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En fuite au Liban, Ghosn dit refuser d'être "otage" au Japon
information fournie par Reuters31/12/2019 à 17:38

    * L'ex-patron de Renault-Nissan a quitté le Japon pour
Beyrouth
    * Il dénonce une justice japonaise "partiale"
    * Un comportement "inexcusable" dit l'un de ses avocats
    * Ghosn n'est "pas au-dessus des lois", estime Paris
    * Le flou demeure sur les circonstances de son départ

 (Actualisé avec nouveaux éléments)
    par Tim Kelly et Issam Abdallah
    BEYROUTH/TOKYO, 31 décembre (Reuters) - Carlos Ghosn, patron
déchu de Renault  RENA.PA  et de Nissan  7201.T , a annoncé
mardi avoir fui le Japon pour le Liban dans des circonstances
encore mystérieuses, un nouveau rebondissement dans une affaire
qui a secoué l'industrie automobile et fragilisé l'alliance
entre les deux constructeurs automobiles.
    L'ancien patron star dit refuser d'être "otage" d'un système
judiciaire japonais, qu'il accuse d'être "partial".             
    Il a été arrêté au Japon en novembre 2018 pour des
accusations de malversations financières lorsqu'il était PDG de
Nissan, accusations qu'il a toujours rejetées.   Son
procès est prévu en 2020.
    Carlos Ghosn a été libéré en mars dernier en échange du
versement d'une caution d'un milliard de yens (7,9 millions
d'euros environ) avant d'être de nouveau arrêté par la justice
japonaise puis placé en résidence surveillée en avril avec
interdiction de quitter le pays.    
    "Je suis à présent au Liban. Je ne suis plus l'otage d'un
système judiciaire japonais partial où prévaut la présomption de
culpabilité, où la discrimination est généralisée et où les
droits de l'homme sont bafoués", dit Carlos Ghosn, 65 ans, dans
un bref communiqué diffusé mardi.
    "Je n'ai pas fui la justice - je me suis libéré de
l'injustice et de la persécution politique", ajoute celui qui
possède les nationalités française, libanaise et brésilienne.
"Je peux enfin communiquer librement avec les médias, ce que je
ferai dès la semaine prochaine."
    On ignore pour l'instant comment Carlos Ghosn est parvenu à
quitter le Japon, où il était censé faire l'objet d'une
surveillance étroite et où il avait remis ses passeports à la
justice.
    
    UNE AFFAIRE PRIVÉE, SELON LA DIPLOMATIE LIBANAISE
    Selon une source haut placée au ministère libanais des
Affaires étrangères, il est entré légalement au Liban avec un
passeport français et sa carte d'identité libanaise. Selon
plusieurs autres sources proches du dossier, il est arrivé à
Beyrouth à bord d'un jet privé en provenance d'Istanbul.
    Les ministères français et libanais des Affaires étrangères
ont chacun fait savoir qu'ils n'avaient aucune information sur
les circonstances de la fuite. 
    C'est une affaire d'ordre de privé, selon la diplomatie
libanaise. 
    "Les autorités françaises ont appris par la presse l'arrivée
de Carlos Ghosn au Liban", a pour sa part fait savoir le Quai
d'Orsay lors d'un point de presse électronique.
    L'ancien patron ne devrait en tout cas pas être inquiété par
la justice libanaise, selon la Direction générale de la sécurité
générale, citée par l'agence de presse NNA.
    La chaîne de télévision publique japonaise NHK a rapporté
que les services japonais de l'immigration n'avaient aucun
élément attestant du fait qu'il avait quitté le pays. 
    L'un des avocats de Carlos Ghosn au Japon, Junichiro
Hironaka, a déclaré à la presse que ses trois passeports étaient
toujours aux mains de ses défenseurs et a jugé "inexcusable" le
comportement de son client. 
    Le Japon n'ayant signé des traités d'extradition qu'avec les
Etats-Unis et la Corée du Sud selon le ministère de la Justice,
il sera sans doute très difficile de contraindre Carlos Ghosn à
revenir comparaître à son procès. 
    Si son arrestation a précipité sa disgrâce dans l'opinion
publique japonaise, Carlos Ghosn reste très populaire au Liban,
où il a grandi et où il conserve de précieux appuis.
    En France, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de
l'Economie Agnès Pannier-Runacher s'est déclarée "très surprise"
par l'annonce du départ de Carlos Ghosn du Japon. 
    Tout en soulignant qu'il n'était "pas au-dessus des lois",
Agnès Pannier-Runacher a précisé sur France Inter que le soutien
consulaire de la France lui était acquis, comme à tout citoyen
français. Mais elle a reconnu que "si un ressortissant étranger
fuyait la justice française, on serait très fâché".
    
    L'HOMME D'AFFAIRES SE DIT VICTIME D'UN COMPLOT
    A Beyrouth, une poignée de policiers et d'agents de sécurité
privés montaient la garde mardi devant une villa appartenant à
Carlos Ghosn, dans le quartier d'Achrafieh.
    L'ex-président de Renault et Nissan est accusé par la
justice japonaise d'avoir dissimulé une partie de ses revenus au
fisc et de s'être enrichi personnellement à hauteur de plusieurs
millions d'euros par le biais de paiements à des intermédiaires
au Moyen-Orient.
    Ses avocats ont demandé en octobre au tribunal du district
de Tokyo d'annuler les poursuites, accusant les procureurs et
des représentants de Nissan de collusion dans le but d'"évincer"
Carlos Ghosn et de l'empêcher de renforcer l'alliance avec
Renault.  
    L'homme d'affaires n'a eu de cesse de clamer son innocence
et s'est dit victime d'un "complot".  
    Nissan a démis Carlos Ghosn de la présidence du groupe à
l'issue d'une enquête interne, en l'accusant de fraude
financière et d'avoir utilisé des fonds du groupe à des fins
privées.      
    Son arrestation et son incarcération ont abouti à une
redistribution des cartes chez Renault et chez Nissan, tout en
contribuant à tendre les relations entre les deux partenaires.
     
    L'affaire a aussi mis en lumière la sévérité du système
judiciaire du Japon, où les suspects peuvent être détenus
pendant de longues périodes sans inculpation et être interrogés
jusqu'à huit heures par jour sans la présence d'un avocat.
    La justice japonaise a systématiquement rejeté toutes les
demandes visant à assouplir les conditions de la libération sous
caution de Carlos Ghosn, notamment l'interdiction de contacter
son épouse.
    En France, l'ancien président de Renault est sous le coup
d'une enquête du parquet sur le financement de son mariage au
château de Versailles.

 (avec Nicolas Delame et Christian Lowe à Paris, Kevin Buckland,
Linda Sieg et David Dolan à Tokyo, Eric Knecht à Beyrouth, David
Shepardson à Washington; version française Jean-Michel Belot,
Simon Carraud et Jean Terzian, édité par Matthieu Protard)
 

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6 commentaires

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  • M7166371
    31 décembre19:08

    comme tout migrant confronté à l'arbitraire politique d'un Etat non démocratique dans son fonctionnement , il a le droit de se protéger quand il considère sa liberté et sa vie en danger


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