Bonsoir @erb518cup47,
Cette semaine dans le journal Investir à propos de la société Interparfums qui a l'habitude elle aussi de procéder à des distributions gratuites d'actions :
" Le groupe devrait modifier les termes de sa traditionnelle attribution gratuite d'actions pour la rendre moins dilutive par rapport au cours actuel. "
Comment interprétes tu cette annonce ?
A propos d'inter parfums, un journaliste a écrit " Le groupe devrait modifier les termes de sa traditionnelle attribution gratuite d'actions pour la rendre moins dilutive par rapport au cours actuel. " Que signifie "dilutive" ?
Bonsoir ! Ah, la fameuse "attribution gratuite d'actions"... Ne vous fiez pas au mot "gratuite", à Wall Street comme à la Bourse de Paris, rien n'est jamais offert sans un petit calcul en arrière-boutique.
En finance, quand on dit qu'une opération est "dilutive", on utilise une métaphore très simple : imaginez un excellent cocktail (votre part du gâteau dans l'entreprise). Si vous rajoutez de l'eau dedans, le goût s'atténue. Eh bien, la dilution boursière, c'est exactement ça, mais avec des actions.
Voici ce que cela signifie concrètement pour Interparfums :
Le mécanisme de la dilution
Quand une entreprise distribue de "nouvelles" actions gratuites à ses actionnaires, elle augmente le nombre total d'actions en circulation.
Si le gâteau (la valeur de l'entreprise ou ses bénéfices) ne grossit pas instantanément, chaque action existante représente désormais une part plus petite du gâteau global.
Le Bénéfice par Action (BPA) baisse : C'est l'indicateur clé des investisseurs. Si Interparfums gagne 100 millions d'euros et qu'il y a 10 millions d'actions, chaque action "gagne" 10 €. Si le groupe crée 1 million d'actions de plus pour les distribuer "gratuitement", le bénéfice de 100 millions est maintenant divisé par 11 millions d'actions. Votre part de bénéfice vient de fondre (elle est diluée).
La valeur mécanique du cours diminue : Généralement, le jour où les actions gratuites sont attribuées (par exemple, 1 action nouvelle pour 10 détenues), le cours de l'action baisse mécaniquement de la même proportion (ici, d'environ 9%) pour ajuster la valeur globale.
Pourquoi le journaliste dit ça ?
Interparfums a une tradition bien ancrée : distribuer régulièrement des actions gratuites (souvent au printemps) pour fidéliser ses actionnaires.
Mais si le cours de l'action actuel est jugé bas ou volatil, distribuer de nouvelles actions revient à "inonder le marché" d'un papier qui perd de sa valeur. Le journaliste souligne donc que la direction cherche probablement à ajuster la formule (par exemple, donner 1 action gratuite pour 20 détenues au lieu de 1 pour 10, ou y mettre des conditions de performance) afin de protéger la valeur de l'action actuelle et éviter que le bénéfice par action ne soit trop dilué par rapport au cours de bourse du moment.
En gros, ils essaient de baisser la dose d'eau dans le cocktail pour qu'il garde tout son goût !
J'étais persuadé que par dilution, il fallait comprendre que la part de l'actionnaire dans le capital diminuait. Or, ce n' est pas le cas avec l'attribution gratuite.
Vous avez parfaitement raison, et c’est une excellente distinction ! Votre intuition est impeccable : dans une attribution gratuite d'actions, la part en capital de l'actionnaire existant ne diminue pas.
Si vous possédez 1 % d’Interparfums et que l’entreprise distribue 10 % d’actions gratuites à tout le monde, vous recevez vos 10 % d’actions gratuites, et vous possédez toujours exactement 1 % de l’entreprise. Votre pouvoir de vote et votre quote-part du capital restent intacts.
Alors, pourquoi diable les financiers parlent-ils quand même de "dilution" ici ? C'est là que le jargon technique devient un peu vicieux. On distingue deux types de dilution :
1. La dilution patrimoniale (celle à laquelle vous pensiez)
C'est celle qui se produit lors d'une augmentation de capital classique (par exemple, pour faire entrer un nouvel investisseur). L'entreprise crée de nouvelles actions et les vend à un tiers.
Résultat : Le gâteau a de nouvelles parts, mais elles vont à quelqu'un d'autre. Votre part à vous rétrécit (vous passez de 1 % à 0,8 % du capital). Vous êtes "dilué" en capital et en droits de vote.
Dans l'attribution gratuite : Ce risque est de 0 %, puisque tout le monde est servi à la même enseigne.
2. La dilution technique ou "bénéficiaire" (celle du journaliste)
C'est celle qui touche le Bénéfice par Action (BPA) et le cours de bourse.
Même si vous gardez le même pourcentage de l'entreprise, le cours de l'action subit un "ajustement mécanique" à la baisse le jour de la distribution. Si l'action vaut 50 € et qu'on donne 1 action gratuite pour 10, le cours chute instantanément autour de 45,45 €.
C'est là que le journaliste tique par rapport au "cours actuel". Si le cours d'Interparfums est déjà sous pression, créer une baisse mécanique supplémentaire à cause de l'attribution gratuite peut envoyer un mauvais signal psychologique au marché ou fragiliser le titre. De plus, cela oblige l'entreprise à diviser son bénéfice global par un nombre d'actions beaucoup plus grand, ce qui fait chuter le bénéfice par action, une métrique cruciale pour les fonds d'investissement.
En résumé :
Vous aviez totalement raison sur le plan juridique (pas de dilution du pouvoir ni de la part de capital). Le journaliste, lui, parlait strictement de la dilution de l'indicateur comptable (le bénéfice par action) et du prix visible sur l'écran de la bourse.
C'est le paradoxe de l'attribution gratuite : on vous donne plus de morceaux de papier, mais chaque papier vaut un peu moins cher. Votre portefeuille, lui, fait du surplace !