Alors que les marchés tentent de déterminer le rythme de l'assouplissement monétaire des banques centrales, les données à venir sur l'inflation aux Etats-Unis, en Europe et au Japon seront particulièrement surveillées.
Sur les marchés émergents comme le Mexique, la Turquie et les Philippines, les réunions des banques centrales domineront.
En France et en Grande-Bretagne, où l'on se prépare à des élections législatives anticipées, la situation budgétaire inquiète à Paris, tandis qu'à Londres une large victoire des travaillistes rassure.
Tour d'horizon des perspectives des marchés des jours à venir:
1/ L'INCONNU PCE AUX ÉTATS-UNIS
Le ralentissement tant attendu de l'inflation américaine peine à se mettre en place mais les investisseurs gardent espoir, se montrant plus optimistes que la Réserve fédérale américaine (Fed) qui ne prévoit plus qu'une seule baisse de taux cette année.
La publication vendredi prochain de l'indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE), mesure préférée de l'inflation par la Fed, pourrait conforter cet espoir même si la prudence reste de mise alors que les prix à la consommation (CPI) aux Etats-Unis ont affiché seulement une stagnation en mai, certes inattendue.
Un chiffre PCE décevant pourrait affaiblir les arguments des partisans d'une réduction imminente de taux d'intérêt.
2/ LA BOJ DOIT CONVAINCRE
La Banque du Japon (BoJ), dont la politique monétaire est a contre-courant de celle des autres grandes banques en raison de la déflation que traverse l'archipel, a laissé la porte ouverte à une hausse des taux en juillet. Les marchés ne croient cependant pas à une telle décision et évaluent à moins d'une chance sur trois la probabilité d'une augmentation d'un quart de point des taux directeurs de la BoJ.
Cela s'explique en grande partie par le fait que la banque centrale a déjà déclaré qu'elle mettrait également en place un resserrement quantitatif le mois prochain. L'argument avancé par l'institut d'émission monétaire est de pas risquer de perturber les marchés obligataires.
La BoJ, comme d'autres banques centrales, fonde sa politique sur les indicateurs et ceux-ci, jusqu'à présent, n'exercent pas réellement de pression en faveur d'un resserrement monétaire. La faiblesse des dépenses de consommation est particulièrement préoccupante et l'inflation induite par la demande a ralenti pendant neuf mois consécutifs.
Certaines données macroéconomiques clés, comme les ventes au détail prévues jeudi et les prix à la consommation à Tokyo prévues vendredi, devraient apporter davantage de clarté dans les perspectives. La BoJ publiera par ailleurs le 24 juin les "minutes" de sa réunion des 13 et 14 juin.
3/ L'INFLATION EN ZONE EURO SOUS SURVEILLANCE
Les données préliminaires sur l'inflation dans plusieurs pays de la zone euro (France, Italie et Espagne) pour le mois de juin seront publiées vendredi prochain avant celles de l'ensemble du bloc monétaire le 2 juillet. Elles fourniront un premier aperçu de l'évolution des prix, une statistique essentielle pour les traders qui tentent d'anticiper le rythme de la réduction des taux de la Banque centrale européenne (BCE) cette année.
La BCE a réduit ses taux le 6 juin, mais la persistance d'une inflation élevée et les revendications salariales suscitent des doutes quant au nombre de baisses à venir.
Les opérateurs de marché évaluent la probabilité d'une nouvelle baisse du coût du crédit d'ici la fin de l'année à environ 64%, contre près de 80% avant la réunion de juin.
Une surprise à la hausse de l'inflation pourrait faire encore reculer cette probabilité, d'autant que les investisseurs se montrent nerveux sur le marché obligataire avec l'incertitude liée aux élections législatives en France des 30 juin et 7 juillet.
4/ CONTRASTE LONDRES-PARIS
La situation politique en Grande-Bretagne et en France sont d'un contraste remarquable alors que les électeurs des deux pays s'apprêtent à se rendre aux urnes.
Les élections législatives en France suscitent la crainte des marchés en raison d'une possible victoire de l'extrême droite ou de l'alliance de gauche, ce qui pourrait se traduire par une augmentation des dépenses au risque d'aggraver la situation budgétaire du pays. Le "Nouveau Front populaire" de gauche a chiffré vendredi à 125 milliards d'euros le coût de son programme économique pour 2024-2025.
Sur le marché des changes, l'euro EUR= a touché récemment un plus bas d'un mois et s'affichait vendredi à 1,0683 dollar, en repli de 0,16%. Une nouvelle baisse reste redoutée dans les prochains jours.
En Grande-Bretagne où des élections législatives sont prévues le 4 juillet, la livre sterling GBP= , quant à elle, bénéficie de l'espoir d'une stabilité politique liée à une probable large victoire du parti travailliste face aux conservateurs du Premier ministre sortant Rishi Sunak.
La livre sterling est la devise la plus performante par rapport au dollar depuis le début de l'année et elle a atteint son plus haut niveau depuis près de deux ans par rapport à l'euro.
Ironiquement, la crainte qu'un scénario à la Liz Truss en France explique en grande partie la défiance à l'égard de l'euro. Les marchés financiers britanniques avaient été secoués après la présentation d'un mini-budget de 45 milliards de livres de baisses d'impôts non financées, ce qui avait contraint l'ancienne Première ministre britannique à la démission en octobre 2022. La livre avait alors chuté à l'époque à un creux record.
5/ EN ATTENDANT LA FED
Les efforts déployés par de nombreuses banques centrales des marchés émergents pour piloter leur cycle d'assouplissement monétaire sont contrariés par la Fed, la perspective d'une baisse des taux aux Etats-Unis s'éloignant, tandis que le dollar se raffermit.
La banque centrale du Mexique devrait maintenir ses taux inchangés jeudi prochain. Elle fait pourtant face à une inflation en hausse et une volatilité du peso liée à la victoire surprise de la coalition du parti au pouvoir lors du scrutin du 2 juin, ce qui a effrayé les investisseurs.
Aux Philippines, les responsables de la banque centrale, qui se réunissent le même jour, devraient eux aussi laisser les taux à leur niveau actuel, le plus élevé depuis 17 ans, après avoir indiqué que la politique monétaire restrictive actuelle était appropriée.
Quant à la Turquie, qui s'est convertie tardivement à une politique monétaire plus orthodoxe, elle devrait maintenir son taux directeur de référence à 50%, les responsables de la banque centrale ayant déclaré ressentir encore les effets de l'inflation, qui s'élevait à 75% en mai en rythme annuel.
(Rédigé par Ira Iosebashvili à New York, Kevin Buckland à Tokyo, Karin Strohecker et Samuel Indyk à Londres et Yoruk Bahceli à Amsterdam; compilé par Dhara Ranasinghe; infographies de Kripa Jayaram, Pasit Kongkunakornkul, Prinz Magtulis, Vineet Sachdev; version française Claude Chendjou, édité par Blandine Hénault)

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