(Actualisé §7-9, 10-11, 17-20 avec oléoduc Est-Ouest saoudien fermé, cours du pétrole, précisions sur Washington et Ryad)
par Mohammed Ghobari, Eman Abouhassira et Catherine Cartier
Les Houthis, mouvement soutenu par l'Iran contrôlant une partie du Yémen, ont atteint vendredi la ville de Dubab, située sur le détroit de Bab el-Mandeb, et l'île de Perim, située à l'embouchure de cet axe vital, ont déclaré à Reuters plusieurs sources du gouvernement yéménite.
Cette avancée des Houthis, favorisée par le retrait des forces gouvernementales, permet au groupe de faire un pas de plus vers le contrôle de détroit, au lendemain de la conquête de la ville historique de Mokha, sur la mer Rouge.
La maîtrise de Dubab et de Perim est essentielle pour prendre le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, un des axes maritimes les plus stratégiques au monde, ont déclaré des sources gouvernementales.
Après avoir perdu Mokha jeudi, les forces gouvernementales et leurs alliés avaient trouvé refuge dans la ville de Dubab. Elles ont déclaré qu'elles tenteraient de reprendre les zones conquises par les Houthis cette semaine.
Si les Houthis parvenaient à prendre le contrôle total du détroit de Bab el-Mandeb, l'Iran pourrait bénéficier d'un avantage décisif dans la guerre qui l’oppose depuis plus de six mois aux États-Unis en réduisant les approvisionnements énergétiques mondiaux via ce deuxième corridor.
L'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, dépend désormais de la route de la mer Rouge pour acheminer son pétrole depuis que le conflit avec l'Iran a entraîné la fermeture de fait du détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième du pétrole mondial.
L'oléoduc saoudien Est-Ouest, qui relie le Golfe à la mer Rouge, a été temporairement fermé au lendemain d'attaques qui ont fait des blessés, ont annoncé les médias d'Etat saoudiens.
Le royaume saoudien a déclaré que l'oléoduc avait été pris pour cible par des drones tirés d'Irak, mais qu'il n'avait pas recouru à des représailles sur requête du Premier ministre irakien, Ali al Zaïdi, tout en se réservant le droit de prendre toute mesure nécessaire pour protéger sa souveraineté, sa sécurité et ses installatinos critiques.
Les médias irakiens ont déclaré que le gouvernement de Bagdad rejettait toute attaque menaçant l'Arabie saoudite et ouvrait une enquête sur l'origine des attaques contre l'oléoduc.
Les cours mondiaux du pétrole ont terminé la semaine au-dessus des 100 dollars le baril, une première depuis la mi-mai.
Ils ont toutefois baissé d'environ 2,8% vendredi après que l'Iran a dit prévoir d'organiser lundi à Oman une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Irak et d'autres États arabes riverains du Golfe afin de discuter de la sécurité des voies de navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz.
Les Houthis ont dit pour leur part que le trafic maritime resterait sans danger pour toutes les compagnies à l'exception des navires saoudiens.
L'ARABIE SAOUDITE APPELLE TRUMP À FRAPPER LES HOUTHIS
L'Iran aurait demandé la semaine dernière aux Houthis d'intensifier leurs attaques contre l'Arabie saoudite, proche alliée des États-Unis, et leur aurait promis davantage de fonds, d'armes et d'officiers supérieurs pour les aider à y parvenir, ont indiqué deux sources iraniennes.
Les Houthis, qui contrôlent les zones les plus peuplées du Yémen et une grande partie du nord du pays dont la capitale Sanaa, ont lancé plusieurs attaques contre l'Arabie saoudite et en mer Rouge depuis leur annonce en juillet dernier d'un blocus maritime des ports saoudiens.
Le détroit de Bab el-Mandeb, littéralement "la porte des larmes" en arabe, est un des carrefours maritimes les plus importants pour le transport de pétrole depuis le Golfe vers la mer Méditerranée, via le canal de Suez, ou l'oléoduc Suez-Méditerranée situé sur la côte égyptienne de la mer Rouge, ainsi que pour les matières premières destinées à l'Asie, notamment le pétrole russe.
L'escalade de tensions au Yémen intervient alors que des échanges de tirs ont repris entre Washington et Téhéran après des semaines de calme relatif.
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a sollicité jeudi l'appui de Donald Trump dans le conflit qui oppose le royaume aux Houthis pro-iraniens, ont indiqué vendredi trois sources informées des discussions, alors que les combattants yéménites menacent de prendre le contrôle de Bab el-Mandeb.
Le président américain a eu au moins deux entretiens téléphoniques avec le dirigeant saoudien jeudi, ont rapporté ces sources, confirmant une information d'Axios.
Finalement, Washington a fait savoir à Ryad qu’il n’était pas disposé à mener une action militaire directe pour l’instant, mais qu’il apporterait son aide en matière de partage de renseignements et de ciblage, ont-elles précisé.
La Maison Blanche n’a pas répondu dans l'immédiat aux demandes de commentaires. Un responsable de l'administration a déclaré que Washington était en dialogue constant avec l'Arabie saoudite et le gouvernement yéménite. L’ambassade d'Arabie saoudite à Washington a refusé de s’exprimer.
(Mohammed Ghobari, rédigé par Eman Abouhassira ; version française Etienne Breban, édité par Benoit Van Overstraeten et Jean-Stéphane Brosse)

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