Le PDG de l'armateur français CMA CGM Rodolphe Saade le 5 février 2026, lors d'une conférence de presse à l'Hôtel Intercontinental de Lyon durant laquelle il a annoncé le lancement d'une barge électrique sur le Rhône à partir de 2028 pour développer le transport fluvial de marchandises décarboné ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )
Le Rhône est sur le point de devenir une sorte d'autoroute fluviale, après l'annonce du lancement en 2028 d'une barge électrique à conteneurs sur le fleuve qui servira à doper le transport décarboné de marchandises entre le port de Fos-Marseille et Lyon.
Cette initiative, annoncée jeudi soir à Lyon par le PDG de l'armateur CMA CGM, est destinée à la fois à contrer la multiplication des camions sur les routes en renforçant le transport fluvial moins polluant, tout en reliant mieux le port de Marseille au reste du pays.
Elle est permise par la création de stations de recharge électrique dédiées le long du Rhône par la Compagnie Nationale du Rhône (CNR), a indiqué CMA CGM, qui a obtenu fin 2024 la sous-concession d'exploitation du terminal fluvial de Lyon.
La barge de 185 mètres de long sera hybride et pourra transporter jusqu'à 156 conteneurs standards, remplaçant ainsi autant de camions. Son coût est de quelque 20 millions d'euros.
D'ici 2030, le troisième armateur mondial dont le siège social est à Marseille, ambitionne de doubler ses volumes "multimodaux" entre le port méditerranéen et Lyon, c'est-à-dire le nombre de conteneurs qui ne seront pas acheminés par la route. L'équivalent de 100.000 conteneurs standard seront transportés par voie fluviale, et 60.000 par voie ferroviaire chaque année.
Jusqu'à présent, sur cet axe, 80% des marchandises sont acheminées par la route, 15% par le rail et seulement 5% par le fleuve.
Chargement et déchargement de conteneurs sur une barge (non électrique) sur le Rhône, au port fluvial Edouard Herriot de Lyon qui va être modernisé, le 13 décembre 2024 ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )
Sur les 330 kilomètres navigables entre Marseille et Lyon, les péniches transportent en majorité du vrac (sable, sel, céréales...) et à peine 70.000 conteneurs en moyenne chaque année. Alors que le transport fluvial émet trois à cinq fois moins de CO2 que la route par tonne de marchandises, selon l'Agence de la transition écologique (Ademe).
"Porte d'entrée décarbonée vers l'Europe" -
La mise en oeuvre d'une barge électrique sur le Rhône est une des déclinaisons concrètes du plan "Marseille en grand" annoncé le 2 septembre 2021 par Emmanuel Macron, en visant notamment la transformation du port maritime "en un grand port fluvio-maritime allant de Marseille à Lyon".
Mais ce vaste projet d'aménagement du territoire et de décarbonation bien français a aussi une dimension internationale.
Le Président français Emmanuel Macron (G), le Premier ministre indien Narendra Modi (C), et le PDG du troisième armateur mondial CMA CGM Rodolphe Saade (D)au siège de CMA CGM à Marseille, le 12 février 2025 ( POOL / Christian Hartmann )
"Le déploiement de nouvelles capacités fluviales, dont une barge électrique à partir de 2028, contribuera à faire de la France une porte d'entrée décarbonée vers l'Europe", a souligné le PDG de CMA CGM Rodolphe Saadé dans une brève déclaration à l'AFP jeudi.
M. Saadé avait reçu à son siège marseillais le Premier ministre indien Narendra Modi en février 2025, avec Emmanuel Macron, pour évoquer le projet de nouvelles routes maritimes et logistiques internationales lancé par New Delhi, connu sous le nom de corridor IMEC (couloir économique Inde-Moyen-Orient-Europe).
Marseille fait figure d'un des "ports d'entrée" possibles en Europe dans le cadre de ce projet, a indiqué à l'AFP Jean-Luc Chauvin, président de la chambre de Commerce et d'industrie d'Aix Marseille Provence, lors du salon Euromaritime qui s'est tenu cette semaine à Marseille.
Mais pour renforcer sa position stratégique et attirer sur ses quais des porte-conteneurs de plus en plus gigantesques, Marseille-Fos doit développer les débouchés vers son "hinterland", "jusqu'au Rhin et jusqu'au Danube", a-t-il ajouté, comme l'a fait Le Havre en fusionnant en 2021 avec les ports de Rouen et de Paris pour créer Haropa, ou comme l'a fait Rotterdam vers l'Europe du nord grâce à un réseau de canaux et de fleuves.
La CCI d'Aix-Marseille-Provence, celle de Lyon Métropole Saint-Étienne Roanne, la Banque des Territoires et la Compagnie Nationale du Rhône (CNR) se sont d'ailleurs associés à CMA CGM au sein d'un consortium pour imaginer ce développement.
Les partenaires vont investir 40 millions d'euros pour moderniser le terminal du port Edouard Herriot à Lyon, un chantier de deux ans de travaux, a rappelé CMA CGM.
De son côté, l'armateur a lancé l'an passé au Vietnam un premier projet de barge porte-conteneurs électrique, sur une distance plus courte (90 kilomètres) et avec un client quasi exclusif, le groupe américain Nike.

1 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer