Il y avait aussi des interrogations sur le niveau de trésorerie qui ne serait pas suffisant, que ces cas de cancers allaient retarder la phase de commercialisation, etc …
Décryptage du “signal cancer” : ce que les données disent vraiment
C’est le point central du débat qui mérite une lecture rigoureuse. Voici ce que le tableau de sécurité contient réellement dans le bras 50 mg :
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ABIVAX : -43,5 % en séance ! Panique injustifiée ou signal d’alarme ?
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ABIVAX : -43,5 % en séance ! Panique injustifiée ou signal d’alarme ?
David Renan 1 Like Post 0 Commentaires
ABIVAX est une biotech que j’avais présentée en septembre dernier et sur laquelle j’étais très positif (cf. analyse). À l’époque, après la publication de résultats cliniques de phase 3 que je jugeais impressionnants, j’étais convaincu qu’ABIVAX allait susciter l’intérêt de grandes pharmaceutiques et faire l’objet d’un rachat. Les rumeurs relayées par La Lettre n’avaient fait que renforcer cette conviction, et j’anticipais une opération dès le premier trimestre 2026.
Ce scénario ne s’est malheureusement pas matérialisé.
J’ai néanmoins conservé mes titres (C’est d’ailleurs un titre que je trade activement et au vu de la volatilité actuelle, c’est encore plus le cas, cf. mes trades en bas de cette analyse)
ABIVAX avait prévu de publier des données de maintenance de la phase 3 évaluant l’obéfazimod, pour le traitement de la rectocolite hémorragique, à la fin du T2 2026.
Je suis généralement prudent avec ce type d’événement, par nature binaire. J’avais donc commencé à alléger ma position … mais j’ai malheureusement été pris de court : la société a dévoilé ses résultats le lundi soir après clôture, sans que j’aie eu le temps d’exécuter mon plan ! J’étais alors loin d’imaginer que ces résultats allaient déclencher une tempête sur le titre !
(J’avais prévu de passer de 950 à 500 titres grand maximum, d’ici le 10 juin).
Les données de maintenance ont révélé une efficacité historique, largement au-delà de mes attentes :
Les deux doses d’obéfazimod (25 mg et 50 mg) ont atteint le critère d’évaluation principal de l’essai de maintenance, avec des taux de rémission clinique ajustés au placebo de respectivement +39,3% et +40,3% (les analystes visaient 20-30 % de delta) , soit 50,8% et 51,3% de rémission contre 10,4% dans le groupe placebo !
Cela signifie qu’une personne sur 2 (en gros) est soigné de sa rectocolite hémorragique grâce à la molécule d’Abivax … ce qui est juste énorme !
Les deux doses ont également satisfait à l’ensemble des critères secondaires clés, incluant l’amélioration endoscopique, la rémission endoscopique, la rémission sans corticostéroïdes et la rémission clinique soutenue.
C’est objectivement un résultat d’une solidité rare dans le paysage des essais sur la rectocolite hémorragique (RCH). Ces chiffres placent l’obéfazimod au niveau des meilleurs standards thérapeutiques actuels.
Pourtant, les investisseurs se sont concentrés sur les cas de cancer signalés dans le bras à forte dose, éclipsant les solides résultats d’efficacité. Une réaction légitime : en développement clinique, la sécurité prime toujours sur l’efficacité. Un médicament efficace mais associé à un risque oncologique, même incertain, ne peut pas être commercialisé sans réponses claires. C’est précisément ce que le marché attend aujourd’hui d’ABIVAX.
Les cas de cancers avaient pourtant été considérés par les investigateurs comme non liés au traitement. Mais ce ne fut pas du tout l’avis du marché .. qui a paniqué avec ces cas de cancers. Il est vrai que la molécule s’était distinguée jusqu’à là, par son efficacité mais aussi par son profil de sécurité plus que rassurant ! Et là, mauvaise surprise !!
Le titre a ainsi perdu 43,5 % sur la séance de mardi ! UN CARNAGE BOURSIER !
Le marché a paniqué, certainement redouté – je fais des gros raccourcis – que la molécule présentait un profil de sécurité problématique, au point de pouvoir entraîner un Black Box Warning sur son étiquetage, voire des difficultés significatives lors du processus d’approbation par la FDA.
Pourtant, pour replacer les choses dans leur contexte, il est utile de rappeler que Rinvoq (médicament de référence dans le traitement de la rectocolite hémorragique) affiche lui-même 4 Black Box Warnings (!!) sur sa notice, sans que cela n’ait empêché son succès commercial (CA de 8,3 MD$ / an) ni son adoption large par les médecins.
Il y avait aussi des interrogations sur le niveau de trésorerie qui ne serait pas suffisant, que ces cas de cancers allaient retarder la phase de commercialisation, etc …
Décryptage du “signal cancer” : ce que les données disent vraiment
C’est le point central du débat qui mérite une lecture rigoureuse. Voici ce que le tableau de sécurité contient réellement dans le bras 50 mg :
Sur la dysplasie colique :
C’est une erreur de présentation manifeste d’Abivax. Tous les essais pivots en RCH — Rinvoq, Sotyktu, Omvoh, Velsipity — excluent la dysplasie colique de la liste des malignités et la classent comme découverte de surveillance gastro-intestinale. L’inclure dans un tableau “malignités” crée une comparaison non homogène avec les benchmarks du secteur, cela a dû alimenter la panique du marché !
Sur les 4 CCNM :
La FDA elle-même utilise le critère “malignités non-NMSC” (non-melanoma skin cancer) comme endpoint standard pour les cancers sérieux dans les essais cliniques, précisément parce que les CCNM relèvent d’une catégorie distincte.
Ils sont presque toujours traités en quelques minutes sous anesthésie locale, sans menace vitale. Les comparer à un cancer du sein ou un mélanome est une erreur catégorielle.
Noter que le groupe placebo comptait 1 CCNM pour 4 dans le bras 50 mg, à surveiller, mais dans le contexte d’une population de patients atteints de maladie inflammatoire chronique, ce n’est pas aberrant.
Les 2 cas réellement discutables :
le cancer de la prostate et le cancer du sein, dans le bras 50 mg, en l’absence de cas dans le groupe placebo. Ce sont les 2 cancers les plus fréquents aux États-Unis (respectivement n°1 et n°2 en incidence). L’argument pharmacologique clé : l’obéfazimod n’est ni génotoxique, ni mutagène, ni immunosuppresseur.
Ces cancers, détectés dans un essai de 44 semaines, étaient biologiquement en cours de développement bien avant la randomisation. Les délais de latence oncologique (minimum 2 ans même pour les leucémies radio-induites, et bien davantage pour les tumeurs solides) rendent une causalité médicamenteuse biologiquement incompatible avec la durée d’exposition.