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Les syndicats d'Airbus demandent à la direction de ralentir la restructuration
Reuters02/07/2020 à 17:12

par Julie Rimbert et Tim Hepher

TOULOUSE/PARIS, 2 juillet (Reuters) - Les syndicats français et les élus régionaux ont réclamé jeudi à Airbus AIR.PA de réduire l'ampleur et le rythme du plan massif de restructuration dévoilé par l'avionneur européen, dont les salariés européens attendent de connaître la répartition site par site des 15.000 suppressions d'emploi projetées.

La bataille, en France, se double des réductions à venir chez Air France AIRF.PA , où le chiffre de 7.500 postes supprimés se profile pour ce qui devrait être la pire semaine dans l'histoire récente de l'aéronautique français.

Airbus a annoncé mardi son intention de supprimer environ 15.000 postes d'ici l'été 2021, dont un tiers en France, sans fermeture d'usines dans le cadre de ce plan de restructuration mis en place pour faire face à la crise du secteur aérien provoquée par la pandémie liée au nouveau coronavirus.

L'Allemagne perdrait aussi 5.000 postes tandis que 1.700 emplois sont menacés en Grande-Bretagne et 900 autres en Espagne.

"Toulouse paie un lourd tribut avec 3.500 postes supprimés mais c'est proportionnel au nombre de salariés. Nantes paie aussi un lourd tribut avec près de 20% de suppressions. Personne n'est épargné", a déclaré Françoise Vallin, représentante CFE-CGC Airbus, devant le siège toulousain d'Airbus.

Selon la CGT, 484 postes seront supprimés sur le site de Nantes (Loire-Atlantique), qui fabrique notamment l'élément de structure central de tous les avions du groupe, et 386 sur le site de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), qui assemble une partie des fuselages des appareils.

Selon les syndicats, le site de Méaulte (Somme) de Stelia Aérospace, filiale du groupe aéronautique européen où sont fabriqués les cockpits, serait "très impacté".

"CHOC STRUCTUREL"

La direction d'Airbus veut agir rapidement pour anticiper un éventuelle seconde vague de l'épidémie de coronavirus et contrer ce que son président exécutif, Guillaume Faury, présente comme un "choc structurel" pour le secteur de l'aviation.

Elle compte obtenir un accord d'ici l'automne pour que l'ensemble des réductions d'effectifs soient mises en oeuvre d'ici l'été prochain, un calendrier relativement serré pour une réorganisation de cette ampleur.

Les syndicats demandent eux un étalement plus long dans le temps et se sont fixé une ligne rouge - "zéro licenciement sec" - tandis que le gouvernement français a lui-même jugé "excessif" le chiffre des suppressions d'emplois annoncées par Airbus.

"Les départs naturels dans le groupe, c'est 6.000 par an au niveau mondial, donc si on le fait sur deux ans, on peut absorber une partie de ce plan par l'érosion naturel", calcule Jean-François Knepper, du syndicat Force ouvrière, qui qualifie de "cataclysme" le plan présenté par la direction.

"Avec le chômage partiel mis en place par le gouvernement, on doit absorber cette période de crise, sans dommage sociaux", poursuit-il.

"CONSÉQUENCES INDUSTRIELLES EN CASCADE"

Les discussions avec les représentants du personnel commenceront au plus tôt lundi, la CGT appelant à une journée d'action dans le secteur pour le jeudi suivant.

Airbus estime que le transport aérien, paralysé par la pandémie, ne reviendra pas à la normale avant trois à cinq ans.

A Toulouse, capitale européenne de l'aérospatiale, on s'inquiète de l'effet sur tout le bassin d'emploi, du maillage serré de sous-traitants jusqu'à l'immobilier et même aux commerces de détails.

"Si Airbus et la sous-traitance de rang 1 peuvent surmonter la crise avec des plans sociaux négociés, les sous-traitants des rangs 2 et 3 peuvent être dévastés par les conséquences industrielles en cascade", a déclaré jeudi le président du Conseil économique, social et environnemental régional (CESER) d'Occitanie, Jean-Louis Chauzy.

La filière aéronautique représente 110.000 emplois en Occitanie.

En Espagne, le président du gouvernement Pedro Sanchez s'est engagé à obtenir d'Airbus des garanties sur le maintien de sa présence dans le pays.

(avec Myriam Rivet à Paris, Stéphane Mahé à Nantes et Pascal Rossignol à Méaulte Édité par Henri-Pierre André et Jean-Michel Bélot)

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