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Wallix : plus que de la sécurité, de la souveraineté
information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 17/09/2026 à 07:57
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Jérôme Lieury
Jérôme Lieury

Jérôme Lieury

Olier Etudes & Recherches

Analyste financier, membre du Cercle des analystes

https://www.olier-etudes-recherche.fr/

Avec un chiffre d'affaires attendu de 48 millions d'euros cette année, Wallix édite une suite de logiciels qui permettent de contrôler les accès au système informatique de l'entreprise. (Crédits: Adobe Stock)

Avec un chiffre d'affaires attendu de 48 millions d'euros cette année, Wallix édite une suite de logiciels qui permettent de contrôler les accès au système informatique de l'entreprise. (Crédits: Adobe Stock)

On parle beaucoup de l'IA en ce moment, et ce dans tous les sens, mais on peut résumer tout ça en disant que la profession informatique, à savoir les éditeurs de logiciels et les fabricants d'équipements, trouve assez régulièrement une idée nouvelle pour déclencher un nouveau cycle de renouvellement chez ses clients entreprises.

De fait, et avec un peu de recul, on voit à chaque fois toute une machinerie bien graissée se mettre en branle : les médias, qui sont en permanence à la recherche de nouveauté sensationnelle, en parlent de plus en plus et de plus en plus fort, le buzz est relayé par du publi-rédactionnel plus ou moins avoué, et alimente enfin le discours des experts : consultants des ESN, etc…, lesquels, tout bien armés de Power Point qu'ils sont, sont là pour vendre. Et présentent inévitablement la nouveauté IT comme un must have qu'une entreprise doit vite intégrer dans son système informatique avant d'être définitivement larguée par la concurrence. Sinon, à quoi bon.

Toutes les grandes innovations de l'informatique ne fonctionnent pas…

Ces grandes innovations a priori ne rencontrent pas toujours le succès qu'elles méritent, il faut le dire : la réalité augmentée a fait un flop, et si la blockchain est utilisée, et pas que dans le merveilleux monde crypto, elle n'a pas révolutionné les échanges (ni fait disparaître les systèmes bancaires comme promis, hélas !). Mais ça marche assez souvent, cependant, car ces nouveaux produits sont rendus possibles aussi par le fait que le coût unitaire de la puissance de calcul baisse toujours plus. Ceci avec les progrès permanents dans la miniaturisation des puces informatiques, et alors que l'ingéniosité humaine en la matière semble n'avoir aucune limite (même si on peut penser que ce sera éventuellement difficile de graver très en dessous du nanomètre,, c'est-à-dire presque à zéro).

Et parce que ladite profession informatique a aussi des arguments très financiers auprès des directions d'entreprises : migrer son système informatique dans le cloud, c'est à la fois variabiliser ses coûts, puisqu'on ne paie plus qu'à la consommation en quelques sortes, et alléger son bilan avec moins d'immobilisations en informatique, voire améliorer encore son retour sur capital investi, alias le sacro-saint ROCE, et ce n'est donc que du bonheur en principe.

…mais le cloud et l'IA font un tabac, sans aucun doute

Des arguments qui ont manifestement porté, d'autant que le fournisseur de services cloud est un hyperscaler, qui a toujours la puissance de calcul qu'il faut, et apporte donc toute la flexibilité que l'on veut aussi. Et les hyperscalers font de fait des affaires merveilleuses en ce moment (cf le chiffre d'affaires de Microsoft Azure à +41% sur un an) puisque la consommation de puissance de calcul explose tout simplement avec l'IA. Dont l'utilisation est facturée en "token", et commence à coûter très cher aux entreprises aux dires de pas mal de patrons. Il faut donc rendre hommage à la profession informatique, qui a en quelque sorte fait coup double en vendant très bien le cloud, puis l'IA encore mieux à ses clients. Et connaît semble-t-il un nouvel âge d'or. Encore.

Et tout ça génère de l'activité pour les acteurs de la cybersécurité comme Wallix.

Du contrôle d'accès informatique pour tout le monde, et pour tous les systèmes aussi

Avec un chiffre d'affaires attendu pour cette année de 48 millions d'euros, 240 salariés environ et trois centres de R&D (Paris, Rennes, et Madrid), Wallix édite une suite de logiciels qui permettent de contrôler les accès au système informatique de l'entreprise : i) accès à privilèges avec Wallix PAM, pour les comptes d'administrateurs et du personnel IT, plus ceux de tiers en relation étroite avec l'entreprise comme les fournisseurs, et, last but not least, les nouveaux utilisateurs non-humains que sont les fameux agents IA, ii) la gestion d'identité et de tous les accès de manière transparente avec Wallix IDaas et Wallix Enterprise Vault, iii) les habilitations avec Wallix IAG, et enfin, iv) les mêmes services en mode SaaS, ou plutôt Security as a Service, avec Wallix One, Wallix One Console et Wallis PAM Core.

En gros, Wallix vend de la cybersécurité simplifiée, ce qui adresse aussi tous les environnements OT (contrôle/ commande de systèmes critiques, industriels, etc…), soit une suite logicielle de solutions packagées faciles à mettre en œuvre quelle que soit l'architecture du SI, installée en partie dans le réseau autour du firewall, avec une architecture hybride pas entièrement cloud/SaaS, car possiblement aussi chez le client ou chez Wallix. Et, surtout, fonctionnant sous Linux, Linux offrant l'avantage de ne pas être assujetti aux restrictions d'exportations US, et d'être capable de parler avec toutes les machines.

