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« Nous assistons peut-être au dégonflement de certaines bulles spéculatives » (Cholet Dupont)

Boursorama09/02/2016 à 14:31

''Les tendances économiques se dégradent'' reconnaît Vincent Guenzi, expliquant les mauvaises performances boursières par ailleurs exagérées par la spéculation.

Alors que le début d’année est décidément très chahuté, les sociétés de gestion commencent à dégrader leurs objectifs de cours pour la fin de l’année et à modérer leur optimisme. Vincent Guenzi, stratégiste chez Cholet Dupont, fait le point sur la situation des marchés.

« Le désarroi des investisseurs s’accentue. La dégradation de l’environnement économique mondial reste mesurée mais la contagion progressive inquiète » observe sans surprise Vincent Guenzi dans la lettre de stratégie de Cholet Dupont du mois de février.

Alors que l’industrie souffre, notamment sur les secteurs du pétrole et de l'exploitation des matières premières, « Les investisseurs ont des difficultés à évaluer les enjeux en termes de faillite ou de défaut de paiement. Comme souvent, les pires scénarios circulent menant aux excès de pessimisme ».

Quelques chiffres pour y voir plus clair sur l’éventualité d’une crise aux Etats-Unis

Le stratégiste poursuit : « Outre le ralentissement chinois et la baisse du pétrole, [les investisseurs] commencent à redouter une récession américaine ou des difficultés croissantes dans le secteur financier. Pourtant, au vu des indicateurs avancés et des caractéristiques de l’économie américaine, la croissance devrait encore dépasser 2% en 2016 selon les prévisions ».

En effet, « le FMI a estimé qu’une baisse de 1% de la croissance des pays émergents pouvait entraîner une baisse de 0.25% de la croissance des pays développés », ce qui est peu alors que la croissance des émergents devrait rester en moyenne autour de 4% l’an prochain. Reste que certains problèmes pourraient apparaître directement au sein de l’économie américaine.

« Avec les impacts cumulés du ralentissement des pays émergents, de la contraction de l’activité minière et pétrolière, et du durcissement des conditions financières, le rythme de progression de l’activité pourrait décevoir » aux Etats-Unis, reconnaît ainsi le stratégiste.

Pourtant, « Le secteur pétrolier américain représente moins de 0.5% de l’emploi salarié non agricole et moins de 2% du PIB. La forte réduction des investissements et celle, à venir, de la production de pétrole de schiste n’auront donc qu’un impact limité et autrement plus faible que la crise immobilière de 2007/2008, alors que ce secteur représentait alors environ 6% de l’emploi et du PIB avant l’explosion de la bulle », relève de manière intéressante Vincent Guenzi.

De même, sur le marché obligataire, « Le secteur pétrolier ne représente que 2% des crédits bancaires et 15% du marché des obligations à haut rendement. Il ne constitue pas un risque systémique à ce titre ».

Dans la même idée, le ralentissement chinois ne devrait pas significativement lester la croissance américaine alors que « le poids de la Chine dans le PIB américain ne dépasse pas quelques pourcents ».

Ce relativisme est intéressant à avoir en tête, mais les investisseurs semblent néanmoins focalisés ces derniers temps sur les éventuelles pertes que pourrait subir le secteur bancaire, toujours floues à l’heure actuelle. Les faillites dans le secteur pétrolier ne se voient toujours pas grâce au soutien du crédit bancaire qui reste très important – à quel prix pour l’avenir ?

Le dollar fort représente l’équivalent d’une hausse de taux significative

Si l’économie américaine provoque des doutes dans l’esprit des investisseurs, c’est aussi à cause des conséquences de l’appréciation progressive du dollar face aux autres monnaies, qui rend l’économie américaine moins compétitive.

« La hausse du dollar depuis 2014 a atteint 20% face à un panier de devises. Elle a fini par avoir un effet récessif pour toutes les sociétés exportatrices et la FED refusait de l’admettre jusqu’à peu. Elle estime aujourd’hui l’impact de cette hausse à l’équivalent d’une remontée des taux courts de 1.5%, les taux [venant] seulement d’être relevés de 0.25% à 0.50% », explique Vincent Guenzi. « Cette hausse a également durci les conditions d’emprunts des sociétés émergentes qui y ont eu largement recours depuis quelques années, notamment dans le secteur minier ».

Le stratégiste tempère : « Si l’endettement a beaucoup augmenté dans les pays émergents en 5 ans, les engagements de crédits des banques des pays développés dans cette zone représenteraient heureusement moins de 5% de leur bilan ».

Face à ce constat, Vincent Guenzi soulève deux raisons de garder espoir alors que d’une part, la Fed pourrait se montrer moins offensive dans son projet de remontée des taux directeurs cette année, et que d’autre part, le dollar s’est légèrement déprécié face aux autres monnaies la semaine dernière.

« Nous assistons peut-être au dégonflement de certaines bulles spéculatives »

En somme, « Toutes les analyses nous montrent que ces risques pris individuellement sont gérables », résume Vincent Guenzi. « Les investisseurs ont tendance à exagérer les difficultés. Les marchés amplifient aussi leurs réactions du fait de positions spéculatives. Mais il faut bien reconnaitre que les tendances économiques se dégradent, avec une contagion progressive dans les services ou en Europe. Si rien n’est fait, les risques de récession augmenteront et les marchés financiers en tireront les conséquences ».

Le stratégiste reconnaît également que « nous assistons peut-être à un désendettement et au dégonflement de certaines bulles spéculatives consécutives à la politique d’argent gratuit des banques centrales », en particulier de la Fed jusqu’en octobre 2014 alors que ce type de politique accommodante se poursuit actuellement en zone euro et au Japon.

L’idée que les plans successifs de « quantitative easing » des banques centrales puissent provoquer des bulles sur les marchés actions et les marchés obligataires est au cœur des débats depuis leur lancement.

Face à la dégradation de la conjoncture sur les marchés, Cholet Dupont fait le choix d’une certaine prudence. « Nous abaissons nos prévisions de fin de semestre et de fin d’année pour les indices actions », mentionne ainsi la société de gestion. Les objectifs restent à des niveaux élevés par rapport aux cours actuels, Cholet Dupont anticipant un CAC40 à 4.900 points pour la mi-2016, avec un objectif de fin d’année à 5.200 points. Au début du mois dernier, Cholet Dupont anticipait 5.400 points sur le CAC40 à la mi-2016, et 5.400 en fin d’année.

« A court terme, nous conservons une recommandation Neutre sur les actions qui pourraient connaitre une nouvelle reprise technique. Nous favorisons les actions européennes », termine Vincent Guenzi.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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