques anti-vol, puisqu'une pharmacie est aussi un magasin où on ne vend pas que des médicaments, loin s'en faut. Pharmagest a) propose aussi des services divers depuis les solutions de sauvegardes de données externalisées, d'anti-virus, de transmission sécurisée/messagerie instantanée, etc… b) installe et maintient les systèmes informatiques de ses clients pharmaciens, et c) propose enfin toutes sortes de formations ad hoc, dispensées sur place ou à distance. Equasens revendique plus de 8 500 officines clientes Pharmagest en France, avec aussi une présence en Belgique, au Luxembourg, où est aussi déployée l'offre id.. Sans parler de l'Italie, où la société est entrée en reprenant une activité de services aux grossistes-répartiteurs (Macrosoft : logiciels de commandes) et se développe à présent avec une force de vente qui propose une version de id. déclinée pour ce marché.

De bonnes technologies a priori, et une offre foisonnante à côté de Pharmagest

Inutile de préciser qu'Equasens a été le premier éditeur référencé Ségur du Numérique de Santé avec id., le premier logiciel fonctionnel cochant toutes les cases du cahier de charge. Le Ségur étant une grande concertation menée par le gouvernement pour moderniser le système de santé en investissant massivement dans le numérique pour uniformiser/homogénéiser les données médicales et arriver enfin à un vrai Dossier Médical Partagé entre le citoyen patient et les professionnels. Avec à la clé un investissement public de 600 millions d'euros pour en assurer la mise en place matérielle et logicielle.

Equasens développe par ailleurs d'autres activités en déclinant les fonctionnalités de Pharmagest pour des métiers connexes avec a) la division Axigate Link : logiciels pour hôpitaux (Hospilink DPI : Dossier Patient Informatisé), Maisons de retraite (Titan, Titanlink, Malta Informatique : idem), Hospitalisation à Domicile (Domilink HAD) qui contribuent pour 14% de son activité 2023, et ont aussi obtenu le référencement Ségur, ainsi que b) l'offre Medical Solutions pour la gestion de cabinets médicaux (MédiStory + Medilink et Infilink) encore petite, soit 4% du chiffre d'affaires. Et ce n'est pas tout : Equasens à une filiale, E-Connect, qui conçoit des appareils connectés : capteurs NOVIAcare, bornes mobiles Kapelse, etc pour professionnels de santé, en plus d'une petite activité de courtage de solutions de location/financement pour les mêmes professionnels avec la plateforme Leasa by Nanceo.

Cette offre foisonnante s'enrichit souvent avec des acquisitions de technologies, telles Atoopharm : 200 solutions d'e-learning en compétences pharmaceutiques, Pratilog : télétransmission médecin, Speesh2sense : reconnaissance vocale et/ou d'activités nouvelles, ADV un petit éditeur allemand de logiciels d'officines, et très récemment Digipharmacie, une plateforme de traitement des factures fournisseurs, qui relie 14 000 pharmacies abonnées à 300 cabinets comptables et traite 1 million de factures par mois.

De la croissance, des super marges, et un très bon bilan

Le groupe emploie en tout non seulement plus de 250 développeurs informatiques mais aussi 500 commerciaux structurés en agences régionales, qui s'appuient sur un centre d'appel accessible 6 jours sur 7, soit une force de vente dédiée aux clients pharmaciens, qui assure un suivi régulier pour utiliser au mieux id., et des vendeurs qui démarchent aussi les officines qui n'ont pas id. Bref : une intégration verticale, ce qui n'est pas toujours le cas dans ce beau métier du logiciel, qui permet de bien fidéliser la clientèle, puisque le taux de résiliation est faible selon la direction. Alors que, par ailleurs, ces logiciels sont majoritairement commercialisés sous forme de licence en local, avec des redevances mensuelles pour le support et la maintenance, même si Equasens peut aussi délivrer en mode Saas, soit en tout une récurrence assez forte des revenus. D'autant que ces revenus sont en croissance plutôt régulière avec l'élargissement de la base de clientèle, et toujours plus de produits à proposer, la digitalisation générale aidant.

Avec une bonne profitabilité, on l'a dit, soit une marge opérationnelle de plus de 25% en moyenne. Même si l'exercice 2023 est un peu moins glorieux (tout est relatif) avec une croissance plus faible que d'habitude, soit +2,6% en publié, liée avant tout selon la direction à effet mix défavorable : le logiciel Médical Solutions compatible Ségur, qui a bien mobilisé les développeurs, a été déployé dans les cabinets médicaux avec un prix capé à 284€ par licence, soit bien moins que le prix habituel de la licence. Et avec une marge en baisse de -1,1 point à 25,4% un peu pour cette raison, et aussi parce que les charges de personnel ont augmenté plus vite que l'activité, soit +7%, entre les augmentations de salaires et les recrutements.

Mais qu'importe après tout : avec une marge nette de 21,4% (le rapport avec le résultat net après impôt et le chiffre d'affaires), Equasens a généré une fois de plus en 2023 une forte capacité d'autofinancement, et, partant, encore beaucoup de trésorerie libre (: ce qui reste de la capacité d'autofinancement une fois les investissements, et les acquisitions, payés, autrement dit le free cash-flow en bon franglais financier). Ce qui se retrouve dans une trésorerie brute (les liquidités en caisse en fin d'année + les placements obligataires) encore en augmentation, et que l'on peut sans ambages qualifier de pléthorique, et un endettement net toujours très négatif, Equasens portant une dette financière de 69 millions d'euros fin décembre face à 137 millions de trésorerie, ce qui n'est pas rien.

Stratégie : le long-terme avant tout, et pour cause

Equasens est l'ex-Pharmagest Interactive, qui a changé de nom en mai 2022, en changeant aussi éventuellement de stratégie : capitaliser sur la forte position en France pour se développer dans les pays limitrophes, et enrichir l'offre en développant aussi des savoir-faire connexes, et en procédant éventuellement à des acquisitions. Tout ça pour couvrir toujours mieux le maillage des professionnels de santé autour du patient : de l'officine au médecin, en passant par l'hôpital, l'ehpad, l'infirmière, le kinésithérapeute, et les traitements à domicile.

Avec un nouveau grand développement en cours : le marché allemand, sur lequel Equasens a pris pied en rachetant ADV, qui sert 350 clients pharmaciens dans un seul länder (+ Berlin) pour le moment, mais apporte les compétences métiers locales, et en s'associant avec Arz Haan, un prestataire de services de facturations etc… qui sert déjà 4 000 pharmacies quant à lui. Avec l'ambition de lancer d'ici deux ans une version germanisée de Id. et en espérant le même succès qu'en Italie, où la croissance pourrait être encore plus forte avec plus de commerciaux selon la direction.

Une stratégie inscrite dans le long terme, donc, mais aussi dans le durable avec l'ambition affichée d'apporter toujours "plus de technologie pour plus d'humain". Ce qui se comprend bien puisque Equasens est en fait le bras armé d'une coopérative de 4 000 pharmaciens : Wellcoop, actionnaire à hauteur de 66,63% à la fois directement à hauteur de 6,1% et via sa filiale (à 98%) Marque Verte Santé SA.
Une garantie de bonne gestion pour la suite, sans aucun doute.

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