* Le principal taux directeur est à 0% depuis un an
* La hausse des prix de l'énergie a légèrement fait grimper l'inflation ces derniers mois
* La BNS prête à intervenir sur le marché des changes "si nécessaire"
(Actualisé avec précisions, déclarations d'experts et contexte)
par John Revill
La Banque nationale suisse (BNS) a maintenu jeudi son principal taux directeur à 0% malgré la récente hausse de l'inflation liée à la flambée des coûts du carburant avec la guerre en Iran, estimant que les prévisions de pressions sur les prix à moyen terme n'ont pratiquement pas changé.
Le principal taux directeur de la BNS est à ce niveau depuis un an et il est le plus bas parmi les principales banques centrales dans le monde.
Les marchés et les analystes interrogés par Reuters s'attendaient majoritairement à ce que la BNS opte pour le statu quo sur les coûts d'emprunt.
"L'inflation a augmenté ces derniers mois en raison de la hausse des prix de l'énergie", écrit la BNS dans son communiqué de politique monétaire.
"Les pressions inflationnistes à moyen terme restent toutefois pratiquement inchangées par rapport à la dernière évaluation de la politique monétaire", ajoute la banque centre helvétique.
Le franc suisse s'est légèrement déprécié immédiatement après la décision de la BNS, le dollar CHF=EBS affichant une hausse de 0,11% à 80,03 francs.
Contrairement à la BNS, la Banque centrale européenne (BCE) a déjà relevé ses taux la semaine dernière pour contrer la montée des pressions sur les prix, devenant ainsi la première grande banque centrale à prendre une telle mesure.
La Réserve fédérale américaine (Fed), de son côté, a laissé mercredi ses taux directeurs à leur niveau actuel, malgré une inflation encore nettement supérieure à l'objectif visé.
La Banque de Norvège a elle aussi choisi ce jeudi le statu quo sur ses taux mais indiqué envisager une hausse à l'avenir.
La décision de la Banque d'Angleterre (BoE), quant à elle, est attendue à 11h00 GMT, le consensus ne prévoyant pas de relèvement des coûts d'emprunt dans l'immédiat au Royaume-Uni.
L'inflation en Suisse s'est maintenue à 0,6% en mai, son niveau le plus élevé depuis novembre 2024, sous l'effet d'une flambée des prix des carburants. L'inflation sous-jacente, qui exclut les coûts énergétiques volatils, est quant à elle cependant restée faible, à 0,3%. Ces deux chiffres s'inscrivent largement dans la fourchette cible d'inflation à moyen terme visée par la BNS, de 0%-2%, que la banque centrale définit comme la stabilité des prix.
La BNS a relevé ses prévisions d'inflation pour la Suisse à 0,6% en 2026, contre 0,5% précédemment, et d'un dixième de point de pourcentage pour chacune des deux prochaines années. Elle prévoit toutefois une inflation moyenne nettement inférieure à 1%, restant ainsi dans sa fourchette cible.
La BNS a indiqué que les principaux risques pesant sur les perspectives économiques suisses étaient liés à l'évolution de la situation mondiale, notant que le contexte au Moyen-Orient pourrait à nouveau s'aggraver et freiner l'activité économique.
LE FRANC SUISSE À UN PIC DE PLUS DE DIX ANS FACE À L'EURO
Par ailleurs, le franc suisse, actif refuge qui s'est envolé dès le début des hostilités au Moyen-Orient pour atteindre son plus haut niveau depuis plus d'une décennie face à l'euro, a contribué à protéger la Suisse de l'inflation en rendant les importations moins chères.
La faible pondération de l'essence dans le panier des biens de consommation a également permis à la Suisse d'éviter des hausses de prix similaires à celles observées dans la zone euro en mai. L'inflation dans le bloc monétaire a été confirmée mercredi à 3,2% en mai.
En début d'année, la BNS avait déclaré qu'elle était davantage disposée à intervenir sur les marchés des changes pour contrer une "appréciation rapide et excessive" du franc.
Jeudi, l'institution a légèrement modifié son message, indiquant être davantage disposée à intervenir sur le marché des changes "si nécessaire".
Le maintien du taux directeur à zéro était une décision logique compte tenu de la persistance d'une inflation modérée et d'un certain ralentissement de l'économie suisse, ont estimé les économistes.
"Si l'économie suisse peut paraître solide, l'utilisation des capacités, l'inflation et la confiance des consommateurs restent faibles, tandis que le chômage augmente", relève Alessandro Bee, économiste chez UBS, soulignant que les incertitudes géopolitiques restent élevées.
Pour Charlotte de Montpellier, économiste chez ING Bank, la situation de la BNS est "très confortable".
"L'inflation suisse est très bien maîtrisée, il n'y avait donc aucune raison de changer de cap", a-t-elle déclaré.
Le fait que d'autres banques centrales adoptent une position de plus en plus restrictive réduit également la pression à la hausse sur le franc suisse, note par ailleurs Charlotte de Montpellier, ajoutant ne pas s'attendre à ce que la BNS commence à relever ses taux cette année, ni en 2027, voire même en 2028.
(Avec la contribution d'Ariane Luthi, Amanda Cooper, Friederike Heine, Miranda Murray, Tristan Veyet, Harry Robertson; version française Claude Chendjou, édité par Augustin Turpin)

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