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Présidentielle 2027 : sur quel scénario misent les marchés ?
information fournie par Zonebourse 04/09/2026 à 11:16
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A l'approche de l'élection présidentielle, les candidats dévoilent leurs programmes économiques. Dette, trajectoire budgétaire, fiscalité : en cas d'alternance politique, le verdict des urnes pourrait rebattre les cartes pour de nombreuses entreprises et secteurs. Qui seraient alors les gagnants et les perdants d'un tel scénario ? Matéis Mouflet, analyste marchés chez XTB France, partage sa lecture de la situation.

Zonebourse : A l'approche de l'élection présidentielle, les marchés ont-ils déjà leurs favoris ?

Matéis Mouflet : Pour avoir une idée de ce que pense le marché en matière politique, je m'appuie surtout sur les marchés prédictifs. Selon moi, ils ont un intérêt réel par rapport aux sondages : comme les participants misent de l'argent, ils font généralement des recherches sérieuses avant de prendre position. En matière politique, leur pouvoir prédictif s'est révélé assez élevé, notamment lorsqu'on se situe encore loin de l'échéance électorale. Aujourd'hui, sur Polymarket, Marine Le Pen arrive en tête avec une probabilité d'environ 35%, devant Édouard Philippe à 20% et Jean-Luc Mélenchon à 14%. La victoire de Marine Le Pen est donc loin d'être acquise. Et le scrutin à deux tours ajoute évidemment une incertitude supplémentaire.

Quels sont les enseignements à tirer de ces données ?

Il y a un élément essentiel en France : l'Assemblée nationale. Quel que soit le prochain président, il est possible de retrouver une situation proche de celle d'aujourd'hui, avec une Assemblée fragmentée. Ce serait probablement l'une des meilleures issues pour les marchés, à l'exception peut-être d'une victoire d'Édouard Philippe accompagnée d'une majorité de droite.

La raison est assez simple : la gauche radicale (LFI) comme la droite radicale (RN) portent des orientations susceptibles d'accroître fortement les déficits, avec une augmentation des dépenses pour le premier et une baisse des recettes pour le second. Au final, si le président ne dispose pas d'une majorité lui permettant d'appliquer son programme, on se retrouve avec une situation de blocage. Et les marchés peuvent préférer cela.

N'est-il pas cynique de dire que les marchés sont favorables au blocage politique d'un pays ?

Il ne faut pas personnifier les marchés. Ils calculent des rentabilités futures. S'ils se disent qu'il ne se passera rien pendant un an, au moins ils savent à quoi s'attendre. On peut y voir une forme de cynisme, mais il faut surtout retenir que les marchés détestent l'incertitude, à tel point qu'ils préfèrent l'inaction. Au moins, ils sont certains de ce qui va se passer, à savoir... rien.

Entre les différentes forces politiques, existe-t-il néanmoins une hiérarchie du point de vue d'un investisseur ?

Si l'on raisonne uniquement du point de vue d'un actionnaire et sur les questions économiques et fiscales, on préférera probablement le Rassemblement national à La France insoumise, et Édouard Philippe au Rassemblement national.

Le RN et LFI peuvent tous deux vouloir augmenter la fiscalité des grandes entreprises. En revanche, le RN s'est opposé à la taxe Zucman et ne souhaite pas toucher à ce qu'il considère comme la fortune productive, donc notamment aux actions. Il s'est également opposé à l'augmentation du PFU. Édouard Philippe serait probablement encore davantage apprécié par les marchés, avec une orientation plus favorable aux entreprises et une volonté de maîtriser davantage les déficits.

Comment un investisseur peut-il traduire ces différents scénarios en Bourse ?

Le principal sujet est celui des taux. Une victoire de la droite radicale (RN) ou de la gauche radicale (LFI) pourrait entraîner une hausse des taux français en raison des craintes sur le déficit.

Le secteur le plus directement exposé serait la promotion immobilière. Des groupes comme Nexity, Kaufman & Broad, Bassac ou Altarea souffrent fortement lorsque les taux augmentent, car leurs clients ont davantage de difficultés à emprunter. Pour les foncières comme Unibail-Rodamco ou Klépierre, l'effet est plus progressif : leur dette est refinancée au fil du temps et la hausse du coût de financement met donc plusieurs années à se transmettre.

Quid des banques dans un contexte de hausse des taux ?

La réponse est ici plus nuancée. Le modèle d'une banque consiste notamment à se financer à court terme et à prêter à long terme, en gagnant la différence entre les deux taux. Si les taux courts et longs augmentent de façon uniforme, l'effet n'est pas nécessairement très important.

Ces dernières années ont même été favorables aux banques parce que les taux longs ont augmenté davantage que les taux courts : la courbe des taux s'est pentifiée, ce qui a amélioré leurs marges. La hausse des taux peut en revanche réduire la valeur des obligations présentes à leur bilan, même si les banques en conservent souvent une partie jusqu'à l'échéance.

Quels autres secteurs pourraient souffrir d'un changement politique ?

Les concessionnaires autoroutiers constituent un autre point de vigilance, notamment Vinci. Certains candidats, et je pense ici à LFI, sont critiques vis-à-vis des concessions autoroutières. Une concession comporte beaucoup de coûts fixes et sa rentabilité dépend ensuite du trafic et de sa durée. Si une concession était raccourcie ou non renouvelée, l'impact sur sa rentabilité pourrait être très important. C'est donc une incertitude significative pour les concessionnaires.

