(AOF) - Rémy Cointreau (+7,47%, à 40 euros) peut déboucher le champagne. Le groupe de vins et spiritueux domine les débats sur la place de Paris signant la plus forte hausse du SBF 120. Après son repli de la veille (-0,91%), son titre rebondit nettement à la faveur de son message plutôt rassurant sur ses objectifs de son exercice 2025/2026 en cours. Celui-ci a été transmis lors de sa conférence téléphonique de pré-clôture du troisième trimestre, comme le rapporte le bureau d'études Alphavalue. De plus, Jefferies se dit optimiste sur le redressement des ventes du groupe sur ce trimestre.
Lors de cette conférence téléphonique, Rémy Cointreau a fait savoir que "dans la région Asie-Pacifique, l'activité devrait subir une légère baisse, reflétant un environnement toujours difficile en Chine ainsi qu'un effet de calendrier négatif de 9 millions d'euros". En revanche, en dehors de la Chine, le reste de l'Asie devrait afficher une croissance.
En outre, dans la région Amériques, les ventes aux distributeurs (sell-in) sont en légère hausse, bien qu'à un rythme plus lent qu'au premier semestre. La direction du groupe note qu'une légère détérioration des tendances persiste.
Dans la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique), Rémy Cointreau vise un retour à la croissance, bien que de manière hétérogène.
"Globalement, les segments Cognac et Liqueurs & Spiritueux devraient tous deux afficher une performance légèrement positive au troisième trimestre. Nous anticipons un quatrième trimestre plus robuste, soutenu par un effet de calendrier favorable en Chine et des bases de comparaison plus faciles. Pour l'ensemble de l'exercice, nous prévoyons une croissance organique entre 1 et 3%, principalement portée par un rebond du Cognac au quatrième trimestre", explique Alphavalue.
De son côté, Jefferies affirme "qu'il n'anticipe pas de nouvelles négatives supplémentaires lors de la publication des résultats du troisième trimestre, bien que l'environnement externe reste atone". Le broker table sur une croissance organique des ventes légèrement positive sur ce trimestre (+1% pour les marques du groupe) et prévoit une confirmation des objectifs annuels. Selon lui, cela devrait suffire à provoquer un léger rebond technique ("relief rally" = un rebond qui survient quand les nouvelles ne sont pas aussi mauvaises que craint).
Fin novembre 2025, d'ailleurs, lors de la publication de ses résultats du premier semestre sur cet exercice, Rémy Cointreau avait annoncé le maintien de ses prévisions. Le propriétaire de la marque Rémy Martin cible toujours pour 2025/2026 une croissance organique des ventes comprise entre 0 et 3%. Il vise une reprise en maintenant des investissements soutenus en Chine et aux Etats-Unis. Son résultat opérationnel courant devrait se replier de 10 à 16%.
Constellation Brands en soutien
De surcroît, le rebond de Rémy Cointreau s'explique aussi par la performance meilleure que prévu de Constellation Brands (groupe américain spécialisé dans la production et la distribution de boissons alcoolisées). Hier, cette entreprise américaine a annoncé que son bénéfice par action au troisième trimestre de son exercice 2025-2026 s'élevait à 3,06 dollars, soit une baisse de 15% en données publiées. Il dépasse toutefois les estimations de 2,63 dollars par action. Le résultat net sur ce trimestre s'est replié de 18% en publié, à 503 millions de dollars.
Ses ventes sur cette période de trois mois ont diminué de 10% en publié, à 2,22 milliards d'euros, contre des attentes de 2,17 milliards d'euros.
Invest Securities explique que Constellation Brands "a tiré parti d'une reprise de la demande pour ses marques emblématiques (Pacifico, Victoria, Corona Sunbrew et Corona Familiar), portée par des prix plus compétitifs et une stratégie marketing renforcée".
Constellation Brands a aussi confirmé ses objectifs de bénéfices par action ajustés sur cet exercice. Ils sont attendus entre 11,30 et 11,60 dollars contre un consensus de 11,49 dollars.
