(Répétition sans changement de l'éclairage transmis vendredi)
* Le cours de Bourse record d'ADP pourrait inciter l'Etat à
en profiter
* ADP pourrait attirer de nombreux candidats, en France
comme à l'étranger
* Le groupe Vinci bien placé
* Une cession partielle jugée plus probable
* Le dossier sera tranché au plus haut niveau de l'Etat
par Gilles Guillaume et Blandine Henault
PARIS, 9 juin (Reuters) - Les grandes manoeuvres s'annoncent
pour la privatisation partielle ou totale d'ADP ADP.PA , l'un
des premiers dossiers de "l'Etat actionnaire" que pourraient
trancher Emmanuel Macron et le gouvernement dans les mois, voire
les semaines qui viennent, a-t-on déclaré à Reuters de trois
sources proches du dossier.
Une fois franchi l'obstacle des élections législatives, une
fenêtre de tir s'ouvrira pour le nouveau gouvernement, qui
pourrait profiter du niveau record de l'opérateur aéroportuaire
en Bourse pour réaliser rapidement une belle opération
financière sans se voir accusé de brader les bijoux de la
couronne.
Une opération de cette nature est d'autant plus attendue
qu'Emmanuel Macron s'était engagé lors de la campagne
présidentielle à créer un fonds public de 10 milliards d'euros
pour investir dans les technologies du futur, alimenté par des
cessions de titres.
Par ailleurs, l'Etat doit dégager des recettes pour financer
sa quote-part de trois milliards d'euros à l'augmentation de
capital d'EDF EDF.PA .
La part de 50,63% du capital du propriétaire des aéroports
de Roissy et d'Orly gérée par l'Agence des participations de
l'Etat (APE) vaut près de sept milliards d'euros au cours
actuel, de quoi boucler a priori près des trois quarts du
financement du futur fonds d'investissement.
"Les services de l'APE se sont certainement organisés pour
que le dossier ADP soit sur le dessus de la pile pour le
gouvernement", a déclaré à Reuters une source familière des
opérations impliquant l'Etat.
"Je pense que l'APE a déjà préparé quelque chose [concernant
ADP] après avoir écouté les discours des candidats en campagne",
estime également une autre source proche du dossier.
De l'avis des analystes, la valorisation d'ADP paraît encore
attractive pour des investisseurs en dépit de la progression de
36% du titre rien que depuis le début de l'année.
La valeur du titre, introduit en Bourse en 2006 au prix de
45 euros, a été multipliée quasiment par trois, bénéficiant ces
derniers mois de la reprise du trafic aérien vers Paris après
les attentats du 13 novembre 2015 et d'un retour de la dimension
spéculative sur une cession de la part de l'Etat.
Graphique de la performance boursière d'ADP:
http://bit.ly/2rdyQr1
Le ratio valeur d'entreprise sur excédent brut
d'exploitation (Ebitda) pour les 12 prochains mois ressort
néamoins à 13 seulement pour ADP contre un multiple de
valorisation de 16 en moyenne pour les dernières transactions du
secteur, selon des analystes.
A titre de comparaison, les privatisations de l'exploitation
des aéroports de Nice et Lyon réalisées en 2015 par le précédent
gouvernement - auquel appartenait Emmanuel Macron, alors
ministre de l'Economie - ont été réalisées sur la base de
multiples respectifs de 23 et 19.
"La question n'est pas de savoir si la privatisation va se
faire mais quand elle interviendra", estime Grégoire Thibault,
analyste chez Natixis, soulignant qu'Emmanuel Macron avait
envisagé la privatisation d'ADP lorsqu'il était ministre de
l'Economie en 2015 pour finalement lancer uniquement celles des
aéroports de Lyon et Nice.
Une cession de titres ADP semble d'autant plus alléchante
pour l'Etat que les candidats potentiels ne manquent pas, à
commencer par Vinci.
"Vinci est l'acquéreur naturel de Groupe ADP. C'est
l'industriel qui a le plus de chances et pour qui ça aurait le
plus de sens", estime Grégoire Thibault (Natixis).
