Air France-KLM fragilisée par le double choc géopolitique et pétrolier
information fournie par Zonebourse 02/03/2026 à 14:10
La guerre menée par la coalition américano-israélienne contre le régime iranien affecte les compagnies aériennes bien au-delà des fluctuations du prix du carburant. Outre l'annulation de certains vols, les compagnies doivent sont aussi amener à modifier leurs plans de vol afin de contourner les zones de combat, ce qui pèse sur leur consommation.
"Par conséquent, les compagnies long-courriers subissent une pression plus forte sur leurs actions que leurs concurrentes court-courriers", estime Yi Zhong, spécialiste de l'aérien chez AlphaValue. À ce titre, la spécialiste appelle à ne pas négliger TUI, dont la flotte est principalement dédiée aux vols court- et moyen-courriers, et rappelle que si la situation de Wizz Air est critique, "par un heureux hasard, sa décision antérieure d'abandonner sa base d'Abu Dhabi la rend aujourd'hui moins désespérée".
Rappelons que le kérosène représente généralement entre 25% et 30% des coûts opérationnels des compagnies aériennes. Et avec un Brent en hausse de 9% ce matin, s'approchant des 80 USD le baril, les compagnies sont immédiatement sanctionnées avec -7% pour Air France et TUI, -6% pour Lufthansa, -6% pour Wizz Air, -3,5% pour EasyJet et Ryanair.
Chez Jefferies, on estime que chaque variation de 5% du prix moyen du carburant en 2026 se traduit par un impact de 5% à 10% sur le bénéfice par action (BPA) de Delta Air Lines et United Airlines et même près de 35% pour American Airlines.
L'analyste rappelle toutefois que pour American Airlines, Air Canada, Delta Air Lines, Southwest Airlines et United Airlines, l'exposition opérationnelle directe reste limitée. Air Canada (AC) affiche l'exposition la plus élevée avec seulement 1,1% de ses capacités totales dans la région et moins de 1% pour les autres compagnies.
Lors de la présentation de ses résultats annuels, Air France-KLM évoquait déjà les tensions à l'oeuvre au Moyen-Orient, La compagnie indiquait que les circonstances géopolitiques avaient contraint des compagnies du Groupe à rallonger certains temps de vol, ce qui a entraîné une consommation de carburant plus élevée et a freiné l'amélioration de l'intensité des émissions de gaz à effet de serre (GES).
La filiale à bas coûts Transavia a par exemple dû faire face à une concurrence accrue, résultant en partie d'une réallocation vers l'Europe de capacités initialement prévues pour le Moyen-Orient. Pour l'ensemble de l'année 2025, la capacité (Sièges-Kilomètres Offerts - SKO)du groupe Air France-KLM sur cette zone est restée quasi stable ( 0,8%), tandis que le taux de remplissage s'est établi à 88,1% ( 0,2 pt).
Alors que l'Iran disposerait des 4e réserves mondiales d'or noir en volume, sa production de pétrole est extrêmement limitée. En début d'année, Frédérik Ducrozet (Pictet) évoquait une production de l'ordre de 500 000 barils par jour, "pas vraiment un game changer", soulignait-il. Aussi, ce sont davantage les pressions géopolitiques, l'instabilité régionale et la fermeture évoquée du détroit d'Ormuz qui pèsent sur les cours d'or noir.
"Un scénario de fermeture effective du détroit d'Ormuz devient de plus en plus crédible, avec déjà des navires bloqués, des attaques et le retrait des assureurs maritimes", estime Frédéric Lorec, analyste chez AlphaValue. Selon lui, à terme, le Brent pourrait dépasser les 100 USD, voire entrer dans une zone supérieure à 130 USD si la perturbation se prolonge.
Vers un conflit de quelques semaines selon Commerzbank
En juin 2025, lors de la "guerre des douze jours" entre Israël et l'Iran, les cours du pétrole avaient bondi de 15%, avant de retomber rapidement à leurs niveaux d'avant-conflit une fois les hostilités terminées. "Le pétrole devrait suivre la même tendance cette fois encore", estime Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.
Chez Commerzbank, on s'attend d'ailleurs à un conflit court, de quelques semaines. Une analyse qui s'appuie notamment sur des contraintes politiques internes aux États-Unis, à l'approche des élections de mi-mandat, ainsi que sur l'intérêt limité du régime iranien à s'engager dans une guerre longue qui menacerait sa survie.
Face à la flambée des cours, huit pays de l'OPEP (Arabie saoudite, Russie, Irak, EAU, Koweït, Kazakhstan, Algérie et Oman) ont décidé hier de commencer à lever progressivement les réductions volontaires de production de 1,65 Mb/j annoncées en avril 2023. Ils mettront en oeuvre une hausse de production de 206 000 barils par jour dès avril 2026, estimant que les fondamentaux du marché sont solides et les stocks faibles. Des mesures qui auront toutefois "un effet limité", estime Frédéric Lorec.
| 11,3750 EUR | Euronext Paris | -7,52% |
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