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VanEck : "Les semi-conducteurs sont la base de l'IA et de la 4e révolution industrielle"
information fournie par Zonebourse 15/10/2026 à 15:43

A l'ère des mutations économiques et de la fin du modèle classique 60/40, la construction de portefeuille traverse une transformation profonde. Réunis à Paris hier, VanEck, le gestionnaire d'actifs mondial et Kepler Chevreux (société européenne indépendante de services financiers) ont mis en lumière le basculement massif des investisseurs vers les ETF thématiques, au cours d'une présentation devant la presse et à laquelle a assisté Zonebourse.com.

Portés par des mégatendances durables (telles que l'essor de l'intelligence artificielle, la transition énergétique, le nucléaire, la sécurité nationale ou la dynamique de dédollarisation), ces instruments s'imposent désormais comme le coeur de la diversification moderne. (lire l'article ci-contre).

A l'issue de cette présentation, Adyl Bou, chargé de développement commercial France et Monaco chez VanEck, a accordé un entretien exclusif à Zonebourse.com pour détailler la vision stratégique de la société de gestion et les perspectives de cette gamme d'investissement à 360°.

Zonebourse.com : Abordons le sujet de la dédollarisation et son lien avec la sécurité énergétique. Selon vous, quel est l'impact de cette tendance sur l'allocation d'actifs au sein de portefeuilles thématiques ciblant l'IA, la défense ou l'énergie ?

Adyl Bou : Chez VanEck, nous identifions aujourd'hui plusieurs grandes tendances structurelles et de long terme : la dédollarisation, la sécurité énergétique, la sécurité nationale et l'intelligence artificielle. Chacune de ces tendances se traduit dans notre offre par des stratégies et des produits ciblés.

Pour la dédollarisation, ce phénomène se matérialise par exemple à travers nos produits sur les sociétés minières d'or, un actif massivement acheté par les banques centrales des pays émergents depuis dix ans. Depuis près d'une dizaine d'années, nous observons des achats massifs d'or de la part des banques centrales, notamment dans les pays émergents, pour réduire leur dépendance au dollar américain. Il passe aussi par des stratégies d'investissement internationales qui limitent volontairement l'exposition au dollar comme notre ETF axé sur les dividendes des marchés développés, davantage teinté d'entreprises européennes qu'américaines.

(NDLR : La dédollarisation désigne le processus par lequel des États, des banques centrales et des entreprises réduisent leur dépendance au dollar américain (USD) dans les échanges commerciaux internationaux, le stockage de leurs réserves de change, et l'émission d'actifs financiers.

Concernant la sécurité énergétique, la demande d'électricité va croître deux fois plus vite, portée par la modernisation des réseaux électriques, l'essor des véhicules électriques et aussi par la forte demande en data centers nécessaires à l'IA. Le nucléaire devient ainsi une thématique centrale pour produire cette énergie à faible émission de CO?. Quant à la sécurité nationale, elle est couverte par la défense et l'espace, deux secteurs complémentaires financés par les Etats.

Zonebourse.com : Vous mentionnez l'IA. Face au risque de surévaluation ou de forte concentration autour des géants de la tech, comment peut-on intégrer l'intelligence artificielle dans un portefeuille sans trop surexposer son portefeuille au risque ?

AB : Sans faire de conseil en investissement, notre choix a été de cibler la brique fondamentale de cette révolution : les semi-conducteurs. On ne peut pas s'en passer, ils sont à la base de toute évolution technologique et de la 4? révolution industrielle. " Pionniers sur ce créneau, nous y gérons aujourd'hui des encours majeurs en Europe et une part très significative de nos encours globaux aux Etats-Unis.

Pour investir dans l'IA, plusieurs options existent. On peut acheter les " Sept Magnifiques " (les géants technologiques américains), mais l'IA ne représente pas la majorité de leur chiffre d'affaires. Le private equity est une alternative mais ce marché reste difficile d'accès. Pour l'investisseur particulier, le moyen le plus direct de participer au développement de l'IA est d'isoler la chaîne de valeur des semi-conducteurs.

Zonebourse.com : Les fonds VanEck couvrent des secteurs très variés (défense, énergie, IA). Quelle est la répartition géographique de ces investissements ?

AB : A l'exception de quelques stratégies spécifiques ciblant une zone spécifique (comme les dividendes des marchés développés), la majorité de nos ETF thématiques adoptent une approche mondiale. Par exemple, sur le secteur de la défense, l'exposition est globale : le portefeuille rassemble des entreprises du monde entier, avec environ 50% de valeurs américaines.

