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Marchés : « L'optimisme béat autour de la zone euro prend fin » (Raymond James AMI)

Boursorama11/03/2016 à 18:17

Raymond James AMI présentait une analyse de la conjoncture des marchés en conférence de presse jeudi 10 mars 2016.

Malgré le récent rebond des marchés, les investisseurs restent fébriles. Dernier exemple en date : la réaction des marchés suite aux annonces de la BCE, applaudies puis boudées jeudi. Raymond James AMI analyse la situation et présente ses choix de valeurs dans ce contexte.

Pour Jean-François Tilquin, responsable de l’allocation d’actifs chez Raymond James Asset Management International, « Le marché n’écoute plus ce qu’on lui dit (…). Les investisseurs sont dans une logique de momentum pur : si ça monte on entre, si ça baisse on sort » résume-t-il. « Dès qu’il y a une inflexion dans les chiffres de la conjoncture, les marchés ont l’impression qu’on va dans le mur. C’est ce qui explique leur forte volatilité ».

Selon lui, il faudrait pourtant que les investisseurs prennent davantage de recul par rapport au fait que « Le monde entre dans une période de croissance plus lente, car celle-ci se fait sans levier financier. Les pays émergents tirent de moins en moins la croissance mondiale. Le potentiel de croissance est devenu moindre qu’il y a quelques années », résume-t-il.

« Les outils de la BCE sont connus mais d’une efficacité relative »

L’Europe connaît désormais très bien le phénomène d’une croissance faible voire absente. Les miracles économiques attendus grâce au plan de relance de la BCE se font toujours attendre. « La croissance en Zone Euro continue sa progression sans accélération comme en atteste le maintien des indicateurs avancés à des niveaux stables mais en retrait », note Jean-François Tilquin.

Le responsable de l’allocation d’actifs de Raymond James AM estime en effet que « La Zone Euro devrait subit temporairement, avec 6 mois de décalage, les effets négatifs du ralentissement de la seconde partie d’année 2015 des Etats-Unis et des pays émergents ». Selon lui, « L’optimisme béat autour de la zone euro prend fin », faisant allusion au courant qui prévalait il y a un an autour de « l’alignement des planètes » (taux faibles, euro faible, pétrole bas) sensé permettre à la zone euro de connaître la reprise économique tant attendue depuis plusieurs années.

Pourtant, « la BCE fait le job » pour créer les conditions d’une accélération économique, remarque-t-il. Seulement voilà : « Les outils de la BCE sont connus mais d’une efficacité relative : l’adoption forcenée de taux négatifs entretient un sentiment déflationniste structurel. L’amplification du QE n’a de sens que si le système bancaire y trouve son compte [et que] l’économie réelle en bénéficie », rappelle-t-il.

« Il y a un vrai sujet en Chine »

L’éventuelle inefficacité des mesures de relance de la BCE n’est pourtant pas un sujet d’inquiétude majeur pour les marchés, même si ces derniers ont finalement assez mal réagi aux mesures annoncées par l’institution jeudi 10 mars. Les craintes économiques actuelles proviennent bien plus largement des pays émergents, et cela depuis l’été dernier.

« Il y a un vrai sujet en Chine. Le déficit public s’aggrave, même s’il reste cantonné à 3% officiellement », soulève ainsi Jean-François Tilquin. Par ailleurs, « Les non-performing loans [prêts en rupture partielle ou totale de remboursement] y représentent officiellement 1,5% du total des encours de crédit. Mais si on demande aux banques européennes installées en Chine, on se rend compte qu’on serait plutôt aux alentours de 10% », précise-t-il.

Malgré ce chiffre relativement alarmant, Jean-François Tilquin relativise l’impact de ces risques financiers pour le reste du monde. Pour lui, les inquiétudes des investisseurs occidentaux autour de l’Empire du Milieu proviennent surtout d’erreurs de communication réalisées par les autorités chinoises depuis l’été 2015.

Avant cette date, le ralentissement chinois et les questions financières autour de la conjoncture chinoise étaient connues sans être considérées comme alarmantes. « La Chine sera peut-être moins un sujet d’ici un an » envisage ainsi Jean-François Tilquin, sans rejeter l’idée que le sujet revienne sur la table à plus court terme.

Bourse : le choix des valeurs profitant de la digitalisation

Dans ce contexte macroéconomique plutôt mitigé et voué à le rester dans les prochains mois, Raymond James AM fait apprécie particulièrement les valeurs de « l’économie des services », et plus précisément les valeurs profitant de la « digitalisation » de l’économie.

Isabelle Delattre, responsable des gestions chez Raymond James AMI, affirme ainsi que dans l’actuel paysage économique, « Les idées gagnantes sont : le Big Data, la désintermédiation, la digitalisation, la cyber-sécurité [ou encore] le M-commerce ».

Ceci ne désigne pas des start-ups directement actives dans ces nouvelles technologies, mais plutôt des grandes entreprises profitant de ces technologies au quotidien pour amoindrir leurs coûts, optimiser leurs offres, ou proposer des services associés au développement de ces nouveaux axes de l’économie.

La responsable des gestions de Raymond James AMI cite ainsi des noms d’établissements bancaires comme le Crédit Agricole ou la Société Générale, pour qui le développement des services en ligne va permettre un allègement des coûts du réseau d’agences bancaires dans les années à venir. Axa (assurance) bénéficierait du Big Data pour mieux se renseigner sur ses clients et optimiser son offre assurantielle.

A contrario, « les idées perdantes sont : les multinationales industrielles, les matières premières, l’industrie de base ainsi que les modèles de distribution et de consommation classiques ».

D’autres valeurs font partie des fonds de Raymond James AMI, notamment TF1, Rémy Cointreau ou encore Faurecia. Cette dernière valeur « a perdu 15% en Bourse récemment à cause d’une valorisation pessimiste du marché due à des retraitements comptables réalisés sur les résultats de l’année dernière. Nous pensons que ces retraitements ont été mal interprétés et que l’action conserve encore du potentiel de progression », termine Isabelle Delattre.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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