par Mei Mei Chu, Antoni Slodkowski et Trevor Hunnicutt
Donald Trump avait prédit il y a un an que sa politique de droits de douane élevés permettrait de faire plier la Chine, principal rival économique des Etats-Unis, avec l'objectif de rééquilibrer la balance commerciale entre les deux pays.
Mais cette ambition a depuis lors pris du plomb dans l'aile, alors que les taxes douanières dites "réciproques" ont été retoquées en février dernier par la Cour suprême américaine et que des décisions de justice sont venues contester des mesures alternatives décidées par le président américain.
Selon des analystes politiques, Donald Trump se rend cette semaine en Chine avec des attentes plus limitées: obtenir des accords sur les achats par la Chine de boeuf et soja américains, une commande d'avions Boeing BA.N et l'aide de Pékin pour mettre fin à la guerre en Iran, impopulaire aux Etats-Unis, à six mois des élections de mi-mandat au Congrès ("midterms").
La situation illustre, ont dit les analystes, à quel point l'approche grandiloquente du président américain ne lui a pas permis de disposer d'un ascendant au moment de s'entretenir jeudi avec son homologue chinois Xi Jinping, pour leur première rencontre depuis celle d'octobre dernier ayant entériné une trêve commerciale sino-américaine.
Donald Trump a "en quelque sorte davantage besoin de la Chine que la Chine n'a besoin de lui", a estimé Alejandro Reyes, professeur spécialisé en politique étrangère chinoise à l'université de Hong Kong.
Le président américain "a besoin d'une victoire de politique étrangère, une victoire montrant qu'il cherche à assurer la stabilité dans le monde et qu'il n'est pas seulement en train de bouleverser les politiques mondiales", a-t-il ajouté.
Depuis la brève réunion organisée en marge d'un forum en Corée du Sud lors de laquelle Donald Trump a suspendu les droits de douane de plus de 100% sur les produits chinois et Xi Jinping a levé les restrictions sur les exportations de terres rares, Pékin a discrètement renforcé ses outils de pression économique à l'égard de Washington.
PAS D'AVANCÉES MAJEURES ATTENDUES
Plusieurs représentants impliqués dans les préparatifs du sommet prévu entre Donald Trump et Xi Jinping ont dit douter de potentielles annonces économiques majeures et même de l'hypothèse que les deux dirigeants conviennent de prolonger la trêve commerciale bilatérale.
Si des dirigeants d'entreprises, parmi lesquels Elon Musk (Tesla TSLA.O ) et Tim Cook (Apple AAPL.O ), seront du déplacement, la délégation accompagnant le président américain sera plus réduite que lors de sa précédente visite à Pékin, en 2017, lors de la première année de son premier mandat.
En plus des questions commerciales, Donald Trump a fait savoir lundi qu'il entendait discuter avec Xi Jinping des ventes d'armes à Taïwan et du sort du magnat hongkongais de la presse Jimmy Lai. "Pendant des années avec nos présidents précédents, la Chine a profité de nous, et maintenant nos relations sont géniales", a-t-il dit, mettant également en avant son "grand respect" pour son homologue chinois.
La rhétorique est bien différente de celle adoptée par Donald Trump en avril 2025 quand il a écrit sur son réseau Truth Social que ses droits de douane feraient réaliser à la Chine qu'elle ne pourrait plus jamais "dépouiller" les Etats-Unis.
Sauf que Pékin a répondu aux droits de douane élevés de Washington par des restrictions sur les exportations de terres rares, mettant subitement en exergue la dépendance de l'Occident à son égard, alors qu'il s'agit de minerais critiques pour un éventail de chaînes de production.
Les deux plus grandes puissances économiques mondiales ont alors scellé une trêve.
VERS UNE "TRÊVE SUPERFICIELLE" ?
Depuis lors, Donald Trump s'est lancé dans d'autres batailles, au Venezuela, dont l'armée américaine a capturé le président, au sein de l'Otan en menaçant d'annexer le Groenland, et en lançant une campagne militaire en Iran ayant plongé le Moyen-Orient dans le chaos et déclenché un choc énergétique mondial.
Le président américain veut désormais que Pékin, qui entretient des liens avec l'Iran dont il est l'un des principaux importateurs de pétrole, convainque Téhéran de conclure un accord avec Washington pour mettre fin au conflit.
Matt Pottinger, membre de l'équipe de conseillers à la sécurité nationale de la Maison banche lors du premier mandat de Donald Trump, a déclaré la semaine dernière lors d'un forum à Taipei que la Chine était favorable à une issue qui affaiblirait la puissance des Etats-Unis mais qu'elle n'était pas protégée des répercussions économiques d'un conflit prolongé en Iran.
Reste que la Chine aura ses propres demandes. Alors que Taïwan figure parmi les principales préoccupations de Xi Jinping, certains craignent que Pékin profite de la situation pour acter une opération militaire contre l'île démocratique, qu'il considère comme une province renégate. Une simple modification de la rhétorique dans la position de soutien de Washington à Taipei pourrait suffire à provoquer des secousses parmi les alliés des Etats-Unis en Asie.
Wu Xinbo, professeur à l'université Fudan à Shanghaï et membre du conseil consultatif du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré qu'il serait opportun pour Donald Trump de dire clairement qu'il "ne soutiendra pas l'indépendance (de Taïwan) ni ne prendra de mesures encourageant un programme politique séparatiste".
D'après des sources au fait des discussions entre Washington et Pékin, le gouvernement chinois veut également que l'administration Trump s'engage à ne pas prendre à l'avenir de mesures de représailles contre la Chine, telles que des restrictions sur les exportations de technologies, et qu'elle supprime ses restrictions actuelles sur les semiconducteurs.
Au final, il est vraisemblable que l'issue du sommet Trump-Xi soit "une trêve superficielle largement au bénéfice de la Chine", a commenté Scott Kennedy, du Centre pour les études stratégiques et internationales, think tank basé à Washington.
(Mei Mei Chu, Antoni Slodkowski et Trevor Hunnicutt, avec la contribution de Laurie Chen à Pékin et Ben Blanchard à Taipei; version française Jean Terzian)

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