Une large base de clientèle a priori et des produits toujours améliorés

Wallix décline ses solutions par cas d'usage : accès des tiers, transformation digitale, audit de conformité, cybersassurance, etc…, par verticaux : Santé, Education, Finance, architectures critiques, gouvernement, etc… et est certifié et homologué en France et en Allemagne, et doit bientôt en Europe avec une nouvelle directive NIS2.

La société commercialise ses produits dans le canal indirect avec 300 revendeurs ESN et cabinets de conseil, et revendique près de 4.100 contrats exclusifs dans 27 pays en tout, avec 40% de son activité hors de France et une large typologie de clientèle, des grands groupes français et européens aux ETI, en passant par des clients publics ou parapublics, comme l'Etat, la RATP ou l'Assurance Maladie. Des clients qui ont le droit à une hotline interne 24x7, Wallix s'appuyant aussi sur un partenaire pour les interventions urgentes. Et chez qui le taux de renouvellement est élevé selon la direction, avec une bonne acceptation des hausses tarifaires.

La société travaille aussi son offre en permanence, pour y intégrer plus d'IA comme il se doit, notamment dans la nouvelle console Wallix One qui sortira au S2 : i) acquisition de Malizen fin 2025, une start-up spécialiste de l'analyse comportementale, et, ii) partenariat avec l'Inria, dont la recherche vaut éventuellement celle de Meta Platforms et des autres, qui vise aussi à faire autre chose avec l'IA, notamment des solutions où les données restent en France, et construire des alternatives à Anthropic et Open AI.

Un modèle d'affaire revu et corrigé, et il était temps

Wallix n'a pas gagné d'argent ces cinq dernières années, avec entre autres de gros investissements commerciaux aux USA qui n'ont pas marché, et s'est réorganisé en profondeur en 2024 et en 2025. Tout en faisant toujours beaucoup de R&D, plus des acquisitions pour ajouter des modules à la suite, injecter de l'IA dans l'offre et industrialiser aussi le modèle de vente avec les partenaires commerciaux. Et de nouvelles expertises en analyse comportementale, détection et anticipation des risques cyber, sont intégrées cette année à la suite logicielle grâce à l'apport de capacités d'UEBA (analyse du comportement des utilisateurs et des entités).

Wallix génère de plus en plus de chiffre d'affaires récurrent (souscriptions et maintenance), soit 70% de l'activité fin 2025, et 81% à fin juin, avec plus de petites et moyennes entreprises parmi ses clients, plus de clients sur le segment OT aussi, et des grands clients existants qui passent peu à peu en mode abonnement. L'exercice 2025 a de fait été en nette amélioration, avec une croissance de +19% du chiffre d'affaires et un résultat d'exploitation proche de l'équilibre.

Ce que devraient confirmer les chiffres du 1er semestre 2026 clos fin juin, les ventes progressant de +14%, avec des secteurs très demandeurs comme l'énergie et la Défense, mais de la réticence à investir dans beaucoup d'autres secteurs, notamment chez clients industriels allemands sous pression, et en France, où le marché est plutôt attentiste dans l'attente de la transposition de la directive européenne NIS2. Et avec un résultat opérationnel courant positif selon la direction, mais on en saura plus lors de la publication des semestriels le 8 octobre prochain.

Cybersécurité : vers l'infini et au-delà, et de la souveraineté en attendant

Comme on a pu le constater récemment avec les vols d'identités dans les fichiers de l'Administration Fiscale ou encore chez Revolut, banque en ligne censée être à la pointe de la technique, et leur multiplication inquiétante, les besoins croissants en cybersécurité ouvrent de belles perspectives pour Wallix. Qui pourrait bénéficier aussi de la nouvelle mode de la souveraineté, puisqu'on s'inquiète aussi de plus en plus de la localisation des données, notamment chez les grands comptes qui veulent à présent des solutions européennes. Et veulent plus généralement une moindre dépendance des grands groupes technologiques US, qui ont pris de plus en plus de place grâce au cloud, et qui tirent de plus en plus de revenus d'Europe. Grâce aussi à la "neutralité du net", grand principe qui fait qu'ils n'ont pas à payer les opérateurs de réseaux télécoms pour passer chez eux, ce qui est un comble.

Ceci alors que Mr Trump pourrait décider un jour de mauvaise humeur de barrer l'accès de tel ou tel logiciel américain servi en ligne aux utilisateurs européens, et de faire un grand "killswitch", sur Microsoft 365, par exemple. Ce qui est rien moins que rassurant, mais a le mérite de susciter des initiatives en Europe, comme les nouveaux dispositifs EU autour de l'IA et du cloud souverain européen, avec les financements publics qui vont avec, etc… etc… Dont un projet ambitieux mené par la société : créer une "plateforme européenne de consolidation pour la cyber, l'IA et la souveraineté de environnements industriels".

De bons financements pour accélérer

Ce n'est donc pas pour rien que Wallix, après avoir rejeté une offre de rachat (avec une sortie de la Bourse à la clé) en mars dernier, vient de faire entre un nouvel actionnaire des plus sérieux : NexStage AM, qui a converti les obligations qu'il détenait depuis 2023, soit 5 millions d'euros d'endettement en moins pour améliorer un bilan déjà "cash rich" avec 12 millions d'euros de liquidités en caisse au 31 décembre dernier. Et ce n'est pas pour rien non plus que Wallix a trouvé assez facilement 25 millions d'euros d'argent frais, soit 15 millions de crédit bancaire à six ans et 10 millions d'obligation remboursable dans 7 ans auprès des meilleurs banques et fonds de dette de la place.

Ce qui est plutôt bon signe, sans aucun doute. Même si on ne prête qu'aux riches, c'est bien connu.

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