Aller au contenu principal
Fermer

Menacée de sanctions par Bruxelles, l'Italie assume son budget
information fournie par Reuters 21/11/2018 à 21:19

    * La CE recommande une procédure pour déficit excessif
    * Elle met en avant le risque d'instabilité
    * Rome campe sur ses positions
    * Mettre l'Italie à l'amende serait irrespectueux, dit
Salvini

 (Actualisé avec déclaration de Salvini)
    par Jan Strupczewski et Gavin Jones
    BRUXELLES/ROME, 21 novembre (Reuters) - La Commission
européenne a franchi mercredi le premier pas vers une procédure
de sanction contre l'Italie, dont le budget 2019 enfreint selon
elle les règles de l'Union, mais Rome a réaffirmé n'avoir aucune
intention de renoncer à la relance budgétaire, au risque de se
voir infliger des amendes.
    Pour la Commission, le projet de budget soumis par le
gouvernement italien implique une augmentation du déficit
structurel, c'est-à-dire hors éléments exceptionnels et effets
du cycle économique, équivalant à un point de pourcentage du
produit intérieur brut (PIB) alors que les règles communautaires
impliquaient une réduction de 0,6 point.
    Le projet ne permet en outre aucune réduction de la dette
publique italienne, l'une des plus lourdes de la zone euro, ce
qui constitue aux yeux de Bruxelles un "manquement
particulièrement grave" aux règles européennes et justifie pour
la CE l'ouverture d'une procédure pour déficit excessif. 
    La dette publique italienne représente 131% du PIB, le ratio
le plus élevé des pays de la zone après celui de la Grèce
(180,4% prévu cette année et 167,8% attendu en 2019).
    Pour respecter les règles de l'UE, Rome devrait faire
diminuer ce ratio d'endettement chaque année jusqu'à ce qu'il
soit ramené à 60%. Or la Commission estime que le niveau de la
dette ramené au PIB restera inchangé au moins pendant les deux
prochaines années.
    "L'ouverture d'une procédure pour déficit excessif basée sur
la dette est donc justifiée", a déclaré le vice-président de la
Commission en charge de l'euro, Valdis Dombrovskis, lors d'une
conférence de presse.
    "Dans une situation de dette très élevée, l'Italie prévoit
principalement une augmentation importante de ses emprunts au
lieu de la prudence budgétaire nécessaire."
    Le gouvernement italien, qui prévoit de creuser le déficit
l'an prochain à 2,4% du produit intérieur brut (PIB) contre 1,8%
prévu cette année, estime que cette politique est nécessaire
pour relancer la croissance économique et faire reculer le
chômage, qui touchait 9,7% de la population active en août. 
    
    LA COMMISSION ÉVOQUE UN RISQUE D'"INSTABILITÉ"
    Le président du Conseil, Giuseppe Conte, qui doit
s'entretenir samedi avec celui de la Commission européenne,
Jean-Claude Juncker, a déclaré que le gouvernement restait
convaincu que son budget servait les intérêts de l'Italie comme
ceux de l'Europe.
    Pour Valdis Dombrovskis, au contraire, "l'impact de ce
budget sur la croissance serait négatif". 
    "Il n'intègre pas des mesures significatives permettant de
renforcer la croissance potentielle, au contraire peut-être",
a-t-il ajouté. "Dans ce que le gouvernement italien a mis sur la
table, nous voyons un risque que le pays avance les yeux fermés
vers l'instabilité."
    La Commission européenne se prononce sur le projet de budget
de chacun des Etats de la zone euro avant son adoption dans le
cadre de la procédure dite du "semestre européen", en vérifiant
notamment si les pays membres respectent les critères définis
par l'Union en matière de déficit et de dette publique.
    La procédure pour déficit excessif vers laquelle s'achemine
la Commission européenne est théoriquement susceptible d'aboutir
à des amendes contre l'Italie, même si aucune des procédures
ouvertes ces dernières années n'a conduit à une telle issue. 
    A Rome, les deux partis de la coalition gouvernementale, la
Ligue (extrême droite) et le Mouvement 5 Etoiles (M5S,
autoproclamé "antisystème") ont réaffirmé leur soutien au projet
de budget.
    "Nous sommes convaincus par les chiffres de notre budget.
Nous en parlerons dans un an", a dit Matteo Salvini, chef de
file de la Ligue et vice-président du Conseil, ajoutant que
mettre Rome à l'amende serait "irrespectueux" envers les
Italiens.
    "Je veux juste que les Italiens soient traités comme les
autres, les Français, les Allemands...", a-t-il ensuite déclaré
dans un entretien accordé à la chaîne de télévision Rete4.
 
    DÉTENTE SUR LES MARCHÉS
    Avant d'être officiellement ouverte, la procédure proposée
par la Commission doit encore franchir plusieurs étapes de
validation. Les ministres des Finances de l'Union pourraient
ainsi en débattre en janvier, et avaliser alors des propositions
de mesures que la Commission aura élaborées d'ici-là. 
    Des sanctions financières ne seraient applicables que si
l'Italie refusait de se plier à ces recommandations. 
    Sur les marchés financiers, très sensibles à l'évolution du
différend entre Rome et la Commission, les rendements des
emprunts d'Etat italiens ont reculé mercredi, une baisse qui a
atteint jusqu'à 20 points de base pour le deux ans  US2YT=RR ,
les investisseurs semblant vouloir croire à une solution de
compromis.
    En fin de journée, l'écart de rendement ("spread") entre les
obligations d'Etat italiennes et allemandes  DE10IT10=RR  à dix
ans était ainsi revenu à moins de 311 points de base, contre
plus de 319 points en début de séance. Il avait brièvement
dépassé 335 points mardi alors qu'il était inférieur à 120
points en avril.
    Le président du Conseil, Giuseppe Conte, s'est dit préoccupé
par l'évolution du spread, ajoutant que le gouvernement y
répondrait par des réformes.
    "Il y a à l'évidence certains indices dans les informations
en provenance d'Italie laissant entendre que le budget pourrait
être infléchi en temps voulu", a commenté Chris Scicluna,
directeur de la recherche économique de Daiwa Capital Markets à
Londres.
    Sur le marché des changes, l'euro, qui reste sensible aux
inquiétudes suscitées par l'Italie et au risque d'une nouvelle
crise de la dette dans la région, est remonté autour de 1,14
dollar  EUR=  contre moins de 1,1370 dans les premiers échanges.
    La Bourse de Milan a fini en hausse de 1,41%, l'une des
meilleures performances du jour en Europe.

 (Avec Virginia Furness à Londres; Marc Angrand et Nicolas
Delame pour le service français)
 

Valeurs associées

1,1575 USD Six - Forex 1 -0,29%

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Mes listes

Cette liste ne contient aucune valeur.
Chargement...