Florent Wabont, économiste au sein d'Ecofi, société de gestion d'actifs du Groupe Credit Cooperatif, membre de BPCE, estime auprès de Reuters que la décision jeudi de la Banque centrale européenne (BCE) de relever de 25 points de base ses taux directeurs donne l’"impression d'une hausse préventive" malgré les déclarations de sa présidente Christine Lagarde.
1/Que retenez-vous des annonces de la BCE ?
Durant la conférence de presse, Christine Lagarde a tenu à souligner qu’il ne s’agissait pas d’une hausse préventive. La motivation première de la BCE est la stabilité des prix. De manière étonnante, Christine Lagarde a également répondu et s’est défendu des critiques mettant implicitement en garde contre une erreur de politique monétaire. Même si dans l'ensemble, l’exercice a été a bien mené, en notant par exemple que la décision avait été prise à l'unanimité au sein de la BCE, on note toutefois quelques incohérences. La BCE a dévoilé quatre scénarios, ce qui témoigne d'une très grande incertitude sur la suite des événements. Christine Lagarde a également plus ou moins explicitement fait référence à l’absence objective quant à la matérialisation d’effets de second tour sur l'inflation. Il en ressort ainsi une "impression de hausse préventive". La BCE reste doublement dépendante aux données et à la durée du conflit au Moyen-Orient.
2/Cette nouvelle hausse de taux marque-t-elle le début d'un cycle de resserrement monétaire, près de trois ans après la dernière décision en ce sens?
C'est tout l’enjeu du moment. Les chocs d’offre liés à des événements géopolitiques de cette ampleur soumettent les banques centrales à un dilemme : une hausse de l'inflation, couplée à une baisse de l'activité et un accroissement de l’incertitude. Cela revient à marcher sur un fil. Je suis assez dubitatif sur le fait que la BCE puisse effectuer de nombreuses hausses de taux dans les mois à venir. Après cette réunion de jeudi, notre scénario reste orienté sur deux hausses de taux au maximum sur l’ensemble de l’année 2026. En termes de calendrier, cela nous amènerait plutôt à une pause en juillet, avant un éventuel relèvement des taux directeurs en septembre, date à laquelle il nous sera possible d'y voir un peu plus clair sur le risque d’effets de second tour et sur la transmission du choc énergétique sur l'inflation hors énergie et alimentation.
3/Comment analysez-vous les dernières prévisions économiques et d'inflation de la BCE alors que le PIB de la zone euro s'est contracté au premier trimestre 2026 et que l'inflation a bondi en mai?
Les hypothèses retenues notamment sur les prix de l’énergie par la BCE dans ses prévisions ont été arrêtées au 21 mai, Or depuis cette date, on a globalement assisté à une détente des prix du pétrole. La BCE, comme les investisseurs, reste dépendance aux données, à la durée du conflit et son intensité ainsi que de l’issue des négociations en cours. Des facteurs externes sur lesquelles il est difficile de se projeter.
Sur l'inflation, le scénario central de la BCE est cohérent avec une hausse de l’inflation à court terme et un retour à la cible par la suite. Sur l'inflation hors énergie et alimentation, le maintien d’une inflation moyenne annuelle de 2,5% en 2027 semble relativement élevée et présuppose une transmission allongée.
Cette forme d’effet de second de tour pourrait être tempérée par une baisse de l’activité plus prononcée (sans toutefois entraîner de récession à ce stade) que les projections de croissance économique anticipé dans le scénario central.
(Propos receuillis par Claude Chendjou, édité par Sophie Louet)

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