Zonebourse.com : Lors de la présentation, vous avez parlé des solutions Core. Expliquez-nous à quoi cela correspond ?

AB : Les solutions " Core " désignent le coeur de portefeuille. Traditionnellement, investir dans le Core, c'est chercher à reproduire la performance globale d'un grand marché dans son ensemble via de grands indices comme le CAC 40 ou le S&P 500. Chez VanEck, nous cherchons à nous exposer au marché global à travers un panier d'entreprises sélectionnées selon certains critères, sans nous enfermer dans un secteur ou une thématique unique.

Zonebourse.com : Dans un contexte de tensions géopolitiques très tendu (escalade des tensions au Moyen-Orient, conflit Russie-Ukraine) quel rôle et quelle part idéale un ETF thématique doit-il occuper dans une allocation globale ?

AB : Fixer un pourcentage exact est difficile car tout dépend de la tolérance au risque de chaque investisseur. Les ETF thématiques présentent généralement une forte sensibilité au marché (un bêta élevé) et donc une volatilité plus forte : si le secteur subit une baisse, l'ETF baisse également, mais si la thématique progresse, le potentiel d'accroissement est très direct. Nous ne percevons pas ces thématiques comme de simples paris à court terme, mais comme de véritables tendances structurelles sur le long terme. Aujourd'hui, les investisseurs intègrent de plus en plus ces thèmes au sein de leur stratégie pour donner un biais clair et durable à leur portefeuille.

Zonebourse.com : Vous avez mentionné le terme bêta. Qu'est-ce que cela signifie concrètement ?

AB : C'est une notion mathématique qui mesure la corrélation d'un fonds par rapport à son marché de référence. Un bêta de 1 signifie que l'ETF évolue exactement dans la même proportion que son secteur. Un bêta supérieur à 1 indique une amplification des mouvements de marché (à la hausse comme à la baisse). Pour garantir cette forte corrélation avec le thème choisi, nous appliquons une règle stricte de "pure play" : chaque entreprise intégrée doit réaliser au moins 50 % de son chiffre d'affaires dans la thématique visée.

(NDLR : Le terme pure play désigne une entreprise dont l'activité est dédiée quasi exclusivement à un seul secteur ou une seule thématique précis(e), par opposition à un grand groupe diversifié (un poudrier/conglomérat) qui touche à plein d'activités différentes).

Zonebourse.com : Lorsqu'un investisseur combine plusieurs thématiques proches (comme la défense et l'énergie), comment évite-t-il le chevauchement d'actifs (overlap) ?

AB : Grâce à la règle du pure play et à la gestion indicielle stricte, il n'y a pas d'intervention humaine subjective et pas de doublons. Par exemple, nos ETF Défense et Espace n'ont aucun chevauchement de valeurs. Un exemple très parlant est celui du titre Nvidia. Cette action était présente dans notre ETF Gaming & eSport. Jusqu'en juin 2024, la majorité des revenus de cette multinationale américaine de technologie provenait des cartes graphiques pour les jeux vidéo. En juin 2024, lorsque que son chiffre d'affaires a basculé en majorité vers les puces d'IA, le titre est sorti de l'ETF Gaming pour être recentré sur la thématique IA. Avec cette gestion automatisée nous évitons que deux fonds ETF ne possèdent les mêmes actions par erreur et nous conservons des portefeuilles parfaitement distincts.

En amont de cet entretien avec Adyl Bou, le groupe VanEck a transmis par mail à Zonebourse.com une analyse détaillant la manière dont les tensions au Moyen-Orient et la sécurisation des voies maritimes stratégiques (comme le détroit d'Ormuz ou la mer Rouge) influent sur l'allocation dans les thématiques de défense et de sécurité énergétique.

Défense : Réassort des stocks et guerre d'usure, la fin de la prime géopolitique

Sur la partie défense, le gestionnaire d'actifs répond que les tensions au Moyen-Orient ont changé la donne sur ce que les investisseurs paient dans le secteur de la défense. Les attaques contre la navigation en mer Rouge depuis fin 2023, ainsi que la menace pesant sur le trafic dans le détroit d'Ormuz, ont mis en lumière un problème de coût. Les marines utilisent des missiles intercepteurs coûteux contre des drones et des roquettes bon marché, épuisant leurs stocks plus vite que l'industrie ne peut les reconstituer. La guerre avec l'Iran, qui a débuté à la fin du mois de février, a aggravé cette ponction, qui s'ajoute à plus de quatre ans de livraisons à l'Ukraine.

