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Les hedge funds ont subi leur pire décollecte depuis 2009, les ETF prennent le dessus

Boursorama 11/05/2016 à 17:31

Les hedge funds ont subi un certain désamour de la part des investisseurs au T1 2016.

Les « hedge funds », parfois désignés en français sous les termes de fonds spéculatifs ou fonds alternatifs, ont subi au premier trimestre 2016 leur plus forte décollecte depuis 2009. En cause : des résultats mitigés, qui poussent les investisseurs à voir ailleurs, par exemple du côté des ETF.

« Selon les dernières statistiques de Hedge Fund Research, les hedge funds dans le monde ont subi au premier trimestre 2016 des rachats [comprendre : retraits] nets de 15,1 milliards de dollars, soit les plus fortes sorties depuis le deuxième trimestre 2009 » explique le courtier Aurel BGC dans une note de marché parue mercredi 11 mai.

Dans le détail, « Les gestions de plus de 5 milliards de dollars d'encours, qui représentent 68,3% de l'encours total de cette industrie, ont subi une décollecte nette de 10,7 milliards de dollars ».

Sous un autre angle, « En termes de stratégies, les stratégies "macro" ont accusé des rachats nets de 7,3 milliards de dollars, ramenant les encours du secteur à 548 milliards de dollars. Les stratégies "event driven" ont quant à elles vu sortir 8,3 milliards de dollars, réduisant le secteur à 729 milliards de dollars » résume le courtier.

Les stratégies « macro » désignent les stratégies des gérants pariant sur une tendance macroéconomique majeure, tandis que les stratégies « event driven » cherchent à parier sur un événement particulier qui peut n’impacter qu’un seul secteur voire qu’une seule entreprise.

Hedge funds : des résultats globalement mitigés

Depuis plusieurs mois, les performances financières des hedge funds peinent à convaincre.

L’indice « HFRX Global Hedge Fund », publié par Hedge Fund Research, et qui traduit la performance globale de ces fonds alternatifs, reste en baisse de 2,05% depuis le début de l’année (au 9 mai 2016 à cause des délais de calcul). Les résultats plutôt positifs de mars et avril n’ont pas pu effacer les mauvaises performances de début d’année lorsque les marchés ont été chahutés.

Du point de vue américain, cette performance est très décevante par rapport au parcours des indices boursiers, en hausse de 2,8% depuis le début de l’année pour un indice global comme le Dow Jones.

On aurait pu penser que les hedge funds avaient profité de la volatilité de début d’année pour réaliser des opérations spéculatives sur le pétrole, l’or et les marchés actions, profitant tout autant de la baisse de début d’année en spéculant à la baisse que du rebond enregistré ensuite pour profiter de la hausse. Ce serait mal connaître l’industrie des hedge funds.

Contrairement à l’image que les médias ont pu donner de cette branche de la finance en 2008-2009, les hedge funds sont rarement des fonds d’investissement à la recherche de fortes prises de risques. En finance, le « hedging » consiste au contraire à bâtir une stratégie de « couverture » pour se prémunir des risques, et non à en prendre de manière délibérée.

Beaucoup de hedge funds ont ainsi pour but de réaliser des performances les plus régulières possibles sans être trop impactés par les soubresauts des marchés boursiers. Les confusions restent fréquentes car on regroupe sous le terme de « hedge funds » des établissements n’ayant absolument pas les mêmes principes de fonctionnement : en plus des fonds de « hedging » au sens classique du terme, d’autres peuvent être spécialisés sur le trading haute fréquence, sur le trading algorithmique ou, plus rarement, sur des paris plus risqués qui ont façonné l’image des hedge funds dans les médias lors de la crise de 2008. Quoi qu’il en soit, la performance globale de cette branche de la finance est de moins en moins au rendez-vous.

Les « trackers » attirent toujours plus de capitaux

A contrario de cette tendance négative sur les hedge funds, les produits de gestion dite « indicielle » (ou « bêta ») continuent de séduire les investisseurs. Ces produits désignent les ETF (trackers) et ETP (Exchange Traded Products), qui permettent aux investisseurs de répliquer les variations d’un indice boursier ou d’une matière première, parfois avec un effet de levier, et parfois avec des variations inversées, ce qui reste rare en-dehors du célèbre tracker BX4 de Lyxor AM.

« Les actifs des ETF et ETP ont atteint un niveau record à la fin du mois d'avril, selon les chiffres de ETFGI : 3137 milliards de dollars d'encours au total dans 6297 fonds. Leur collecte nette a atteint 10,13 milliards de dollars en avril. Les investisseurs ont privilégié les obligations (+7,7 milliards de dollars), suivies par les actions (+2,4 milliards de dollars). En revanche, les fonds spécialisés dans les matières premières ont enregistré une décollecte de 136 millions de dollars », détaille Aurel BGC.

Il est intéressant d’observer que les investisseurs n’ont donc pas fui la réplication des indices boursiers au premier trimestre malgré leurs imprévisibles soubresauts de début d’année. Sans surprise, les investisseurs ont tout de même fui les matières premières dont la chute des prix était au cœur des craintes du trimestre écoulé (pétrole).

La gestion indicielle continue donc à concurrencer petit à petit la gestion active, cette dernière désignant de manière générale toute stratégie bâtie par un gérant. L’an dernier, le total des actifs investis sur des ETF (trackers)/ETP a dépassé le total des actifs gérés par des hedge funds : 2971 milliards de dollars sur les ETF contre 2969 milliards de dollars sur les hedge funds à la fin du T2 2015. Cet écart a donc continué à se creuser en début d’année, mettant en exergue le sentiment de plus en plus mitigé des investisseurs en ce qui concerne les capacités des gérants professionnels à battre les indices boursiers.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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