Aller au contenu principal
Fermer

Bruxelles, nouveau banquier de la défense européenne ?
information fournie par Zonebourse 29/07/2026 à 16:55
Ajoutez Boursorama à vos sources préférées

Longtemps cantonnée à un rôle de régulateur du marché, l'Union européenne est en train de devenir un acteur majeur du financement de l'industrie de la défense. Invasion de l'Ukraine, questionnements autour de l'engagement américain... il n'en fallait pas plus pour que Bruxelles déploie un vaste arsenal d'instruments visant à soutenir les investissements militaires, encourager les achats communs et renforcer l'autonomie stratégique du continent. Une évolution qui n'a échappé ni aux industriels... ni aux investisseurs.

Les chiffres peuvent laisser songeur : une dizaine d'avions de combat étaient encore développés en Europe dans les années 1930. Près d'un siècle plus tard, il n'en reste plus que... trois ! Le Rafale français, le Gripen suédois et l'Eurofighter. Une concentration qui témoigne de la difficulté croissante pour les Etats à financer seuls les technologies militaires les plus avancées.

En effet, "la sophistication croissante des armements a progressivement accru le coût de leur développement, réduisant peu à peu le nombre de nations capables d'envisager un développement souverain de l'ensemble de leurs programmes majeurs", souligne Leo Peria-Peigné dans Géopolitique de l'armement (Ed. Le Cavalier Bleu, 2026).

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'OTAN a, certes, pu constituer un socle occidental de défense, largement dominé par Washington. Mais l'invasion de l'Ukraine en 2022 et le retour tonitruant de Donald Trump à la Maison-Blanche ont précipité le mouvement de réarmement du continent. Ainsi, les critiques répétées du Républicain envers les dépenses militaires européennes, son scepticisme affiché quant à l'utilité de l'article 5 de l'OTAN (qui prévoit une assistance collective en cas d'agression d'un Etat membre) et ses ambitions affichées sur le Groenland ont convaincu une partie des dirigeants européens de la nécessité de renforcer leur autonomie militaire.

Mais la tâche est immense : vivant en paix depuis 80 ans, les Vingt-Sept ne disposent pas d'un budget militaire fédéral et doivent jongler entre programmes nationaux dispersés et souvent redondants, forte fragmentation industrielle, équipements peu interopérables et dépendance envers des fournisseurs extra-européens...

Bruxelles à la rescousse

C'est donc dans ce contexte que, depuis quelques années, Bruxelles construit et déploie toute une série d'instruments financiers destinés à accélérer les investissements militaires, soutenir les industriels européens et encourager les achats communs. Sans remettre en cause la souveraineté nationale des Etats membres, l'Union est progressivement devenue un acteur central du financement de l'écosystème de défense du Vieux Continent.

Pour le secteur, cette évolution constitue d'ailleurs l'un des changements de paradigme les plus importants des dernières années.

Concrètement, les dépenses de défense européennes sont passées de 350 milliards d'euros en 2024 à 418 milliards en 2025. Et elles devraient atteindre 454 milliards en 2026, soit une hausse de... 75% par rapport à 2021 ! Une dynamique notamment accompagnée par le plan "ReArm Europe" mis en place par Bruxelles et qui s'organise autour de deux grands mécanismes.

Bruxelles a ainsi accordé une plus grande flexibilité budgétaire aux Etats grâce à l'activation de la clause dérogatoire du Pacte de stabilité. Dix-huit Etats membres peuvent ainsi augmenter leurs dépenses de défense jusqu'à 1,5% de leur PIB pendant quatre ans, ce qui pourrait représenter environ 650 milliards d'euros d'investissements supplémentaires.

Par ailleurs, la mise en place du programme "SAFE" permet aux Etats d'avoir accès à 150 milliards d'euros de prêts européens. Le mécanisme repose sur une logique simple : l'Union emprunte sur les marchés financiers grâce à son excellente signature obligataire, puis prête ces fonds aux Etats membres à des conditions favorables afin qu'ils financent leurs investissements militaires.

Encourager les achats en commun

L'une des innovations majeures de SAFE réside dans la promotion des acquisitions conjointes. Le principe est simple : deux Etats membres (au moins) doivent acheter un même équipement afin de pouvoir bénéficier des prêts européens. Ce mécanisme permet de réduire les coûts unitaires, d'augmenter les volumes de production, d'améliorer l'interopérabilité des armées et de donner davantage de visibilité aux industriels.

Autre condition : un maximum 35% des composants peuvent provenir de pays situés en dehors de l'Union européenne, de l'Ukraine ou des pays de l'Espace économique européen et de l'AELE. Cette exigence vise à renforcer l'autonomie stratégique européenne en favorisant l'émergence d'une chaîne d'approvisionnement plus intégrée.

Les autres instruments européens

SAFE n'est toutefois que la partie la plus visible de l'arsenal européen. Bruxelles propose en effet plusieurs autres programmes, comme le Fonds européen de la défense, doté de 8,8 milliards d'euros sur la période 2021-2027 et qui vise à soutenir la R&D, mais aussi le programme EDIP (European Defence Industry Programme), qui prévoit 1,5 milliard d'euros de subventions entre 2025 et 2027 pour renforcer les capacités industrielles, ou encore l'EDIRPA, doté de 300 millions d'euros, visant également à encourager les acquisitions conjointes.

A cela s'ajoutent 1,7 milliard d'euros consacrés à la mobilité militaire ainsi que 500 millions d'euros destinés à accroître la production européenne de munitions.

Enfin, la Banque européenne d'investissement élargit progressivement son soutien au secteur en finançant désormais les infrastructures, les technologies ou encore les PME de défense,

Ce que ces changements impliquent pour les investisseurs

Au-delà des montants engagés, le secteur compose donc avec un réel changement de modèle : l'Union européenne contribue désormais directement à organiser le financement et le développement industriel du secteur, une dynamique appelée à se poursuivre au-delà de la guerre en Ukraine.

Pour les entreprises de défense, les avantages sont multiples. Les commandes groupées permettent d'enregistrer des volumes plus importants et de bâtir des calendriers de productions moins fragmentés et plus lisibles. Par ailleurs, l'exigence du programme SAFE imposant un certain nombre d'équipements européens constitue un réel avantage compétitif pour les industriels du continent, à l'instar d'Airbus, Thales, Leonardo, Rheinmetall ou Saab, tandis que les fournisseurs non européens pourraient voir leur accès au marché progressivement se réduire.

Ainsi, cette politique bruxelloise devrait engendrer des cycles d'investissement plus longs et conduire à accélérer la consolidation d'un secteur encore très fragmenté.

Valeurs associées

1 153,400 EUR XETRA +6,13%

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Mes listes

valeur

dernier

var.

91,14 +7,16%
8 408,27 -0,60%
1 508,5 -11,03%
23,86 -7,23%
5,281 +4,14%
Chargement...