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Bab el-Mandeb, l'autre détroit qui pourrait faire vaciller le commerce mondial
information fournie par Zonebourse 23/07/2026 à 16:16
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Après les tensions dans le détroit d'Ormuz, les menaces des rebelles houthis sur Bab el-Mandeb (littéralement "la porte des lamentations") font craindre une nouvelle perturbation majeure des routes maritimes. Véritable goulet d'étranglement entre la mer Rouge et le golfe d'Aden, ce passage voit transiter une part essentielle du commerce mondial. Une fermeture prolongée contraindrait les navires à contourner l'Afrique, avec des conséquences potentiellement importantes pour les coûts de transport et les marchés de l'énergie.

Dès l'an 1000, le géographe Al-Muqaddasi décrit Bab el-Mandeb comme "un point central et de première importance pour le commerce mondial". L'histoire lui a donné raison : la route qui relie l'Europe à l'Asie via le canal de Suez et Bab el-Mandeb constitue aujourd'hui l'une des principales "autoroutes" maritimes mondiales.

A ce jour, 90% des produits manufacturés dans le monde transitent par voie maritime. Portés par la mondialisation, les flux maritimes ont été multipliés par cinq entre 1970 et 2021, soit une croissance annuelle moyenne de 5%. Signe du caractère stratégique de Bab el-Mandeb, le détroit a vu transiter quelque 27 140 navires en 2023, contre environ 20 000 pour Ormuz la même année.

Et la géographie est implacable : en contournant l'Afrique par le cap de Bonne Espérance, un marin devra parcourir quelque 20 855 km pour relier Le Havre à Bombay. En revanche, en passant par Bab el-Mandeb et la mer Rouge, la distance n'est plus que de 11 300 km. Autre atout ? Avec une profondeur minimale d'environ 186 mètres sur la principale voie de navigation, le détroit est accessible à tous les navires, quel que soit leur tirant d'eau.

Mais cette configuration constitue aussi sa principale vulnérabilité : le passage dessine un véritable goulet d'étranglement au sud de la mer Rouge, et la présence de la petite île de Perim, en plein milieu du détroit, scinde le détroit en deux chenaux distincts. Concrètement, le grand détroit, situé entre Djibouti et l'île de Perim, est utilisé dans les deux sens pour le commerce international tandis que le plus petit, entre l'île et le Yémen, est réservé au trafic côtier local.

Cette particularité géographique permet de contrôler, voire de bloquer, le passage plus aisément, une vulnérabilité d'ailleurs très bien identifiée par les rebelles houthis : leur porte-parole, Yahya Sareea, a annoncé la fermeture du détroit aux pétroliers battant pavillon saoudien, entraînant une nouvelle flambée des cours du pétrole.

Les menaces ont rapidement été suivies d'effets : les Houthis ont ciblé mercredi deux pétroliers saoudiens, l'Encelia et le Layla, en mer Rouge. De leur côté, les autorités ont confirmé qu'un navire avait été touché par un projectile non identifié au large des côtes du royaume.

La situation est suivie de près par les marchés, d'autant que "depuis cinq mois, ce corridor est devenu la principale voie alternative utilisée par l'Arabie saoudite pour contourner les perturbations affectant Ormuz grâce à ses pipelines reliant l'est du pays à la mer Rouge", note Grégoire Kounowski, conseiller en investissement chez Norman K.

Qui sont les Houtis ?

Ces rebelles sont issus d'un mouvement politico-militaire chiite né dans le nord du Yémen au début des années 1990. Initialement, ils dénonçaient la marginalisation politique et économique de leur région ainsi que l'influence croissante de l'Arabie saoudite au Yémen. Depuis 2014, ils contrôlent une partie du pays et affrontent le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Soutenus par l'Iran, ils font partie de "l'axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah et du Hamas.

Concrètement, leurs menaces pourraient entraîner une fermeture durable du détroit, ce qui représenterait "une perte de 4 millions de barils par jour", souligne Frédéric Lorec, analyste pétrole chez AlphaValue.

Selon lui, "le marché continue de considérer la menace houthie comme un différend bilatéral. Une fermeture simultanée des détroits d'Ormuz et de Bab el-Mandeb imposerait un détour par le cap de Bonne Espérance, allongeant les temps de trajet de plusieurs semaines."

La mer Rouge, déjà source de tensions par le passé

Ces dernières années, le commerce maritime en mer Rouge avait déjà été marqué par de nombreuses attaques de pirates somaliens. Selon Lasserre et Pic, auteurs de Géopolitique des détroits (Le Cavalier Bleu, 2025), près de 3 100 attaques ont été recensées entre 2007 et 2016, dont environ un tiers attribué à des pirates somaliens. Ces derniers auraient même perçu entre 339 et 413 MUSD de rançons cumulées.

"L'impact financier a été important pour l'industrie maritime, en particulier au regard des coûts liés au passage par le détroit de Bab el-Mandeb", rappellent les auteurs.

Selon l'organisation Ocean Beyond Piracy, les marines marchandes ont dépensé plus de 750 MUSD en 2012 pour s'adapter à cette menace : modification des itinéraires, hausse des primes de risque, augmentation de la vitesse de navigation ou encore renforcement des assurances.

Si les difficultés actuelles de circulation n'ont donc rien de totalement inédit, un blocage, même partiel, combiné aux tensions dans le détroit d'Ormuz, pourrait avoir des conséquences bien plus durables sur le commerce mondial.

Il y a quelques années, l'envoi de forces militaires avait bien permis de repousser les pirates somaliens mais une telle réponse risquerait aujourd'hui d'élargir le conflit à l'ensemble de la région.

Quelles solutions ?

En septembre 2023, un projet de contournement ferroviaire de la mer Rouge avait été présenté lors du sommet du G20. Il prévoyait notamment de relier les ports de la côte occidentale de l'Inde au port émirati de Fujairah, sur la mer d'Arabie, avant de rejoindre, par le réseau ferroviaire des Emirats arabes unis, l'Arabie saoudite, la Jordanie, Israël puis la Méditerranée.

Le projet s'est toutefois heurté à plusieurs difficultés. Il a notamment été mal perçu par la Turquie, qui promeut sa propre route commerciale entre la mer d'Arabie et l'Europe. En Jordanie, il est également présenté comme un "pont terrestre sioniste". L'Arabie saoudite se serait néanmoins engagée à investir 20 MdsEUR dans ce corridor.

"Même si les infrastructures sont construites, le véritable test sera l'intérêt des transporteurs maritimes. En dehors des périodes de crise, seront-ils prêts à emprunter un itinéraire imposant deux ruptures de charge et traversant des régions elles aussi exposées aux tensions géopolitiques, notamment le voisinage d'Israël, mais également les abords de l'Iran ?"

En l'absence d'alternative crédible, les Houthis disposent ainsi d'un levier stratégique majeur sur l'une des principales artères du commerce mondial.

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