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El Niño risque de coûter de 10 à 20 milliards de dollars à l'Afrique
information fournie par Reuters 27/07/2026 à 18:12
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par Simon Jessop et Marc Jones

L'imminence d'un possible "super" El Niño est susceptible d'infliger des pertes totales comprises entre 10 et 20 milliards de dollars (de 8,8 à 17,6 milliards d'euros) aux pays africains concernés, a dit à Reuters le principal expert en climat de la Banque africaine de développement (BAD).

Il a ajouté que ce phénomène climatique - qui provoque souvent de graves sécheresses, inondations et tempêtes en Afrique - pourrait également provoquer des migrations massives à partir des zones les plus durement touchées.

El Niño - et sa phase opposée La Niña - sont les noms donnés à une variation naturelle du climat, qui induit une variation marquée de la température des eaux de l'océan Pacifique équatorial et une modification de la circulation atmosphérique mondiale.

L'un des épisodes les plus intenses de ce type, qui se manifeste tous les deux à sept ans et dure généralement entre neuf et 12 mois, s'est produit en 2015 et 2016, provoquant alors une sécheresse généralisée en Asie et une forte baisse de la production de céréales et d'oléagineux.

Plus tôt dans l'année, Météo France avait déclaré que le nouvel événement El Niño qui se met en place "pourrait même atteindre des niveaux tels qu'on parlerait de 'super El Niño'".

Outre la menace qui pèse sur la sécurité alimentaire et hydrique, les finances publiques et le secteur bancaire pourraient également être mis à mal si des catastrophes endommageaient les infrastructures et laissaient des pays à court de liquidités dans l'incapacité de rembourser les prêts correspondants.

"À lui seul, cet événement va réduire le PIB des pays fortement touchés de 1% à 2% en moyenne, ce qui représente environ 10 à 20 milliards de dollars à l'échelle du continent", a déclaré Anthony Nyong, directeur chargé du changement climatique et de la croissance verte à la BAD, lors d'un entretien.

Les dernières prévisions de la BAD, publiées en mai, tablaient sur une croissance économique de 4,2% pour l'Afrique dans son ensemble cette année, passant à 4,4% en 2027, à condition que le conflit américano-israélien contre l'Iran s’apaise.

Ces prévisions dataient toutefois d'avant l'annonce d'un possible "super" El Niño.

Le phénomène El Niño de 2023 à 2024 avait provoqué une grave sécheresse en Afrique australe ainsi que de fortes pluies et des inondations en Afrique de l'Est. Ces conditions avaient entraîné des mauvaises récoltes généralisées, une flambée des prix alimentaires et des hausses record du niveau de la mer le long des côtes du continent.

"Lorsque ces chocs se produisent, les pays font deux pas en arrière. Nous ne voulons pas que nos pays sombrent dans la pauvreté", a dit Anthony Nyong.

Il a ajouté que la BAD était prête à restructurer des projets pour aider les pays à faire face aux effets d'El Niño et qu'elle travaillerait avec eux pour mobiliser un soutien multilatéral supplémentaire, notamment auprès du Fonds vert pour le climat, le plus grand fonds mondial dédié au climat.

Un rapport publié en octobre par les Nations unies estimait que d'ici 2035, les pays en développement auront collectivement besoin d'environ 365 milliards de dollars par an pour lutter contre le changement climatique, alors que le financement public international consacré à cette adaptation ne s'élevait qu'à 26 milliards de dollars en 2023.

Selon Anthony Nyong, l'Afrique aurait désormais besoin de pas moins de 100 milliards de dollars cette année, compte tenu de l'intensité prévue du phénomène El Niño.

Les pressions humanitaires viendraient s'ajouter aux problèmes, a-t-il ajouté et la banque a identifié le Soudan, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Mali, le Burundi et même le Nigeria comme des pays susceptibles de subir des répercussions particulièrement graves.

"Lorsque ce phénomène El Niño se produira, il y aura une migration de masse", a poursuivi Anthony Nyong, ajoutant que le prix du maïs - aliment de base essentiel dans de nombreux pays touchés - devrait doubler.

Tout cela indique que l'Afrique devra redoubler d'efforts pour renforcer sa résilience avant que les catastrophes ne frappent, a-t-il ajouté - un thème qui sera au cœur du prochain cycle de négociations mondiales sur le climat, prévu en Turquie.

(Version française Benoit Van Overstraeten)

Cette analyse a été élaborée par Reuters et diffusée par BOURSORAMA le 27/07/2026 à 18:12:22.

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