Le groupe français détient déjà une participation de 8% dans
le capital d'ADP et a fait du développement aéroportuaire un axe
stratégique prioritaire.
"Le jour où le capital d'ADP s'ouvre davantage, tout le
monde va se jeter dessus, et Vinci ira aussi", renchérit un bon
connaisseur du dossier. "L'éventuelle privatisation d'ADP
intéresse beaucoup de monde, des Européens mais pas seulement,
des Chinois aussi", ajoute-t-il.
La controverse suscitée par la vente par l'Etat de 49,99% de
l'aéroport de Toulouse à Chinese Airport Synergy Investment
Limited, pour 308 millions d'euros, reste cependant dans les
esprits et pourrait se révéler dissuasive pour ADP.
"Il y a des groupes étrangers qui pourraient s'y intéresser
si l'Etat bouge sa participation", confirme la première source,
"mais je ne parierais pas qu'ADP termine chez un groupe
chinois".
Des fonds spécialisés dans les infrastructures comme
l'australien Macquarie MQG.AX , tout comme des fonds de pension
font également figure de candidats naturels pour une telle
opération.
ALEXIS KOHLER, UN EXPERT D'ADP À L'ÉLYSÉE
Une réduction de la part de l'Etat dans le capital ne serait
pas forcément vue d'un mauvais oeil par le PDG d'ADP, à
condition qu'il y conserve un pied, ce qui aurait également
l'avantage de rassurer les syndicats du groupe, majoritairement
hostiles à une privatisation totale.
"A titre personnel, il me semble important que l'Etat
conserve une part dans le capital d'un groupe qui comprend, avec
l'aéroport Charles-de-Gaulle, la première frontière du pays,
pour des raisons de sûreté et de sécurité nationale", déclarait
Augustin de Romanet dans une interview au magazine Challenges le
27 mai, ajoutant qu'"il n'est certes pas forcé d'y rester
majoritaire".
Dans un rapport publié en janvier sur "l'Etat actionnaire",
la Cour des comptes jugeait elle-même qu'il n'était pas
nécessaire que l'Etat conserve une participation majoritaire
dans ADP pour conserver une influence qu'elle peut aussi bien
exercer via la régulation du secteur.
Autre argument en faveur d'une cession partielle : elle
permettrait à l'Etat de conserver une source importante de
dividendes, le taux de distribution de 60% du groupe,
particulièrement élevé, étant inchangé depuis 2013.
Selon Grégoire Thibault, une loi de privatisation -
indispensable pour autoriser le passage de l'Etat sous le seuil
des 50% - pourrait intervenir dès le second semestre de cette
année. Ce qui permettrait par la suite à l'Etat de céder dans un
premier temps, hors marché, un bloc de 20% environ d'ADP, qui
rapporterait environ 2,8 milliards d'euros au cours actuel.
"A terme, nous n'excluons pas une privatisation totale
d'ADP", indique Grégoire Thibault. Dans ce cas, explique
l'analyste, il faudrait sans doute modifier le cadre
réglementaire d'ADP pour en faire une concession sur une durée
de vie définie alors qu'elle est actuellement perpétuelle.
Au final, ce dossier sera tranché au plus haut niveau par le
chef de l'Etat et Alexis Kohler, le secrétaire général de
l'Elysée, lui-même un grand expert des dossiers industriels et
ancien directeur de cabinet d'Emmanuel Macron à Bercy.
Alexis Kohler connaît particulièrement bien ADP pour avoir
siégé à son conseil entre janvier 2010 et septembre 2012, alors
qu'il était chargé du dossier des transports au sein de l'APE.
Vinci, ADP, Matignon, Bercy et l'APE ont refusé de commenter
ces informations.
(Avec Cyril Altmeyer, Matthieu Protard et Jean-Michel Bélot,
édité par Dominique Rodriguez)
Les grandes manoeuvres lancées autour d'une privatisation d'ADP
information fournie par Reuters 12/06/2017 à 08:30
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