Jerome Powell, le président de la Fed (Crédits: Federal Reserve)
par Lewis Krauskopf, Laura Matthews et Suzanne McGee
Le statu quo opéré mercredi par la Réserve fédérale (Fed) sur ses taux d'intérêt est perçu par les investisseurs comme le début d'une pause prolongée dans le cycle d'assouplissement monétaire, qui devrait durer jusqu'à la fin du mandat du président Jerome Powell en mai.
Les contrats à terme sur les taux d'intérêt signalent une prochaine baisse des taux seulement lors de la réunion de juin, qui sera présidée par un nouveau patron de la Fed nommé par Donald Trump. Le président américain devrait annoncer son choix prochainement.
"L'économie se porte bien mais l'inflation est un peu tenace, et la Fed a eu raison de maintenir le statu quo", observe Tim Holland, directeur des investissements chez Orion.
"Nous serions très surpris si nous assistions à une nouvelle baisse des taux avec M. Powell à la barre."
L'affaiblissement du marché du travail a incité l'an dernier la Fed, dont le mandat porte à fois sur l'emploi et l'inflation, à abaisser les fonds fédéraux dans une fourchette actuelle de 3,50% à 3,75%. La pause observée mercredi intervient après trois abaissements successifs en septembre, octobre et décembre, et après un statu quo précédent de neuf mois.
Mercredi, Jerome Powell a souligné que le marché du travail avait montré des "signes de stabilisation" tandis que l'inflation "restait quelque peu élevée".
"Il faudrait que cette dynamique change pour que la Fed réduise à nouveau ses taux pendant le mandat du président Powell", souligne Michael Arone, responsable de la stratégie chez State Street Investment Management.
Une nouvelle baisse des taux sous Jerome Powell n'est pas totalement écartée mais apparaît peu probable.
Selon les données LSEG, les contrats à terme sur les fonds fédéraux suggèrent une probabilité inférieure à 30% d'une réduction des coûts d'emprunt lors des deux prochaines réunions de mars et avril. La probabilité est de 65% pour la réunion de juin.
NOUVEAU PRÉSIDENT, NOUVELLE BAISSE ?
Toute la question est désormais de savoir dans quelle mesure le prochain président de la Fed sera plus accommodant que Jerome Powell, cible d'attaques répétées de Donald Trump qui lui reproche de ne pas avoir baissé davantage les taux.
Les inquiétudes quant à la capacité de la banque centrale à fonctionner sans ingérence politique se sont intensifiées après que Jerome Powell a révélé, au début du mois, être menacé d'une enquête pénale de l'administration Trump portant officiellement sur les travaux de rénovation du siège de la Fed. Jerome Powell a dénoncé un prétexte et une tentative de faire pression sur la banque centrale.
"Nous commençons à réfléchir à ce à quoi ressemblera la politique de la Fed sous la houlette d'un nouveau président", indique Michael Reynolds, vice-président chargé de la stratégie d'investissement chez Glenmede.
Parmi les candidats à la succession de Jerome Powell figurent le gouverneur de la Fed Christopher Waller, l'ancien gouverneur de la banque centrale Kevin Warsh, le directeur des investissements obligataires de BlackRock Rick Rieder et le conseiller économique de la Maison blanche Kevin Hassett - même si ce dernier a dit préférer rester à son poste actuel.
Mardi, Donald Trump a prédit que les taux d'intérêt baisseraient après l'entrée en fonction du nouveau président.
"Quand nous aurons un excellent président de la Réserve fédérale (...) vous verrez les taux baisser considérablement", a-t-il déclaré lors d'un discours dans l'Iowa.
N'en déplaise toutefois au locataire de la Maison blanche, la marge de manoeuvre du prochain patron de la Fed ne sera pas illimitée, la décision sur les taux étant collégiale au sein du comité de politique monétaire (FOMC).
"Un président de la Fed plus accommodant influencerait-il les autres membres votants ? Je n'en suis pas sûr", observe Matthew Vegari, directeur de la recherche chez Clearwater Analytics. "Le président peut exercer une grande influence, mais ce sont des professionnels chevronnés."
(Rédigé par Lewis Krauskopf, Laura Matthews et Suzanne McGee ; version française Blandine Hénault, édité par Sophie Louet)

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