Triple narchomicide : malgré l'ADN, les écoutes et des aveux, Amine Oualane nie en bloc ( AFP / Thibaud MORITZ )
ADN, téléphonie, véhicule balisé et même des aveux ... Face à l'accumulation d'éléments le désignant comme l'auteur d'un triple narchomicide près de Marseille, Amine Oualane, chef présumé de la DZ Mafia, n'a pas fléchi, continuant à tout nier depuis le box des assises.
Face aux magistrats qui le jugent aux côtés de quatre autres mis en cause, Amine Oualane, 32 ans, a répondu vendredi à chaque question, balayant les accusations portées contre lui dans ce dossier emblématique de l'ultraviolence liée au narcotrafic à Marseille.
Après deux semaines de procès à Aix-en-Provence, un de ses coaccusés, Zakaria Bensaci, a créé la surprise cette semaine en le désignant avec assurance comme "le tireur" ayant assassiné, en décembre 2020, trois jeunes hommes impliqués dans le trafic, dont le frère aîné de l'élu marseillais Amine Kessaci, engagé aux côtés des victimes du narcobanditisme.
"Je ne suis pas Batman pour tuer trois mecs", en quelques secondes, a réagi M. Oualane, silhouette longiligne, cheveux en catogan. A son tour, il accuse Zakaria Bensaci d'avoir "tué Nassim Loubani", l'une des victimes, dont le corps a été démembré.
Pour les deux autres victimes, Brahim Chabane, frère aîné d'Amine Kessaci, et Réda Khaldi, il met en cause "un mec de Frais-Vallon", une cité des quartiers Nord, ainsi qu’un autre homme mis en examen dans l’affaire, retrouvé mort depuis, sur fond de guerre de territoire.
Les dénégations de M. Oualane laissent perplexe le banc des parties civiles, parmi lesquelles Amine Kessaci, qui n’a pas manqué un seul jour d’audience depuis le 19 octobre.
"On parle beaucoup de révélations ces derniers jours. Ce qui a été révélé n'était pas un secret, si ce n'est qu'un des accusés a décidé de briser le silence", a déclaré le jeune adjoint au maire de Marseille à la sortie de la salle.
"Jamais je ne me tairai"
Amine Kessaci à Aix-en-Provence, le 19 octobre 2026 ( AFP / Thibaud MORITZ )
L’audience a une nouvelle fois été marquée par de nombreux éclats de voix, qui ont contraint le président de la cour à rappeler à l’ordre les différentes parties. Un avocat de la défense a même demandé à Amine Kessaci de cesser de le "fixer" d’un air menaçant.
"Jamais je ne me tairai", "jamais je ne baisserai ni les yeux, ni le regard", a lancé le militant de 23 ans.
"Lors de ce procès, j'ai tenté de faire quelque chose : rétablir aussi une forme de justice, celle de la place des parties civiles. Dans ces procès-là, dans ces assises-là, elles n'ont clairement pas à avoir peur, ni à baisser les yeux, ni à baisser le regard", a poursuivi l'élu marseillais.
En face, Amine Oualane ne cille pas non plus. Invité à s’expliquer sur la présence de son ADN et de celui d’une victime sur une paille, il répond qu’elle date d’une sortie passée dans un fast-food.
Sa présence sur la scène de crime, où sa voiture a été retrouvée, est aussi niée. Amine Oualane affirme avoir "rendu service" en prêtant son véhicule à M. Bensaci pour qu’il remette une clé de voiture à Réda Khaldi "parce que le loueur ne peut pas prolonger leur véhicule".
"Vous avez une nouvelle version", lui oppose le président.
Calendrier bousculé
Amine Oualane, au lourd casier judiciaire, dit avoir appris la mort de Reda Khaldi et de Brahim Chabane, "ses amis", "le lendemain sur Snap", se trouvant ce soir-là avec sa maîtresse. "La vérité de la rue va plus vite que la vérité judiciaire", explique-t-il.
Interrogé sur sa relation avec Brahim Chabane, grand frère d’Amine Kessaci, il confie qu'ils ont "fait une dizaine de conneries ensemble". "Ce n’était pas un mec mauvais, il est calme, posé", ajoute-t-il, tandis que Ouassila Benhmadi-Kessaci, la mère de la victime, le fixe d’un regard noir.
Le calendrier du procès, prévu pour durer trois semaines, a été bousculé par le mouvement social obligeant le lourd dispositif sécuritaire à s'adapter. Le verdict, initialement prévu pour ce vendredi, ne devrait pas intervenir avant le 13 novembre, qui est la date anniversaire de l'assassinat, en 2025, du petit frère d'Amine Kessaci, étranger au narcotrafic et abattu en plein jour à Marseille.

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