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Brexit : ''L'incertitude pourrait se prolonger pendant deux ans''

Boursorama24/05/2016 à 17:40

Brexit : ''Les marchés ne manifestent pas d'inquiétudes excessives'' (David Desolneux)

Le 23 juin, les Britanniques se prononceront sur le maintien ou non de leur pays au sein de l'UE. L'issue est indécise et les sondages sont serrés, mais les sites de paris fixent à 70% la probabilité que le Royaume-Uni se maintienne au sein de l’UE. Pour David Desolneux, Directeur de la gestion chez KBL Richelieu Banque Privée, le Brexit présente un risque de contagion politique sans provoquer d'inquiétudes excessives sur les marchés.

Ce dont on peut être certain, c'est que l'incertitude continuera à prévaloir jusqu'au jour du scrutin. Et si les partisans de la séparation l'emportent, cette incertitude pourrait même se prolonger pendant deux ans, jusqu'à ce que la sortie de l'Union européenne devienne effective en juin 2018. La procédure du Traité de l'UE fixe en effet à deux ans la durée maximale pour la mise en place d'un nouvel accord bilatéral remplaçant le cadre européen.

Le Brexit « présente un risque de contagion »

Dans un tel cas, il est très probable que les modalités définitives régissant les accords commerciaux seront proches des règles actuelles. Mais le départ du Royaume-Uni, suivi éventuellement de l'indépendance de l'Ecosse, présente un risque de contagion qui pourrait alimenter les velléités séparatistes dans le reste de l'Union européenne et présenter un défi de taille pour la cohésion de l’Europe. L'incertitude est donc susceptible de dominer sur un horizon encore plus lointain.

Or les marchés n'aiment pas l'incertitude. Le sentiment d'anxiété pourrait donc accroître la volatilité, tant avant qu'après le vote si celui-ci est en faveur du Brexit, la plupart des turbulences étant susceptibles de se manifester immédiatement après un vote en faveur d'une sortie de l'UE. Alors qu'elle a déjà cédé environ 5% face à l'euro depuis le début de l'année, la livre sterling pourrait subir des pressions encore plus intenses en cas d'adieu britannique à l'Europe, surtout compte tenu du déficit considérable de la balance courante du Royaume-Uni qui, à 7%, a atteint son plus haut niveau historique et qui est de loin le plus important parmi les pays du G20.

« Réveil des sentiments nationalistes »

Sur le plan économique, un Brexit pèserait vraisemblablement sur l’évolution du PIB britannique, entraînerait une hausse de l'inflation et, parallèlement, contraindrait la Banque d'Angleterre a assouplir sa politique afin de soutenir l'économie À plus long terme, le chancelier britannique George Osborne estime qu'un Brexit se traduirait par un repli de 6,2 % du PIB britannique jusqu'en 2030.

Le secteur tertiaire serait probablement le plus touché, avec le risque que les banques transfèrent leur siège ou leurs activités sur le continent européen. L'impact dépendra de l'issue des négociations Le Royaume-Uni conclura-t-il un accord similaire à celui de la Norvège, de la Suisse ou de l'OMC ? Le premier est le plus favorable car le Royaume-Uni aurait ainsi accès au marche unique, celui de l'OMC est le moins favorable en raison des restrictions commerciales.

Par ailleurs, en raison du réveil des sentiments nationalistes qu'il susciterait vraisemblablement en Ecosse, un vote en faveur du Brexit pourrait déclencher la tenue d'un deuxième référendum sur l'indépendance de l'Ecosse et provoquer l'éclatement du Royaume-Uni. Compte tenu de l'ampleur apparente du soutien des Écossaise l'UE, l'Ecosse pourrait solliciter sa propre adhésion. Il est très difficile d'imaginer que la livre sterling pourrait prospérer dans un tel environnement compte tenu du lourd fardeau que représente le déficit de la balance courante britannique.

« Les marchés ne manifestent pas d'inquiétudes excessives »

Actuellement, les marchés ne manifestent pas d'inquiétudes excessives concernant le Brexit et le principal indice actions londonien, l'indice FTSE 100, a nettement surperformé l'Euro Stoxx 50 depuis le début 2016. Toutefois, il convient de souligner le caractère international de cet indice : environ 80 % des revenus des entreprises de l'indice proviennent en effet de l'étranger et de la hausse des prix du pétrole. En Europe, nous considérons le Brexit et ses conséquences négatives potentielles comme un important facteur de risque assorti d'un potentiel de volatilité accrue.

En revanche, nous ne pensons pas qu'un Brexit puisse faire vraiment dérailler les marchés d'actions du continent.

Bien que les services internes de la BCE aient qualifié de « limité » le risque qu'un Brexit mette en péril la reprise de la zone euro, il est probable que les valeurs refuges bénéficieraient d'un Brexit. Sur les marches des changes, une telle issue serait également favorable au franc suisse et au dollar américain.

« Nous continuons de penser que le Royaume-Uni restera au sein de l'UE »

En clair, nous continuons de penser que le Royaume-Uni restera au sein de l'Union européenne, mais tant que subsistera l'incertitude, il est probable que le ralentissement de l'économie britannique se poursuivra dans les mois à venir.

Dans ce contexte, la livre sterling est susceptible de s'affaiblir encore davantage. Le FMI a évoqué le risque de dommages considérables à l'échelle régionale et mondiale en cas de Brexit, notamment en ce qui concerne les relations commerciales existantes et les niveaux d'aversion pour le risque.

Toutefois, l'économie britannique ne représente que 4% du PIB mondial. Bien que l'impact négatif d'un Brexit puisse être considérable à de nombreux égards, il est probable que les conséquences directes les plus négatives seront subies par le Royaume Uni lui-même, tandis que l'incertitude pourrait être le thème majeur sur les marchés financiers internationaux.

David Desolneux, Directeur de la gestion chez KBL Richelieu Banque Privée

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