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« BCE, trop tôt pour faire plus ? » (Aurel BGC)

Boursorama21/01/2016 à 11:15

La BCE se réunit ce jeudi. Le courtier Aurel BGC analyse les débats qui devraient animer les discussions ainsi que les propos à attendre de Mario Draghi à 14h30.

La Banque Centrale Européenne (BCE) se réunit aujourd'hui, et son président Mario Draghi s'exprimera en conférence de presse à 14h30. Les investisseurs, qui souhaiteraient être rassurés suite aux récents soubresauts boursiers, seront particulièrement attentifs à ce discours.

« Les investisseurs comme les économistes attendent peu de la réunion du conseil des gouverneurs de la BCE, ce jeudi, même si les débats entre banquiers centraux pourraient être vifs », résument les économistes de la société de courtage Aurel BGC dans une note d’analyse publiée lundi 18 janvier en soirée.

Comme cela est régulièrement le cas, « lors de la conférence de presse, Mario Draghi devrait tenter de rassurer les investisseurs, si ce n’est sur la solidité de l’économie de la zone euro, du moins sur la capacité de la BCE à faire plus pour la soutenir, si nécessaire », envisage Aurel BGC.

Pourtant, au sein du conseil des gouverneurs de la BCE, les opinions divergent toujours sur les actions à réaliser à court terme : statu quo ou accélération de la relance ?

Certes, le compte-rendu de la dernière réunion de la BCE montre qu’« une majorité des membres du conseil des gouverneurs a estimé que le degré d’accommodation de la politique monétaire devait être augmenté en raison d’une dégradation des perspectives d’inflation », remarque le courtier.

Cependant, « quelques banquiers centraux se déclaraient inquiets que le rapport coût/bénéfice des mesures non-standard de politique monétaire pouvait devenir nettement défavorable », ajoute la même source. Ce risque fait notamment référence à l’éventuelle création d’une bulle sur les marchés financiers (actions et obligations) à cause des rachats massifs d’actifs de la part de la BCE sur les marchés, constituant le fameux plan de « quantitative easing ».

Le débat n’est pas bloqué pour autant au sein du conseil des gouverneurs, alors que le mois dernier déjà, « le taux de dépôt aurait pu être réduit de manière plus drastique et/ou les achats mensuels de titres auraient pu être augmentés. Si la majorité a rejeté ces appels, la porte ne semble pas fermée, si la situation venait à se dégrader encore ».

Or justement, la situation économique pose beaucoup de questions depuis le début de l’année. Les marchés se sont notamment inquiétés au cours des deux dernières semaines d’une dégradation de la conjoncture en Chine, dans les émergents et aux Etats-Unis, sur fond de chute des prix du pétrole.

L’Europe a également été affectée par ce mouvement boursier, même si le FMI semble n’entrevoir aucun impact de ces craintes sur l’économie européenne. L’institution a même relevé mardi 19 janvier ses prévisions de croissance 2016 en zone euro (+1,7% contre +1,6% précédemment).

Les chiffres de la croissance européenne restent néanmoins sans intérêt aux yeux de la BCE, qui reste avant tout obnubilée par le niveau d’inflation en zone euro, trop faible aux yeux de l’institution.

Or, les craintes précédemment évoquées « conduisent à retarder la remontée attendue de l’inflation dans la zone euro, puisque les effets énergétiques vont rester plus longtemps plus négatifs que précédemment estimé. De plus, l’impact de l’amplification de la baisse des cours du pétrole n’est pas amorti par les mouvements de taux de change, l’euro étant resté quasiment stable face au dollar dans la phase d’accélération baissière des cours du brut », observe Aurel BGC.

Surtout, les prix du pétrole n’expliquent pas à eux seuls la faiblesse de l’inflation européenne. « Hors énergie, le rythme de hausse annuelle des prix est revenu de 1,2% en octobre à 0,9% en décembre », soulève le courtier, alors que l’objectif de la BCE est d’obtenir une inflation « inférieure mais proche de 2% ».

Reste à savoir si la BCE va être sensible au vent de panique boursière qui a affecté les marchés en début d’année, et comment ce mouvement va être interprété par la banque centrale.

« La plupart des banquiers centraux européens devraient juger que cette situation appelle le maintien d’une politique très accommodante, voire qu’elle pourrait justifier d’en augmenter le degré d’accommodation », envisage Aurel BGC. Pourtant, relativise le courtier, « Certains pourraient être tentés de mettre en avant que ces forts mouvements [baissiers] corroborent leurs craintes que le maintien pendant une très longue période de politiques monétaires très (trop) accommodantes favorise le gonflement de bulles sur les marchés d’actifs risqués, bulles dont l’éclatement est toujours dévastateur ».

En somme, il n’est pas évident que le fait d’accélérer la relance monétaire européenne soit un bon moyen pour luter à long terme contre les mouvements erratiques des marchés boursiers. Mais quelle que soit l’orientation du débat au sein du conseil des gouverneurs sur ce sujet, « il est peu probable qu’une nouvelle modification [de la politique monétaire de la BCE] intervienne dès cette semaine », insiste Aurel BGC.

À noter, enfin, quelques propos intéressants du courtier relatifs à la dernière réunion de la BCE, qui avait déçu les investisseurs le 3 décembre dernier. « Soit le conseil des gouverneurs a réellement voulu conserver des marges de manœuvre pour répondre à une éventuelle dégradation supplémentaire de la situation ; soit les outils disponibles ne sont pas aussi nombreux et puissants que veulent le faire croire les principaux responsables du directoire de la banque centrale », soulève Aurel BGC en mettant légèrement en doute la crédibilité de la BCE.

Dernière possibilité : « l’opposition à un assouplissement supplémentaire de la politique est plus importante qu’il paraît », envisage le courtier, faisant ici référence aux réticences allemandes vis-à-vis de l’actuel plan de relance.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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