Un trader vu de dos (Crédits: Adobe Stock)
Le 5 juin 2026
Deux faits marquants sont intervenus cette semaine. L'un concerne la révision à la baisse des perspectives d'évolution de la croissance mondiale pour cette année et 2017 par l'OCDE. L'autre, plus ciblé mais tout aussi important, réside dans l'accueil glacial réservé à la publication des résultats trimestriels de Broadcom.
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Le fabricant américain de semi-conducteurs n'a pourtant pas démérité, loin de là. Ces événements, qui fragilisent les deux principaux éléments de soutien des marchés, auraient pu entraîner une forte correction boursière. Il n'en a finalement rien été. Les indices américains, notamment le S&P 500 et le Nasdaq, n'ont pratiquement rien cédé et sont toujours proches de leurs plus hauts niveaux. Les indices européens, le CAC 40 en tête, sont plus secoués, mais ils gardent les yeux rivés vers leurs sommets de fin février, avec la ferme intention d'y revenir au plus vite...
Comment expliquer un tel optimisme ? Les boursiers sont-ils complètement inconscients ou savent des choses que l'homme de la rue n'a pas perçues ? La réponse, nous la connaissons tous : depuis le début du conflit iranien, les marchés se sont mis « en mode crise transitoire », pour reprendre le phrasé de nos adolescents. En d'autres termes, les investisseurs se sont autopersuadés qu'une résolution rapide du conflit est la seule issue possible et que les rodomontades des belligérants ne sont que des postures. La normalisation des flux pétroliers au Moyen-Orient étant dans l'intérêt de tous, il n'y a pas lieu de se mettre dans la perspective d'un glissement vers la stagflation ou d'un scénario récessif. En poussant le raisonnement un peu plus loin, on pourrait même affirmer que le plus fort potentiel de rebond des marchés se situe dans la zone euro qui a été le plus affectée par la crise !
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La réalité est hélas plus complexe. Les investisseurs semblent avoir oublié que, d'espoirs déçus en report des discussions de paix, le poison de la crise pétrolière se diffuse à l'ensemble de l'économie avec des implications désormais bien visibles. C'est notamment le cas dans la zone euro, marquée par une nouvelle contraction de l'activité en mai, avec un indice PMI global tombé à 48,5 points en mai, contre 48,8 en avril. Nous ne sommes pas techniquement en récession, qui n'est actée qu'en cas de contraction de l'activité pendant deux trimestres consécutifs. Sans un déblocage rapide de la circulation maritime dans le golfe du Persique, nous risquons cependant de nous en approcher. Surtout si l'inflation continue de progresser, avec un taux de 3,2% atteint en mai, un niveau significativement supérieur à l'objectif de 2% de la BCE. Dans ces conditions, la quasi-totalité des économistes s'attend à une hausse imminente de 25 points de base des taux directeurs en vigueur à Francfort.
On comprend mieux pourquoi les experts de l'OCDE ont une nouvelle fois revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour l'économie mondiale, de 2,9 à 2,8% pour cette année. Mais, si aucun accord de paix n'est trouvé entre les Etats-Unis et l'Iran avant la fin de l'année, ils estiment que la croissance pourrait tomber à 2,1% en 2026 et à 1,8% en 2027, ce qui est synonyme de franche récession dans de nombreux pays d'Europe et d'Asie.
A ces inquiétudes, s'ajoute un niveau d'exigence de plus en plus élevé, voire carrément délirant, des investisseurs sur les performances des valeurs technologiques. La chute, ce jeudi, de près de 13% du cours de Bourse de Broadcom, le géant des semi-conducteurs, qui avait pourtant annoncé des résultats semestriels supérieurs aux attentes, a jeté un froid. Le fait que le titre ait été sanctionné pour la simple raison que la direction ne soit pas parvenue à annoncer une révision à la hausse de ses perspectives d'activité dans le domaine des puces pour l'IA est interprété comme un signe évident de tensions sur les niveaux de valorisation des sociétés du secteur. On pourrait ajouter au tableau le projet de levée de quelque 170 milliards de dollars pour les prochaines introductions à Wall Street de SpaceX, OpenAI et Anthropic.
Quelle stratégie pour nos portefeuilles PEA pour les semaines à venir ? Après avoir longuement exposé les dangers que représente une absence totale de prise en compte des risques qui pèsent sur le marché, nous avons, nous-mêmes, du mal à prendre des mesures radicalement prudentes sur l'ensemble de nos portefeuilles. Jusqu'à présent, comme le montrent les graphiques ci-joints, nos choix d'investissements ont donné de bons résultats, puisque tous nos portefeuilles surperforment largement le CAC 40 depuis le début de l'année. Avec une hausse de 6,41% sur cette période, notre portefeuille Défensif enregistre une performance tout à fait satisfaisante, avec une bien moindre volatilité que la moyenne du marché. Notre sélection d'ETF Monde, très diversifiée avec un actif fortement orienté vers la Bourse de New York et l'Asie, se comporte également de façon satisfaisante, avec un gain de 6,09%. Même chose pour la sélection de fonds ISR, en hausse de près de 7%. Les fonds sélectionnés sont très centrés sur la zone euro : celle-ci se révèle dans l'ensemble peu performante, mais la recherche d'une grande résilience dans le choix des valeurs entrant dans la composition de chacun de ces fonds contribue à la régularité de la performance observée sur courte et sur longue période.
Nous sommes en revanche pris en flagrant délit de contradiction sur notre portefeuille Offensif. Celui-ci contrevient en effet à toutes les règles de prudence dans un contexte marqué par une multiplication des avertissements en tout genre. Dès le début du conflit en Iran, nous avons pris le parti de conserver une orientation plutôt agressive de nos choix de valeurs en privilégiant les valeurs technologiques européennes et celles orientées vers le secteur de l'énergie. Avec une hausse de plus de 31% depuis le début de l'année, nos choix ont été largement récompensés. Il est aujourd'hui temps de concrétiser une partie de nos bénéfices sur les valeurs ayant le plus profité de la hausse : nous avons donc cédé cette semaine 200 actions Aixtron qui affichent une plus-value de 200%, 100 titres STMicroelectronics avec un gain de 122% et 50 actions Soitec (+79%).
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine
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