par Andrew MacAskill
Keir Starmer s'envole mardi vers la Chine pour effectuer ce qui constitue la première visite d'un dirigeant britannique en huit ans, dans une volonté de restaurer les liens de Londres avec la deuxième économie mondiale et de réduire sa dépendance à l'égard d'un allié américain devenu de plus en plus imprévisible.
En se rendant en Chine, le Premier ministre britannique imite d'autres dirigeants occidentaux, comme le président français Emmanuel Macron (visite d'Etat début décembre) et le Premier ministre canadien Mark Carney (la semaine dernière).
Il effectue ce déplacement dans un contexte de tensions entre la Grande-Bretagne et son étroit allié de longue date, les Etats-Unis, à propos de la volonté du président américain Donald Trump de prendre le contrôle du Groenland, territoire autonome danois.
Des dizaines de dirigeants d'entreprises font partie de la délégation qui accompagne Keir Starmer pour une visite de trois jours lors de laquelle le dirigeant britannique rencontrera des responsables chinois à Pékin, avant de se rendre à Shanghaï puis d'effectuer une courte visite au Japon.
Il est attendu que le thème majeur de ce déplacement soit "la manière dont les deux camps perçoivent le comportement et la posture des Etats-Unis et de Trump", a déclaré Kerry Brown, enseignant en études chinoises à l'université londonienne King's College.
"L'une des grandes anomalies de la situation actuelle est que Londres est probablement plus proche de Pékin que de Washington" sur certains enjeux mondiaux tels que l'intelligence artificielle, la santé publique et l'environnement, a-t-il dit.
Depuis son élection à l'été 2024, Keir Starmer a érigé comme l'une de ses priorités une amélioration des liens avec la Chine, qui se sont tendus sous les précédents gouvernements en raison de querelles à l'égard de la répression menée par Pékin du mouvement pro-démocratie à Hong Kong - ancienne colonie britannique -, ou encore d'accusations d'espionnage et de cyberattaques.
DYNAMISER L'ÉCONOMIE BRITANNIQUE
Pour Pékin, la venue du dirigeant britannique représente une opportunité de courtiser un autre allié traditionnel des Etats-Unis aux prises avec la politique commerciale erratique de Donald Trump, après que Chine et Canada ont scellé la semaine dernière un accord commercial lors de la venue de Mark Carney.
Donald Trump a exprimé sa colère à l'égard du Premier ministre canadien, menaçant d'imposer des droits de douane de 100% sur tous les produits canadiens à destination des Etats-Unis, ce qui reviendrait de facto à un embargo, si Ottawa mettait effectivement en oeuvre l'accord signé avec Pékin.
En amont de l'arrivée de Keir Starmer, un journal affilié au pouvoir chinois a souligné lundi que Pékin pouvait être un partenaire fiable pour les pays du monde en raison de son engagement à oeuvrer à un "monde multipolaire".
Londres veut renforcer ses liens économiques et commerciaux avec la Chine afin d'aider Keir Starmer à réaliser sa promesse d'améliorer les conditions de vie des Britanniques via des investissements dans les services publics et dans l'économie. Cette stratégie s'accompagne toutefois de fortes critiques émanant de certains politiciens britanniques et américains.
Selon des données gouvernementales, la Chine fut entre mi-2024 et mi-2025 le quatrième plus important partenaire commercial de la Grande-Bretagne, avec quelque 137 milliards de dollars d'échanges commerciaux.
Jusqu'à présent, la Grande-Bretagne n'a pas enregistré de gains économiques majeurs dans le cadre de ses efforts pour améliorer ses relations avec la Chine, a commenté Sam Goodman, directeur politique du think tank londonien China Strategic Risks Institute.
La deuxième économie mondiale représente seulement 0,2% des investissements étrangers directs en Grande-Bretagne, a-t-il noté, tandis que les Etats-Unis en représentent environ un tiers.
"La vraie question de ce voyage", a-t-il ajouté, "c'est à quoi ont servi" les efforts menés par le gouvernement actuel auprès de la Chine. "Y a-t-il des résultats tangibles indiquant réellement une croissance de l'économie britannique ?".
(Andrew MacAskill, avec la contribution de Ryan Woo; version française Jean Terzian)

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