Malgré l'incertitude politique et budgétaire, le CAC 40 reste proche de niveaux historiquement élevés. Comment l'expliquer ?

Il ne faut pas surestimer l'influence de la politique française sur le CAC 40. Environ 75% du chiffre d'affaires des entreprises de l'indice est réalisé hors de France. Une instabilité politique française peut peser sur leur activité domestique ou entraîner davantage de fiscalité, mais elle a beaucoup moins d'impact sur leurs activités internationales.

C'est pour cela que le stress est davantage visible sur les taux que sur le CAC 40.

Les petites capitalisations françaises sont-elles donc davantage exposées ?

En effet, car les small caps réalisent une part beaucoup plus importante de leur activité en France. De mémoire, les small caps françaises gagnent environ 2% à 3% depuis le début de l'année, contre 9% à 10% pour leurs homologues européennes.

Les gérants européens sous-pondèrent également actuellement la France de manière importante par rapport à leurs niveaux habituels, selon une étude de Bank of America. Il existe donc bien un stress sur les actifs les plus directement exposés à l'économie française.

Une victoire du RN constituerait-elle un choc majeur pour les marchés, ou son programme économique s'est-il normalisé ?

Le Rassemblement national s'est normalisé sur plusieurs sujets économiques. La sortie de l'euro ou le retour au franc ne font plus partie de son programme. Mais ses orientations pourraient tout de même conduire à une forte augmentation du déficit, notamment avec des mesures visant à réduire le coût de l'énergie ou la fiscalité sur les carburants.

Le précédent de Liz Truss au Royaume-Uni a montré que les marchés pouvaient réagir très violemment lorsqu'ils considèrent qu'une politique budgétaire n'est pas soutenable.

Vous dites que le programme du RN s'est normalisé, tout en évoquant le précédent Liz Truss... Pensez-vous que les marchés français pourraient avoir un mouvement de recul au vu de certaines mesures de Marine Le Pen ?

La différence avec le moment Liz Truss c'est qu'il est beaucoup plus difficile politiquement de remplacer un président français qu'un Premier ministre britannique. Mais si les taux français devaient atteindre 5% ou 5,5%, il deviendrait extrêmement difficile de maintenir une telle politique.

En revanche, Marine Le Pen aurait potentiellement plus la possibilité d'insister, ce qui n'est probablement pas une bonne nouvelle ni pour les Français, ni pour les marchés financiers.

On sait aussi que les marchés auraient sans doute préféré Jordan Bardella à Marine Le Pen, cette dernière étant plus à gauche sur les sujets économiques, ou en tout cas, plus opportuniste de manière sociale.

On reste néanmoins sur un programme économique relativement classique, avec une forte augmentation du déficit, mais pas forcément un bon déficit. En effet, on ne parle pas d'un déficit lié à l'investissement mais plutôt lié à des baisses du prix de l'essence, du prix de l'énergie, de l'électricité... soit des dépenses qui ne sont pas très tournées vers l'avenir.

Qu'en est-il de La France insoumise ? Les propositions de taxation des hauts patrimoines, notamment la taxe Zucman, inquiètent-elles les marchés ?

D'un point de vue théorique, le programme de LFI est construit, chiffré et les augmentations de dépenses sont compensées par des recettes supplémentaires. En revanche, j'ai davantage de doute sur l'exécution, c'est-à-dire sur la possibilité pratique d'appliquer l'ensemble de ces mesures.

Concernant la taxe Zucman, je pense personnellement qu'elle serait très dommageable à l'innovation. Elle pourrait fonctionner pour certaines grandes entreprises générant suffisamment de revenus ou de dividendes, mais beaucoup moins pour des startups dont la valorisation peut être élevée sans qu'elles génèrent de trésorerie pour leurs actionnaires. Taxer ce patrimoine peut alors obliger un entrepreneur à céder une partie de son capital pour payer l'impôt.

Que pensez-vous de la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler une partie de la dette, celle qui est auto-détenue ?

En termes de charge de la dette, cela ne changerait pratiquement rien. Les intérêts versés sur cette dette reviennent à l'Etat via la Banque de France. En annulant la dette, la charge d'intérêts diminuerait, mais les revenus correspondants diminueraient également.

En revanche, le ratio dette/PIB baisserait mécaniquement, mais les marchés ne seraient pas dupes. Cela pourrait aussi créer un problème de confiance : si la France est prête à annuler cette dette, les investisseurs pourraient s'interroger sur le traitement futur d'autres dettes. Cela pourrait finalement conduire à une hausse des taux.

Quel bilan tirer des deux mandats d'Emmanuel Macron du point de vue des marchés financiers ?

Le bilan est globalement positif. Le CAC 40 a fortement progressé depuis le début de son premier mandat (l'indice parisien évoluait autour des 5 050 points en avril 2017, ndlr). La France est également restée attractive pour les investissements étrangers et bien positionnée dans certains secteurs.

Le PFU et les mesures favorables aux entreprises ont également joué positivement. Mais il ne faut évidemment pas attribuer toute la performance du CAC 40 à Emmanuel Macron. Le développement de la Chine a, par exemple, énormément soutenu le luxe français, qui a lui-même fortement contribué à la progression de l'indice.

Le principal problème de ces années reste la dette. La période de taux extrêmement faibles a encouragé un recours massif à l'endettement, notamment après le Covid, et il a ensuite été difficile d'arrêter cette dynamique...

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