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Les pénuries de carburant alimentent le dépit des Russes
information fournie par Reuters 02/07/2026 à 16:10

par Alessandra Prentice

Dans le grenier à blé de la Russie, les pénuries de carburant laissent entrevoir une crise agricole qui témoigne de la propagation à tous les pans de l'économie d'une dépression directement liée à la campagne ukrainienne de frappes aériennes contre l'industrie pétrolière russe.

Alors que Kyiv cherche à faire pression sur Moscou pour l'amener à la table des négociations en visant les infrastructures énergétiques du pays, les dégâts ainsi provoqués ont mis sous tension les approvisionnements en carburant de la Russie pourtant riche en hydrocarbures. Des restrictions ont été instaurées dans la plupart des régions, nourrissant un mécontentement croissant.

Dans ce contexte, des automobilistes partagent des cartes collaboratives et échangent des conseils pour repérer les stations-service approvisionnées et éviter les files d'attente. Les tensions montent également, comme en témoignent des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrant des altercations entre conducteurs faisant la queue pour faire le plein.

Dans l'une de ces vidéos, intitulée "Le luxe ultime en 2026" un homme verse lentement de l'essence dans sa tondeuse à partir d'un jerrican en plaisantant: "Ah les riches ! Qui peut encore se permettre cela ?"

Parallèlement, les recherches en ligne pour "comment siphonner de l'essence" ont dépassé 9.300 au 21 juin, contre 697 un mois plus tôt, rapporte le site iPhones.ru en se référant à des données de Yandex.

Dans certaines régions, les prix de détail de l'essence sont parmi les plus élevés d'Europe, selon des calculs de Reuters.

À Sébastopol, principale ville de la Crimée contrôlée par la Russie, les prix de l'essence ont bondi de 30% au cours de la seule semaine écoulée, a annoncé mercredi l'agence statistique Rosstat.

Si le prix moyen de l'essence en Russie s'élevait encore à 72,38 roubles (0,9256 dollar) le litre la semaine dernière, d'après Rosstat, certaines stations dans des régions touchées par des pénuries affichaient des tarifs atteignant 2,42 dollars le litre, ont constaté des journalistes de Reuters.

POUTINE RECONNAÎT DES DIFFICULTÉS

L'ampleur croissante de l'impact de la campagne ukrainienne place les autorités russes dans une position inconfortable. Depuis le lancement de ce que Moscou appelle une "opération militaire spéciale" en 2022, la Russie a multiplié les frappes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes, plongeant une large partie de la population dans le noir et le froid en hiver.

Après avoir longtemps minimisé les pénuries en les présentant comme des goulets d'étranglement localisés, le président Vladimir Poutine a reconnu dimanche l'existence de difficultés et promis des mesures pour stabiliser le marché.

Il a souligné l'importance de maintenir l'approvisionnement du secteur agricole "parce que la récolte en dépend".

Des publications sur les réseaux sociaux évoquent des agriculteurs de la région fertile des Terres noires, dans l'ouest russe, incapables de payer le carburant nécessaire aux récoltes, tandis qu'une autre décrit un exploitant contraint de conduire sa moissonneuse-batteuse jusqu'à une station-service classique après s'être vu refuser le remplissage d'un bidon.

Le vice-Premier ministre chargé de l'énergie, Alexandre Novak, a affirmé mercredi que les difficultés étaient en cours de résolution.

Reuters a rapporté en exclusivité que la Russie avait commencé à importer de l'essence par voie maritime depuis l'Inde et que le Kazakhstan avait accepté de livrer 50.000 tonnes en juillet et août.

Avant même l'aggravation des pénuries le mois dernier, les Russes se montraient déjà plus pessimistes quant à la situation économique qu'à tout autre moment des 20 dernières années, selon un sondage publié cette semaine.

Si les frappes se poursuivent, une pénurie prolongée de carburant pourrait éroder le soutien de l'opinion à la guerre.

Dans certaines régions, des services de base sont déjà réduits. Dans la région de Zabaïkalsk, à la frontière avec la Chine et la Mongolie, des autorités ont supprimé certaines lignes de bus, tandis qu'une entreprise de collecte des déchets a suspendu ses activités dans quatre districts faute de carburant.

(version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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