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Une semaine clé pour les banques centrales : Fed, BCE, BoE, BNS à l'agenda
information fournie par Carmignac 17/03/2026 à 09:12

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

Par Kevin Thozet, membre du comité d'investissement, Carmignac


Cette semaine s'annonce particulièrement dense pour les observateurs de la politique monétaire : l'ensemble des grandes banques centrales du G10 tiendront leur réunion.

Le calendrier ne pourrait être plus déterminant. Les récents développements géopolitiques et le choc qui en résulte sur l'approvisionnement énergétique mondial ont entraîné une réévaluation rapide des anticipations de politique monétaire, accompagnée d'une forte remontée des rendements obligataires des pays développés.

Il n'y a encore que quelques semaines, les marchés étaient majoritairement positionnés en faveur de politiques d'assouplissement monétaire. Aujourd'hui, les perspectives apparaissent nettement plus incertaines.

La question centrale portera essentiellement sur la manière dont les banques centrales interpréteront ce choc. Choisiront-elles de considérer cette hausse des prix de l'énergie comme un phénomène temporaire lié à l'offre, ou adopteront-elles une posture plus restrictive face au risque de voir les prix de l'énergie modifier les anticipations d'inflation, les pressions salariales et les politiques de prix des entreprises ?

Si le statu quo monétaire apparaît comme le scénario le plus probable cette semaine, la communication des banques centrales sera scrutée de près afin de comprendre comment elles entendent réagir face à ce nouveau choc inflationniste.

Fed : l'inflation ne faiblit pas et le pétrole complique la donne

Début 2026, les marchés anticipaient plus de deux baisses de taux aux Etats-Unis pour l'année calendaire. Aujourd'hui, ils n'en intègrent plus qu'une seule. La raison est simple. Cinq ans après avoir dépassé la cible de 2%, le déflateur du PCE, l'indicateur de prix privilégié par la Fed, reste obstinément élevé - et cela même avant la récente flambée des prix de l'énergie. Dans ce contexte, un retour rapide et durable vers l'objectif de 2 % relève davantage du vœu pieux que d'un scénario probable.

Si la hausse des prix de l'énergie affecte avant tout l'inflation globale plutôt que l'inflation sous-jacente, la Fed redoute surtout les effets de second tour. Et si le choc énergétique devait s'inscrire dans la durée, il pourrait progressivement influencer plus largement les comportements. Depuis la période post-Covid, la sensibilité des agents économiques aux chocs d'offre s'est accrue : les entreprises répercutent plus rapidement la hausse de leurs coûts, tandis que les salariés sont plus enclins à renégocier leurs salaires lorsque les prix augmentent. Autant d'éléments susceptibles de produire une inflation plus persistante.

Dans le même temps, l'économie américaine continue d'afficher une certaine résilience. Les indicateurs conjoncturels suggèrent une croissance du PIB proche de 2,7%, signe d'une activité toujours solide. Le marché du travail apparaît également moins fragile que ne le suggèrent les derniers chiffres de créations d'emplois. Certes, le dernier rapport sur l'emploi a déçu, mais la Fed devrait davantage se concentrer sur la stabilisation du taux de chômage et sur la solidité de la dynamique salariale. Les nouvelles inscriptions au chômage restent contenues, les licenciements ont reculé et certaines enquêtes auprès des entreprises suggèrent que les intentions d'embauche pourraient commencer à se stabiliser.

Un autre facteur de complexité tient à l'impact distributif de la hausse des prix de l'énergie. Les ménages les plus modestes sont les plus exposés, à la fois aux droits de douane et à l'augmentation des prix du pétrole et du gaz, ce qui pourrait à terme peser sur la consommation. Mais à l'échelle de l'économie américaine dans son ensemble, le choc pétrolier pourrait être moins pénalisant que pour d'autres régions, dans la mesure où il correspond in fine à un transfert des ménages vers l'investissement des entreprises du secteur énergétique. Mais en période électorale, les équilibres macroéconomiques pèsent souvent moins que le ressenti des ménages : ce sont les électeurs qui votent, pas les entreprises. La pression politique liée à la hausse des coûts de l'énergie pourrait donc rapidement s'intensifier.

Dans l'immédiat, les implications pour la politique monétaire semblent claires : la Fed devrait privilégier l'attentisme afin d'évaluer si la hausse des matières premières se traduit par des tensions inflationnistes plus larges. Et tant que les actifs risqués restent bien orientés, la banque centrale a peu d'incitation à agir rapidement. La barre pour de nouvelles baisses de taux reste donc élevée. La barre pour de nouvelles baisses de taux reste donc élevée.

