Le drapeau de la Nouvelle-Calédonie (à gauche) aux côtés du drapeau français à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, territoire français du Pacifique, le 24 juillet 2023 ( AFP / Ludovic MARIN )
Le Parlement a définitivement approuvé mercredi un élargissement dans l'urgence du corps électoral pour les élections provinciales en Nouvelle-Calédonie, par un dernier vote de l'Assemblée nationale, à moins de six semaines du scrutin crucial pour l'archipel.
Largement adoptée au Sénat, la proposition de loi sur laquelle s'appuie l'exécutif a été approuvée par la chambre basse, avec 386 voix contre 127, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu.
Le camp gouvernemental, l'alliance RN-UDR et le PS ont largement voté pour. Les insoumis, écologistes et communistes s'y sont opposés.
Saluant un "petit pas" toutefois "décisif", Sébastien Lecornu, a également estimé que "le poison de la politique nationale" s'était invité dans les débats dans l'hémicycle, avec des positionnements liés à la présidentielle de 2027.
La question de l'ouverture de ce corps électoral, particulièrement sensible localement, a été l'étincelle des émeutes qui ont ravagé le Caillou il y a deux ans, faisant 14 morts et deux milliards d'euros de dégâts.
Crucial dans l'archipel, où les trois provinces concentrent beaucoup de compétences, le scrutin provincial repose sur un corps électoral "gelé", réservé aux personnes justifiant de dix ans de résidence en 1998 ainsi que leurs descendants.
Le périmètre de son élargissement divise indépendantistes et non-indépendantistes: les premiers craignent une dilution du vote kanak, les seconds l'exigent au nom de l'égalité devant le suffrage.
Le gouvernement s'appuyait mercredi sur un texte sénatorial, qui permet aux "natifs" calédoniens privés de droit de vote, quelque 10.500 personnes actuellement, de voter aux élections provinciales. Il s'agit pour partie de personnes nées en Nouvelle-Calédonie après 1998.
Ces personnes ont "pu voter aux trois consultations référendaires" en Nouvelle-Calédonie mais sont exclues du scrutin provincial, a rappelé Sébastien Lecornu, estimant que la situation n'a "aucun sens".
- "Accord global" ? -
Après trois reports, les provinciales, qui devaient se tenir il y a deux ans, auront lieu le 28 juin. Et le gouvernement a fait le pari d'une modification express et limitée du corps électoral, après l'échec d'un projet de loi constitutionnel plus ambitieux.
Le député Emmanuel Tjibaou, représentant du principal parti indépendantiste (FLNKS), a lui reproché au gouvernement de vouloir décider "sans l'avis du peuple colonisé" et dans un temps très "restreint".
Tout en assurant que sa formation n'était pas opposée à une ouverture du corps électoral, mais dans le cadre d'"un accord global". Une position également défendue par les insoumis, communistes et écologistes.
"Mais c'est aussi parce que nous (intégrons) les natifs qu'on peut avoir un accord global, et mettre tout le monde autour de la table au mois de juillet", a répondu M. Lecornu, qui escompte réunir les forces calédoniennes pour des négociations après les provinciales.
Une perspective remise en question par le député calédonien loyaliste Nicolas Metzdorf. "L'engagement du Premier ministre" était d'inclure "les natifs et les conjoints", et les non-indépendantistes n'ont donc "aucun intérêt à revenir à la table des négociations", a-t-il jugé au vu de la copie finale.
Emmanuel Tjibaou a lui confirmé la présence de son camp aux négociations, demandant "une discussion loyale" avec l'exécutif.
- Discorde sur les "conjoints" -
C'était la principale inconnue du débat : le gouvernement a proposé par amendement d'ouvrir un peu plus le corps électoral, en y intégrant les conjoints unis depuis au moins cinq ans à un électeur.
Une gageure, car il ne bénéficiait pas du soutien de l'intégralité des ses parlementaires, des députés MoDem et Horizons arguant que l'amendement risquait l'inconstitutionnalité. Le PS demandait aussi son retrait.
Il a au final été rejeté d'un cheveu (164 voix contre 163), sur fond de division des groupes du camp gouvernemental, seul les députés du parti macroniste Renaissance votant unanimement pour.
"Je pense que Marine Le Pen va pouvoir expliquer aux Calédoniens qu'Edouard Philippe et François Bayrou ont empêché des Calédoniens de voter", a critiqué après le vote M. Metzdorf, estimant que la cheffe de file du RN pouvait ressortir "grande gagnante de ce vote".
Certains députés doutent par ailleurs de la constitutionnalité de la proposition de loi, même sans les conjoints, et ce alors qu'elle sera nécessairement envoyée devant le Conseil constitutionnel, en tant que loi organique.
Sébastien Lecornu a défendu que le texte venait répondre partiellement à "une distorsion grandissante": "le nombre d'exclus du corps électoral représentait moins de 8% des Calédoniens en 1998. Ils représentent aujourd'hui 17%".

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