TUNIS, 17 décembre (Reuters) - Plusieurs milliers de personnes sont descendues vendredi dans les rues de Tunis pour protester contre la politique du président Kaïs Saïed, qui s'est arrogé la quasi-totalité des pouvoirs et a gelé les travaux du Parlement élu en juillet.
Ce rassemblement organisé à l'occasion du 11e anniversaire de l'immolation par le feu du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, geste à l'origine du renversement le mois suivant du président Zine al Abidine ben Ali lors de la "révolution du jasmin", est le premier depuis que Kaïs Saïed a dévoilé lundi sa "feuille de route" pour sortir de l'impasse politique.
Le chef de l'Etat a annoncé la tenue d'un référendum constitutionnel en juillet suivi d'élections législatives en décembre 2022, prolongeant de facto d'un an la suspension des travaux parlementaires.
Les manifestants se sont regroupés dans le centre de Tunis aux cris de "Liberté", scandant "Le peuple veut le départ du président".
"Ce n'est pas une feuille de route pour sortir de la crise, mais pour perpétuer la crise", a estimé Djawhar Ben Moubarak, expert en droit constitutionnel et militant au sein de "Citoyens contre le coup d'Etat", qui mobilise l'opposition à Saïed.
Le président, a-t-il accusé, "a pris le pays en otage il y a six mois et veut continuer pendant une année supplémentaire".
A proximité du rassemblement anti-Saïed, un certain nombre de partisans du chef de l'Etat se sont réunis sur l'avenue Bourguiba, brandissant des drapeaux tunisiens.
Les forces de sécurité étaient déployées en nombre dans le secteur.
L'anniversaire du soulèvement de l'hiver 2010-2011 était jusqu'alors célébré le 14 janvier, jour de la fuite de Ben Ali de Tunisie, en vertu d'un accord conclu entre les différents groupes impliqués dans la chute du dirigeant autocrate.
Kaïs Saïed a décidé de modifier cette date pour commémorer le jour où Mohamed Bouazizi s'est immolé par le feu à Sidi Bouzid, dans le sud de la Tunisie, pour protester contre la saisie de ses outils de travail par les autorités.
Le président tunisien, élu en 2019, a semblé bénéficier d'une large adhésion de la population lorsqu'il a congédié le gouvernement et suspendu le Parlement il y a six mois, en disant vouloir mettre fin à des années de paralysie politique et de stagnation économique. Mais l'opposition au chef de l'Etat s'est élargie au fil des mois, y compris dans les rangs des formations politiques et d'autres acteurs majeurs de la société qui avaient approuvé dans un premier temps ses initiatives.
(Reportage Mohamed Argoubi; rédigé par Tom Perry; version française Jean-Stéphane Brosse, édité par Sophie Louet)

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