"Pour les investisseurs, cela génère de la demande dans quelques domaines précis : la défense aérienne et antimissile, la construction et la maintenance navales, les capteurs et la surveillance (y compris depuis l'espace), la guerre électronique et les systèmes de lutte anti-drones. Les gouvernements financent ces besoins par des budgets pluriannuels, et ceux-ci se reflètent dans les carnets de commandes. Cela rend la demande plus durable que les gros titres qui l'ont déclenchée", fait savoir VanEck.

Ce que les marchés ne font plus, c'est récompenser le conflit en lui-même. Lorsque les Etats-Unis et Israël ont frappé l'Iran le 28 février, les valeurs de la défense ont progressé lors de la première séance, puis ont reculé. En mars, un large indice américain de la défense a perdu près de 8% et les valeurs européennes de la défense 11%. Une grande partie de la prime géopolitique avait été intégrée dans les cours avant les frappes. En septembre, la perspective d'un règlement négocié avec l'Iran a pesé sur l'ensemble du secteur.

L'allocation pourrait plutôt suivre les achats d'équipements et les budgets, tels que l'objectif de 5% du PIB de l'OTAN et la demande américaine d'un budget militaire de 1 500 milliards de dollars pour 2027, plutôt que de réagir à l'actualité.

Le Moyen-Orient plaide également en faveur d'une approche globale plutôt que régionale.

"Les fournisseurs qui profitent le plus de la demande en défense maritime et aérienne sont basés aux Etats-Unis, en Europe, en Israël et en Asie, et les pays du Golfe sont eux-mêmes de gros acheteurs. En 2026, le leadership au sein du secteur a changé de région d'un mois à l'autre. Une allocation limitée à une seule région ne capte qu'une partie de cette demande", observe VanEck.

Sécurité énergétique : du risque lié aux points de passage stratégiques à l'électrification

La défense protège les navires, mais elle ne crée pas d'énergie. Face aux risques de pénurie, la priorité passe donc par l'électrification et la sécurité énergétique.

Avant le conflit, environ 20 millions de barils par jour de pétrole brut et de produits pétroliers transitaient par le détroit d'Ormuz, soit environ un quart du commerce pétrolier maritime. Les flux sont ensuite tombés à une moyenne de 2,7 millions de barils par jour entre mars et mai, soit une baisse de plus de 85%, que l'Agence internationale de l'énergie (AIE) a qualifiée de plus grande perturbation de l'approvisionnement de l'histoire. Sous protection militaire américaine, le trafic maritime s'est depuis quelque peu rétabli, mais reste erratique. Les marges de sécurité sont désormais minces : la Réserve stratégique de pétrole des États-Unis détenait 285 millions de barils à la mi-septembre, son niveau le plus bas depuis novembre 1982. Anticipant la persistance des perturbations, les grandes économies passent à l'action en accélérant l'électrification afin de réduire leur exposition au pétrole et au gaz importés.

Le plan d'action pour l'électrification de la Commission européenne vise à doubler la part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie pour la porter à 46% d'ici 2040, contre 23% aujourd'hui, avec une Banque pour la décarbonation industrielle dotée de 100 milliards d'euros.

Aux Etats-Unis, le programme GRIP du département de l'Energie comprend désormais un cycle SPARK de 1,9 MdUSD pour les technologies avancées de transport d'électricité, et les compagnies d'électricité privées devraient investir 1 400 MdsUSD entre 2026 et 2030. La contrainte est liée à l'offre : plus de 2 500 GW de projets d'énergies renouvelables, de grandes charges et de stockage sont en attente dans les files de raccordement au réseau à l'échelle mondiale, et l'AIE estime que les investissements annuels dans les réseaux doivent passer d'environ 400 MdsUSD à quelque 600 MdsUSD d'ici 2030. "A notre avis, la rareté des équipements de réseau et des capacités de fabrication pourrait devenir une thématique d'investissement à part entière", confie VanEck.

"La perturbation d'Ormuz a révélé à quel point les marchés de l'énergie sont prisonniers de la géographie. La défense peut aider à garder les voies maritimes ouvertes, mais elle ne peut pas les élargir. L'électrification et les réseaux sont le moyen pour les importateurs de réduire leur dépendance à leur égard. Plutôt que de s'appuyer sur des prévisions géopolitiques, la thèse d'investissement repose sur des besoins structurels, même si une résolution diplomatique durable des crises d'Ormuz et de la mer Rouge pourrait atténuer, sans l'éliminer, la pression pour accélérer certains de ces investissements", conclut le gestionnaire d'actifs mondial.

Adyl Bou, chargé de développement commercial France et Monaco, VanEck

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