"Je préfère un monde de ruptures à un monde paisible": Patrick Pouyanné ne compte pas "en rester là" et veut que Totalenergies devienne "le leader du marché" de l'énergie
À la recherche de nouveaux investisseurs pour soutenir la croissance du géant pétrogazier français, Patrick Pouyanné met en avant dans le Financial Times le modèle intégré de son groupe, à commencer par les raffineries européennes qui lui permettent de réaliser des profits importants malgré la crise au Moyen-Orient.
"Les bouleversements dans le secteur de l’énergie nous offrent de nombreuses opportunités, à condition de savoir les saisir", a expliqué Patrick Pouyanné, le patron de Totalenergies, dans une interview accordée au Financial Times. "Je préfère un monde de ruptures à un monde paisible. Il y a davantage d’opportunités, mais il faut disposer des actifs nécessaires", a-t-il poursuivi, alors que la compagnie française cherche à attirer les investisseurs en montrant sa résistance à la succession de crises.
Totalenergies est plus exposée que certaines de ses concurrentes au conflit au Moyen-Orient, où se situe environ 15% de sa production de gaz et de pétrole. Mais, malgré des bombardements sur certaines installations et d'importantes perturbations d'approvisionnement, le groupe a réalisé un bénéfice net de 10,3 milliards d'euros (11,4 milliards de dollars) au cours des six premiers mois de l'année, en hausse de près de 50% par rapport à l'année dernière.
La hausse des cours et des marges de raffinage a plus que compensé les pertes et la division trading du groupe a soutenu les résultats financiers en encaissant plus d'1 milliard de dollars après avoir massivement acheté du pétrole avant le déclenchement de la guerre.
"Notre modèle intégré nous réussit très bien. L’intégration signifie que nos raffineries européennes, que vous considériez comme des passifs, se transforment soudainement en mines d’or", a-t-il défendu.
Totalenergies est structurellement déficitaire dans le raffinage en France, avec plus de 5 milliards d'euros de pertes depuis une quinzaine d'années, mais devrait réaliser cette année des profits importants. La production de certains carburants, comme le diesel ou le kérosène, est en effet soumise à une forte tension dans le monde, faisant grimper les cours.
Augmentation de la production d'hydrocarbures
Patrick Pouyanné compte continuer à développer ses activités et cherche à attirer des investisseurs, alors que Totalenergies est désormais coté en Bourse à Paris et à Wall Street aux États-Unis.
"La taille compte : ce sont les plus grandes entreprises qui bénéficient d’une prime. Nous ne pouvons pas nous contenter de rester là où nous en sommes aujourd’hui. Devenons le leader de ce marché", a-t-il observé auprès du Financial Times.
Fin septembre, Totalenergies, qui développe des activités dans les renouvelables, a annoncé viser "une croissance de 2 à 3% par an" de sa production d'hydrocarbures sur la période 2030-2035. Pour cela, le géant pétrogazier a annoncé le 1er octobre qu'il allait investir près de 10 milliards de dollars en Argentine, afin d'augmenter sa production de gaz de schiste et d’entamer l'extraction de pétrole de schiste, deux ressources dont l'exploitation par fracturation hydraulique est controversée en raison de ses impacts sur l’environnement. Quelques jours plus tôt, Totalenergies avait aussi indiqué vouloir augmenter la production d'un champ de gaz en Azerbaïdjan.
Sur le plan financier, la compagnie s'est engagée à augmenter son dividende de 5% par an et veut accélérer les rachats d'actions. Le groupe va racheter 2,2 milliards d'euros de titres en fin d'année 2026 et environ 2 milliards d'euros au premier trimestre 2027. Les salariés du groupe vont également bénéficier d'une prime exceptionnelle en 2026, en amont des négociations annuelles obligatoires (NAO) prévues en décembre, sans satisfaire toutefois la CGT qui appelle à la grève le 8 octobre.
Taxe sur les superprofits
Parallèlement, six pays européens, dont l'Allemagne, réclament une taxe sur les profits réalisés cette année par les compagnies pétrolières, lesquels ont considérablement grimpé depuis le début du conflit. La France ne s'est pas associée à cette démarche, considérant que ce n'était "pas la meilleure solution".
Si l'objectif "est de taxer au niveau européen une compagnie française pour que les recettes aillent à Bruxelles, avec une usine à gaz (...), je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure solution", a justifié le ministre de l'Économie sur France 5 fin septembre.
Actuellement, les prix dans les stations Totalenergies sont plafonnés à 1,99 euro le litre d'essence SP95-10 et 2,25 euros le litre de gazole, alors qu'en moyenne ils s'établissaient en France respectivement à 2,09 euros et 2,32 euros. Ce plafonnement, a coûté selon le patron de Totalenergies "entre 250 et 300 millions" d'euros au groupe français, dont le bénéfice a doublé au premier semestre.
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