BCE : les baisses hier, les hausses demain ? Le dilemme de 2026

La Banque centrale européenne (BCE) devrait maintenir ses taux directeurs inchangés à 2% cette semaine.
Pendant près d'un an le narratif prépondérant sur les marchés a porté sur la possibilité de voir la BCE baisser ses taux d'intérêt si la croissance ou les marchés venaient à tanquer. Les investisseurs commencent désormais à envisager un scénario bien différent : celui d'un possible retour des hausses de taux en 2026.

Les perturbations dans l'approvisionnement énergétique ont entraîné une remontée des prix du gaz et la zone euro y demeure particulièrement exposée en raison de sa dépendance structurelle aux importations d'énergie. À cela s'ajoutent des capacités limitées sur le marché du GNL et des stocks de gaz relativement bas. Sur la base des anticipations actuelles sur ces marchés, la situation pourrait porter l'inflation globale à 3% en 2026, tandis que la croissance ralentirait vers 1% (contre environ 1,3% avant le conflit). Dans un contexte où la BCE se montre particulièrement vigilante au risque de dérapage des anticipations d'inflation, l'hypothèse d'un retour des hausses de taux devient plus compréhensible.

Certaines économies apparaissent particulièrement vulnérables à ce choc énergétique, notamment l'Allemagne et l'Italie, dont le mix énergétique repose fortement sur le gaz et où les prix de l'électricité figurent déjà parmi les plus élevés d'Europe. Le calendrier politique ajoute également à l'incertitude : avec des élections à venir en Allemagne, en France et en Espagne, la pression sur les gouvernements devrait s'accentuer pour qu'ils atténuent l'impact de la hausse des prix de l'énergie, au moyen de dispositifs budgétaires ciblés ou des subventions.

Toutefois, la marge de manœuvre budgétaire est aujourd'hui bien plus limitée qu'au plus fort de la crise énergétique de 2022. La charge d'intérêts dans la zone euro a augmenté, atteignant près de 2,5% du PIB en moyenne, tandis que les déficits publics restent en deçà du seuil des -3%. Les gouvernements pourraient donc avoir du mal à déployer des mesures de soutien d'une ampleur comparable à celles mises en place en 2022, même si les prix du gaz restent inférieurs aux niveaux extrêmes atteints alors.

La BCE publiera également cette semaine ses nouvelles projections macroéconomiques trimestrielles, elles devraient toutefois ne refléter que partiellement la récente hausse des prix du pétrole et du gaz. Traditionnellement, les banques centrales ont tendance à regarder au-delà des chocs d'offre lorsqu'elles les jugent temporaires. Mais l'expérience des dernières années a changé la donne. Depuis la pandémie et la crise énergétique de 2022, les entreprises ajustent plus rapidement leurs prix et les anticipations d'inflation des ménages réagissent davantage aux chocs d'offre.

C'est précisément le dilemme auquel la BCE est confrontée. D'un côté, elle doit éviter que les anticipations d'inflation ne dérivent à la hausse, surtout si les prix de l'énergie restent durablement élevés. De l'autre, la capacité des gouvernements à absorber le choc est aujourd'hui plus limitée qu'en 2022. En l'absence d'un soutien budgétaire suffisant, la hausse des prix de l'énergie pourrait rapidement peser sur la consommation et sur l'investissement, avec le risque que ce choc d'offre se transforme progressivement en choc de demande.

Dans l'immédiat, la BCE devrait privilégier l'attentisme afin d'évaluer l'ampleur et la durée de ces tensions. Mais l'équilibre des risques a clairement évolué. Un choc énergétique supposé temporaire pourrait finalement confronter la zone euro à une combinaison délicate : une inflation plus élevée et une croissance plus faible, un environnement qui rend la trajectoire future de la politique monétaire beaucoup plus incertaine.

En somme, la question énergétique en Europe est en train de redevenir un enjeu central pour la politique monétaire de la BCE.

BoE : l'étau de la stagflation

La Banque d'Angleterre (BoE) devrait laisser ses taux directeurs inchangés lors de sa réunion de jeudi. La véritable interrogation porte plutôt sur l'orientation de sa communication : maintiendra-t-elle le ton accommodant adopté depuis le début de l'année ? L'économie britannique évolue désormais dans un environnement délicat, marqué par une inflation toujours élevée et un ralentissement marqué de l'activité. Dans ce contexte, la récente hausse des prix du pétrole et du gaz, ainsi que la remontée marquée des anticipations d'inflation, pourraient pousser la BoE à adopter une posture plus restrictive.

Les récentes publications économiques confirment la perte de vitesse de l'économie. La croissance des salaires décélère et le marché du travail reste peu vigoureux : sur les quinze dernières publications, seules quatre ont fait état de créations nettes d'emplois. La consommation des ménages demeure fragile, les ventes au détail en volume sont inférieures aux niveaux pré-Covid. Parallèlement, l'investissement des entreprises a nettement reculé, traduisant une confiance toujours limitée. Les indicateurs d'activité restent moroses, les dernières données de PIB suggérant une croissance quasiment nulle.

