Après avoir aligné six semaines consécutives de baisse, le CAC 40 semble bien parti pour mettre fin à sa spirale négative vendredi, même si ses gains hebdomadaires sont pour l'instant minimes ( 0,4% depuis lundi). Tiraillé entre le support psychologique offert par les 8 000 points et la souffrance des géants du luxe, l'indice parisien se situe aujourd'hui à la croisée des chemins. Le rebond de cette semaine constitue-t-il une réaction technique passagère ou bien la fin de l'épisode de correction ? Mehdi Djaffar, analyste marchés d'ActivTrades responsable du desk France, livre son analyse des indicateurs clés, identifie les niveaux de rupture à surveiller et décrypte les conditions d'un vrai redémarrage de la cote parisienne.
Zonebourse : Le CAC 40 semble sur le point d'interrompre sa phase de repli entamée il y a six semaines. S'agit-il d'une simple réaction technique sur support ou observez-vous les prémices d'un vrai retournement de tendance ?
Mehdi Djaffar : A ce stade, je parlerais davantage d'une tentative de stabilisation que d'un véritable retournement de tendance. Le CAC a effectivement bien réagi autour de la zone des 8 000 points, mais techniquement les confirmations haussières ne sont pas encore suffisantes.
L'indice de force relative (RSI) journalier, qui donne le "la" de la tendance, reste autour de 37, donc sous la zone neutre des 50 : cela montre que la dynamique s'est améliorée par rapport aux plus bas, mais qu'il reste encore en territoire négatif. De plus, l'indice évolue sous ses principales moyennes mobiles : les SMA à 20 et 50 jours, mais surtout la SMA 200, proche de 8 245.
Selon moi, le premier véritable signal d'amélioration serait la formation de sommets et de creux ascendants. De manière générale, le graphique en hebdomadaire montre que la tendance de fond reste haussière. Cela montre qu'en regardant sur une plus petite unité de temps, nous sommes probablement en fin de correction.
Pour répondre à votre question, réaction technique sur le support, certainement, prémices d'un vrai retournement de tendance et fin de correction, possible également. Cela va dépendre de la capacité du CAC à ne pas aller chercher de nouveaux plus bas et à casser ses plus proches zones de résistance, le tout accompagné d'un bon volume et momentum.
ZB: Le fait que le seuil des 8 000 points ait tenu valide-t-il l'hypothèse d'un plancher solide à court terme ou s'agit-il simplement d'un répit temporaire avant d'aller tester des niveaux plus bas ?
MD: Les 8 000 points constituent aujourd'hui un support majeur, mais je ne parlerais pas encore de plancher définitivement validé. En effet, les 8 000 points ont gagné en crédibilité comme support, mais un plancher n'est réellement confirmé que lorsque le marché commence à construire des creux et des sommets ascendants. Il est fort probable que ce niveau soit encore testé prochainement, selon le contexte politique également.
D'un point de vue purement technique, une clôture hebdomadaire en dessous des 8 000 points renforcerait l'idée que le CAC puisse corriger plus sévèrement et aller chercher des niveaux plus bas.
ZB: Bon nombre de valeurs du luxe, comme LVMH ou Hermès, ont enfoncé des planchers pluriannuels cette semaine. Est-il envisageable de voir le CAC 40 repartir durablement à la hausse tant que le secteur n'aura pas validé de point bas majeur, ou d'autres segments peuvent-ils prendre la relève ?
Soyons francs sur ce point : le CAC peut rebondir sans le luxe, mais il aura beaucoup plus de mal à installer une tendance haussière dans la durée si le secteur continue d'inscrire de nouveaux plus bas.
Le problème est important. LVMH se négocie actuellement autour de 398 euros, en baisse de plus de 38% depuis le début de l'année, tandis qu'Hermès perd environ 36%. Début septembre, Reuters signalait que LVMH était tombé sur son niveau le plus bas depuis 2020, sur fond de faiblesse persistante de la demande mondiale de produits de luxe, principalement de la part du marché asiatique. Notamment, nous en sommes à la 4ème semaine consécutive à clôturer sous le niveau 61.8% de Fibonacci, avec comme point bas l'année 2016, et comme point haut celui d'avril 2023.
Cependant, à court-moyen terme, l'indice dispose également d'autres moteurs, comme l'aéronautique, la défense, l'énergie, les banques et assurances.
Le luxe n'a pas besoin de mener le rebond, mais il doit au minimum cesser d'être un frein. Une stabilisation de LVMH et Hermès serait déjà suffisante pour permettre aux banques, à la défense, à l'aéronautique, à l'énergie ou aux industrielles de reprendre davantage le relais.
ZB: En cas de rupture franche des 8 000 points, où se situerait le prochain niveau de soutien capable de stopper l'hémorragie ?
MD: Pour développer ce qui a été dit précédemment, les 8 000 points sont effectivement importants à surveiller à court terme. Une clôture hebdomadaire en dessous de ce niveau indiquerait une forte probabilité d'aller chercher l'ancien plus bas de la semaine du 18 mai, qui sera la prochaine zone de support, autour des 7 850 points. Je ne parle ici que des zones les plus évidentes en moyen-long terme, car à court terme, ces zones sont moins faciles à défendre.
Plusieurs clôtures en dessous des 7 850, on pourra alors commencer à regarder vers les 7 600 points, ce qui constituerait déjà une très grosse correction.
ZB: A l'inverse, à partir de quel niveau de cours le CAC 40 entrerait en zone de survente excessive, susceptible d'entraîner un rebond majeur et une vague de rachats à bon compte ?
Je ne définirais pas la survente uniquement par un niveau du CAC. Je chercherais surtout une combinaison entre prix, RSI et éloignement des moyennes mobiles.
Aujourd'hui, nous constatons qu'un actif peut rester longtemps en zone de survente, sans pour autant donner des signes d'un possible retournement. Il faudra regarder si des divergences entre le CAC et son RSI apparaissent, tout cela accompagné d'un volume en augmentation, de fondamentaux positifs, ainsi que d'un contexte qui aille dans ce sens, comme par exemple : une détente des rendements obligataires, une stabilisation du pétrole ou une amélioration du sentiment de marché pourraient favoriser un rebond.
Le CAC 40 se trouve actuellement à un moment technique important : après avoir atteint des records historiques en août, l'indice a corrigé rapidement et revient désormais vers la zone psychologique des 8 000 points, qui devrait déterminer la prochaine phase du marché. Si les 8 000 points tiennent, le potentiel de rebond restera entier. S'ils cassent, on s'expose au risque d'une correction plus profonde.
ZB: Au-delà des simples éléments graphiques, la valorisation actuelle du CAC vous semble-t-elle bien refléter les anticipations de hausses de taux de la BCE et le risque politique lié à l'élection de l'année prochaine ?
Une partie de ces risques est déjà intégrée dans les cours, notamment la hausse des taux de la BCE et la prime de risque française. Mais l'incertitude politique liée à 2027 reste difficile à valoriser complètement. Une prime de risque française est déjà visible, mais surtout sur le marché obligataire. Le CAC est relativement moins sensible à la politique domestique parce qu'une grande partie des revenus de ses entreprises est réalisée à l'international. Pour la France, le spread OAT-Bund reste probablement le meilleur indicateur de cette inquiétude.
Les 8 000 points ont pour l'instant stoppé la baisse, mais tant que le CAC ne reconquiert pas la zone 8 150-8 250 points et que les indicateurs restent dans le rouge, il est prématuré de parler de véritable retournement de tendance.
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