Dans le sillage de ces bonnes nouvelles pour Rémy Cointreau et Constellation Brands, le titre Pernod Ricard en profite pour signer la meilleure performance du CAC 40 (+2,89%, à 74,06 euros).
AOF - EN SAVOIR PLUS
En savoir plus sur Rémy Cointreau
Points clés
- Groupe de spiritueux né en 1724, avec 14 marques mondiales : Remy Martin et Louis XIII pour les cognacs, diversifié dans les liqueurs et spiritueux avec Cointreau, Metax, St-Rémy, Mount Gay, The Botanis, Malt Bruichladdich, Port Charlotte, Octomore, Westland, Hautes Glaces - et 2 marques d’exception - Telmont, Belle de Brillet ;
- Ventes de 985 M€ réparties entre 2 divisions : le cognac pour 62 %, les liqueurs et spiritueux pour 36%, la part des marques partenaires ayant été réduite à 2% ;
- Positionnement international, l’Asie-Pacifique étant 1er marché du groupe (40% des ventes) dans les Amériques (38%) ;
- Ambition 2030 : place de n°1 mondial des spiritueux d’exception, avec une part de 65% dans les ventes, maîtrise des prix de vente des spiritueux d’exception, au prix unitaire supérieur à 50€ via le renforcement du contrôle de circuit de distribution (85% des ventes) ;
- Capital contrôlé par les familles fondatrices (57,46 % des actions et + 70 % des droits de vote), Marie-Amélie de Leusse présidant le conseil de 11 administrateurs et Franck Marilly assurant la direction générale depuis le 25 juin.
Enjeux
- Agilité du modèle d’affaires face à la chute du chiffre d’affaires :
- diminution des coûts drastique et structurelle de 145 M€, réduction de 10% des effectifs non opérationnels et renforcement des plans d’économies,
- restructuration en 2 divisions de l’organisation commerciale, niveau élevé (21,4% du chiffre d’affaires) des investissements et approche marketing ciblée par produit, client ou zone géographique (France, Italie et Royaume-Uni en Europe…),
- réallocation des investissements en Chine,
- premiers pas dans la diversification dans le sans-alcool avec la prise de participation dans JNPR,
- montée en puissance de l’e-commerce, à 20% des ventes,
- Stratégie environnementale visant le net zéro en 2050 :
- d’ici 2030 : déploiement du plan « New Generation Terroirs » : conversion totale des agriculteurs et viticulteurs directs à l’agroécologie (75 % à fin mars 2025) et durcissement de la gestion de l’eau (- 35 % de prélèvement par litre d’alcool),
- recours intégral aux énergies renouvelables et réduction de moitié des émissions de CO2 par bouteille ;
- Poursuite de la remontée de la rentabilité des liqueurs et spiritueux, inférieure de 2 fois à celle du cognac qui contribue aux 8/10èmes du bénéfice opérationnel ;
- Bilan solide avec une dette nette de 675 M€ donnant un effet de levier de 2,4 à 37% des capitaux propres mais dégradation du levier remonté à 2,4.
Défis
- Forte saisonnalité des ventes, d’où la clôture à fin mars de l’exercice ;
- Parité défavorable de l’euro contre le rimini et le dollar américain : 50 à 60 M€ sur les revenus et de 15 à 20 M€ sur le résultat opérationnel courant ;
- Double exposition aux relèvements de tarifs douaniers, à l’impact total moins haut qu’anticipé, soit 10 M€ pour la Chine et 35 M€ pour les Etats-Unis ;
- Après une croissance de 5,7% du chiffre d’affaires au 1er trimestre de l’exercice 2025-26, relèvement de l’objectif annuel d’un repli du résultat opérationnel courant autour de 5% ;
- Après l’abandon des objectifs 2029-30, attente d’une présentation stratégique par le nouveau directeur général ;
- Dividende 2024-25 de 1,5 €, dont 0,5 € payable en actions, option retenue par 73,1% des actionnaires.

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