Un trader vu de dos (Crédits: Adobe Stock)
Le 6 mars 2026
Depuis le début du conflit en Iran, le CAC 40 a perdu plus de 6%, même chose pour l'indice Eurostoxx 50. En dépit des succès rapides obtenus par la coalition américano-israélienne, les gardiens de la révolution islamiste sont parvenus à étendre les hostilités dans toute la région, en créant un climat anxiogène sur les marchés financiers. Les places européennes sont cependant nettement plus touchées que les Etats-Unis, en raison de notre plus grande proximité avec la zone de conflit et surtout de notre plus forte dépendance au pétrole du Moyen-Orient, dont les cours se sont envolés de près de 20% sur la semaine. Les craintes de tensions inflationnistes, alimentées par la hausse du prix de l'énergie, incitent également à la prudence. La structure de la cote européenne, nettement moins riche en valeurs technologiques, constitue un handicap supplémentaire.
Totalement dépassés par la situation, les investisseurs n'ont d'autres choix que d'échafauder des scénarios sur la durée possible du conflit. Si plus personne ne croit à une guerre éclair de quelques jours, la crainte d'un affrontement de longue durée paraît très exagérée compte tenu de l'énorme armada déployée par les forces occidentales. L'hypothèse médiane d'un étalement du conflit sur plusieurs semaines, avec une sécurisation progressive du détroit d'Ormuz, paraît être la plus probable. En ayant, au cours de ces derniers jours, significativement réduit les positions sur l'ensemble de nos portefeuilles - sans toutefois totalement les dégarnir - nous nous sommes clairement placés dans l'optique d'une durée limitée du conflit. Notre attitude reste résolument pragmatique : si les choses dégénèrent franchement, nous n'hésiterons pas à continuer de vendre. Nous pensons, toutefois, que le marché est prêt à rebondir à la moindre bonne nouvelle.
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Cette stratégie nous a permis de fortement limiter les dégâts sur l'ensemble de nos portefeuilles. Alors que le CAC 40 s'affiche désormais en repli de 1,3% depuis le 1er janvier (données à la clôture de jeudi), nos portefeuilles Offensif, Défensif et ISR restent bien ancrés dans le vert (voir les graphiques ci-joints). Seule notre sélection d'ETF Monde ressort en baisse dans des proportions comparables à l'indice général de la Bourse de Paris. Cette semaine, la protection du portefeuille Défensif a été encore renforcée avec la vente de la totalité de nos actions Bayer et la division par deux de notre position récemment constituée de 1000 actions Veolia Environnement. Nos principales lignes de titres sont aujourd'hui concentrées, par ordre d'importance, autour de valeurs comme Engie, BNP Paribas, Orange et Deutsche Telekom, Schneider Electric, Thales, Axa, ainsi qu'Air Liquide et Commerzbank.
Le portefeuille Offensif, par définition plus exposé aux fluctuations du marché, a également fait l'objet de désengagements significatifs. Ceux-ci ont porté cette semaine sur la liquidation des positions détenues sur le cimentier allemand Heidelberg Materials et sur Air France très affectée par la hausse du prix du pétrole. La ligne du fabricant de puces électroniques STMicroelectronics a été coupée en deux, même chose pour le constructeur de moteurs aéronautique Safran. Dans la sélection d'ETF Monde, après avoir réduit les positions sur le Nasdaq et le CAC 40, nous avons cédé cette semaine 300 des 200 trackers Amundi Eurostoxx 50. L'indice représentatif de plus grosses valeurs de la zone euro est très affaibli par le conflit en Iran. Nous avons aussi réduit les positions dans notre sélection de fonds ISR/PEA.
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Quelle stratégie adopter face à un manque complet de visibilité sur la durée du conflit iranien ? Nous nous positionnons dans la perspective d'un scénario médian d'une confrontation limitée dans le temps. Les craintes d'un enlisement du conflit comparable à la guerre en Ukraine véhiculées par certains médias paraissent démesurées. S'il fallait faire un parallèle historique, la comparaison la plus probante serait plutôt de faire un rapprochement avec l'intervention américaine au Koweït en janvier 1991 appelée Desert Storm qui a été de courte durée. La défense iranienne se révèle finalement faible au regard des forces américano-israéliennes déployées dans la région. Le régime en place s'illustre plus par sa capacité de nuisance, notamment par le blocage du détroit d'Ormuz, que par de réelles aptitudes de répliques structurées. Dans ce cas, la meilleure attitude à adopter consiste à réduire les positions, comme nous l'avons fait dans nos différents portefeuilles, afin de limiter l'impact d'une baisse générale des cours. L'orientation des marchés dépendra dans les jours et les semaines à venir de l'évolution du prix du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL). Les tensions actuelles font peser la menace d'un retour de l'inflation qui met les banques centrales dans une situation délicate. Ni la Fed, ni la BCE, ne peuvent se permettre de réduire leurs taux directeurs dans un tel climat. Or, un assouplissement monétaire est vivement espéré par le marché. D'une manière plus large, il est évident que la hausse du prix de l'énergie ne peut que ralentir la croissance économique dans le monde et peser sur les perspectives de progression des profits des entreprises.
Dans le contexte actuel de manque de visibilité sur le plan macroéconomique, tous les regards se tournent, en effet, vers les performances opérationnelles des entreprises et sur leur capacité à traverser au mieux la période difficile que nous connaissons aujourd'hui. Les valeurs les plus solides d'un point de vue fondamental sont celles dites « à intensité capitalistique élevée », profitant de positions fortes acquises grâce aux importants investissements réalisés par le passé. La plupart de ces valeurs se retrouvent dans notre portefeuille Défensif : c'est le cas d'Orange, de Deutsche Telekom, de Thales, d'Engie, d'Air Liquide, de GTT ou de Schneider Electric. Pour revenir à l'achat, il faudra attendre une baisse significative du prix du baril de pétrole qui est la principale variable d'ajustement de la tendance. Dès que la voie sera libre quatre secteurs seront à privilégier en priorité : les valeurs financières (banques et assurances), l'industrie et les producteurs de biens intermédiaires. Sans oublier les technologiques qui obéissent à une dynamique de croissance propre, portée notamment par le développement de l'IA. La bonne tenue du Nasdaq par rapport aux autres indices mondiaux constitue de ce point de vue un bon indicateur de la direction que prennent les flux d'investissements lorsque la croissance est menacée.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine
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