Les inquiétudes liées au conflit qui ravage le Moyen-Orient en opposant les États-Unis et Israël à l'Iran resteront dans les prochains jours au coeur des préoccupations des investisseurs du monde entier, une semaine après l'ouverture des hostilités.
La guerre souffle le chaud et le froid sur les marchés financiers, se répercutant sur les prix du pétrole, du gaz et du transport maritime international et risquant même d'éclipser la publication pourtant cruciale des chiffres de l'inflation américaine, publiés mercredi et vendredi et compilés avant le début des hostilités.
Tour d'horizon des perspectives de marchés dans les jours à venir:
1/ BROUILLARD DE GUERRE L'explosion du conflit au Moyen-Orient a rappelé au monde la déplaisante rapidité avec laquelle un choc des prix de l'énergie peut être provoqué. Le pétrole a ainsi gagné plus 20% LCOc1 depuis l'attaque des États-Unis et d'Israël sur l'Iran le 28 février, sa plus forte hausse hebdomadaire depuis la période d'extrême volatilité liée à la crise sanitaire du COVID-19 au printemps 2020.
Le gaz naturel européen TFMBMc1 , dont l'approvisionnement a également été affecté par la crise iranienne, a augmenté de près de 60% sur la même période.
Même les secteurs ayant bénéficé l'année dernière de l'enthousiasme des investisseurs, tels les marchés émergents, la technologie et la "l'économie argentée", sont retombés.
Le dollar =USD , qui a perdu près de 10% de sa valeur en 2025, s'est apprécié par rapport à presque toutes les principales devises, retrouvant son statut de valeur refuge, tandis que l'or XAU= a servi comme source de liquidité, les investisseurs vendant leurs positions gagnantes sur le métal jaune pour couvrir les pertes subies sur des actifs risqués.
La plupart des investisseurs s'attendent à ce que le conflit ne dure que quelques semaines avant qu'une solution, encore indéterminée, ne soit trouvée. Mais les surprises, dans un sens comme dans l'autre, pourraient être de taille.
2/ PRIX D'AVANT-GUERRE Les opérateurs recevront cette semaine une double dose de données sur l'inflation aux États-Unis, alors que la guerre au Moyen-Orient fait de nouveau planer le doute sur les projets de la Réserve fédérale américaine (Fed) en matière de taux directeurs et, plus généralement, sur la résilience de la première économie mondiale.
Ces chiffres ne refléteront bien sûr pas la récente flambée des prix du pétrole et du gaz, mais devraient néanmoins être intéressants à lire.
Selon le consensus Reuters, les économistes tablent sur une hausse de 0,2% en glissement mensuel de l'indice des prix à la consommation de février, dont la publication est attendue mercredi, un ralentissement de l'inflation des loyers et - tenez-vous bien! - une baisse du prix de l'essence ayant contribué à un résultat mitigé en janvier.
Le second volet sera publié vendredi sous la forme de l'indice PCE des prix des dépenses de consommation personnelles de janvier. Pris ensemble, les deux rapports doivent permettre de donner un aperçu des tendances de l'inflation avant la réunion de la Fed prévue fin mars, mais les événements en cours sur la scène géopolitique rendent certainement obsolètes ces données.
3/ UNE MOINS "BONNE POSITION"
Roland Lescure, ministre français de l'Économie et des Finances, accueillera les 18 et 19 mai à Evian (Haute-Savoie) ses homologues du Groupe des Sept (G7), ainsi que les gouverneurs des banques centrales des pays membres, la crise au Moyen-Orient étant attendue comme le sujet central de la rencontre.
Ces discussions seront suivies de près par les investisseurs, sur fond de flambée des prix de l'énergie et de craintes d'une résurgence des politiques de modération sur les taux de la part des banquiers centraux, alors que la France a indiqué qu'elle inscrira, si nécessaire, la volatilité des marchés des changes à l'ordre du jour.
L'exemple de la Banque centrale européenne (BCE) illustre parfaitement la situation, les opérateurs estimant désormais qu'une hausse des taux d'ici la fin de l'année est plus probable qu'improbable, dans un revirement radical par rapport à l'opinion dominante de la semaine dernière, quand une nouvelle baisse était encore envisagée 0#EURIRPR .
Les responsables de Francfort, qui avaient au départ largement sous-estimé le forte poussée inflationniste de 2022, éviteront probablement désormais de qualifier de "transitoire" toute hausse des prix provoquée par la guerre en Iran.
Voilà pour la "bonne position" vantée par la présidente de la BCE Christine Lagarde.
Autre reflet de la réévaluation rapide des marchés, le rendement allemand à deux ans, sensible aux taux d'intérêt
DE2YT=RR , est en passe d'enregistrer sa plus forte hausse hebdomadaire depuis un an.
Du côté de la Grande-Bretagne, les gilts GB2YT=RR ont affiché leur plus forte hausse depuis fin 2024, les opérateurs anticipant désormais que la Banque d'Angleterre ne sera pas en mesure de baisser ses taux ce mois-ci. 0#GBPIRPR
De nombreuses révisions de notations souveraines européennes prévues vendredi seront aussi surveillées, notamment celles de l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne. La décision de la banque centrale turque jeudi sur les taux d'intérêt sera également fort attendue, compte tenu des troubles qui agitent la région.
4/ LA CHINE S'OCCUPE
La Chine donnera de nouveaux indices sur la santé de son économie la semaine prochaine, en débutant dès lundi par les données sur l'inflation en février, suivies mardi par les chiffres du commerce pour les deux premiers mois de l'année.
Les données sur les prêts pourraient également être publiées, bien que leur calendrier soit généralement variable.
Ces chiffres fourniront le contexte des décisions prises lors des "deux réunions", à savoir la session annuelle de l'Assemblée populaire nationale, l'organe législatif national, et la Conférence consultative politique du peuple chinois, le principal organe consultatif politique.
L'annonce clef de cet événement de huit jours, qui a débuté jeudi et se poursuivra jusqu'au 12 mars, a probablement déjà été faite, sous la forme d'un objectif de croissance de 4,5 à 5%.
Mais les données de la semaine prochaine mettront en évidence les défis à relever pour l'atteindre.
(Amanda Cooper et Alun John à Londres, Lewis Krauskopf et Rodrigo Campos à New York, Gregor Stuart Hunter à Singapour; infographie Vineet Sachdev, compilé par Marc Jones; version française Augustin Turpin, édité par Benoit Van Overstraeten)

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