Un tel environnement devrait plaider clairement en faveur de baisses de taux. Mais la Banque d'Angleterre se heurte à une contrainte bien connue : l'inflation demeure trop élevée.

Le contexte s'est encore tendu avec un nouveau choc inflationniste provoqué par la troisième guerre du Golfe. Le Royaume-Uni apparaît particulièrement vulnérable aux variations des prix de l'énergie, compte tenu du rôle central du pétrole et du gaz dans son mix énergétique et de leur transmission rapide à l'inflation domestique.

Les marchés financiers ont réagi vivement. Au sein des économies développées, le Royaume-Uni a enregistré la révision la plus marquée des anticipations d'inflation : les points morts d'inflation à deux ans ont progressé de +140 points de base, les anticipations à un an ont bondi de +180 points de base, atteignant près de 4,5%. Dans le même temps, les rendements obligataires souverains ont progressé plus fortement au Royaume-Uni que dans les autres grandes économies développées.

Cette remontée des rendements obligataires pèse déjà sur les conditions financières. Les marchés actions subissent la pression de taux plus élevés, tandis que les perspectives macroéconomiques restent peu favorables. Contrairement aux États-Unis ou à la zone euro - où la croissance devrait rebondir en 2026 - l'économie britannique devrait continuer de ralentir cette année par rapport à 2025.
Même si les baisses de taux semblent pour l'instant mises en pause, l'ouverture d'un nouveau cycle de resserrement monétaire paraît peu probable à court terme. Le Royaume-Uni reste en effet la seule économie du G10 à afficher une décélération aussi nette de son activité.

Pourtant, les marchés ont fortement révisé leurs anticipations. En début d'année, les investisseurs tablaient sur deux baisses de taux en 2026 ; ils envisagent désormais une hausse.

Cet environnement pourrait à première vue soutenir les obligations britanniques (Gilts). Toutefois, les marchés ont intégré des réajustements similaires au sein d'autres économies développées, où les tensions inflationnistes sont moins prononcées et donc où les perspectives apparaissent dès lors relativement plus favorables.

Du côté des changes, l'équilibre des risques continue de pencher vers un affaiblissement de la livre sterling. Si la BoE devait finalement être contrainte d'assouplir sa politique face au ralentissement économique, la devise britannique devrait reculer en parallèle de la baisse des rendements monétaires. Et même dans un scénario où la banque centrale maintiendrait sa politique inchangée, voire adopterait un biais plus restrictif, la faiblesse persistante de l'économie continuerait de peser sur la devise.
BNS : prisonnière de la force du franc.

Avec un taux directeur à 0%, une inflation proche de zéro, une croissance inférieure à son potentiel et un franc suisse proche de ses plus hauts historiques, la Banque nationale suisse (BNS) ne dispose que de très peu de marge de manœuvre. La vigueur de la devise pèse déjà sur l'activité économique ainsi que sur les anticipations d'inflation, rendant peu probable tout ajustement immédiat de la politique monétaire.

Dans ce contexte, la BNS devrait privilégier une approche attentiste et choisir de regarder au-delà du choc lié à la hausse des prix de l'énergie. Une hausse de taux risquerait d'entraîner une nouvelle appréciation du franc - déjà jugé surévalué de 15 à 20% - tandis qu'une baisse des taux impliquerait un retour en territoire négatif, une option que la banque centrale semble peu disposée à réintroduire.

BoJ : yen faible et du pétrole cher, une facture énergétique salée

La Banque du Japon (BoJ) devrait elle aussi laisser ses taux directeurs inchangés cette semaine.

L'économie japonaise est confrontée à un triple choc : la hausse des prix du pétrole, la faiblesse du yen et, par conséquent, une forte augmentation du coût de l'énergie en monnaie locale. Près de 90% des importations japonaises de pétrole et de gaz transitent par le détroit d'Ormuz, ce qui rend le pays particulièrement vulnérable aux tensions dans la région. Ce qui a pesé encore davantage sur le yen - en recul de 2% depuis le début du conflit et près de -32% sur les cinq dernières années - poussant le prix du pétrole en yen à un niveau record de 16.000 yens par baril.

Une telle configuration pèse à la fois sur le pouvoir d'achat des ménages et sur les marges des entreprises. Les rendements des obligations d'État japonaises ont d'ailleurs été parmi les moins affectés par la remontée généralisée des taux observée dans les économies développées : le choc énergétique étant au Japon davantage perçu comme un frein à la croissance que comme un facteur inflationniste.

Dans ce contexte, la BoJ devrait marquer une pause dans son cycle de resserrement monétaire. Certes, une hausse des taux pourrait contribuer à stabiliser le yen, mais une telle décision risquerait aussi de fragiliser davantage des perspectives de croissance déjà incertaines. Les autorités monétaires devraient donc privilégier la prudence et éviter tout durcissement de leur politique à court terme.

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