Les marchés actions européens pourraient continuer à être sous pression mais leur surperformance par rapport aux actions américaines devrait se maintenir en dépit des droits de douane américains, la trajectoire économique de part et d'autre de l'Atlantique demeurant un facteur important de positionnement, expliquent plusieurs observateurs de marché.
Si la tempête boursière déclenchée le 2 avril par l'annonce de droits de douane colossaux sur la quasi-totalité des produits importés aux États-Unis n'épargne aucune géographie, les actions en Europe se sont mieux comportées que leurs homologues d'outre-Atlantique: depuis le début de l'année, le CAC 40 recule de 5,3% contre 5,7% pour le Stoxx 600, tandis que le S&P 500 chute de 13,9%.
Si l'ampleur de la correction demeure incertaine, il demeure que les annonces de Donald Trump marquent une rupture pour les actions européennes, portées jusqu'à début avril par l'espoir d'une reprise de la croissance en zone euro et les importants plans d'investissements publics allemands et européens.
"La levée de l’incertitude sur la mise en place de tarifs douaniers ne devrait pas pour autant permettre aux marchés actions de reprendre le chemin de la hausse dans la mesure où le ralentissement de l’économie devient maintenant une certitude et va entraîner inévitablement une révision à la baisse des résultats d’entreprise", indique Gilles Guibout, responsable des actions européennes chez AXA IM.
L'agence Fitch, si elle ne chiffre pas cet impact, prévient que les droits de douane "affaibliront la croissance des revenus et de la rentabilité de nombreux secteurs d'activité en Europe", 72% des exportations de l'Union européenne à destination des États-Unis étant concernées par la hausse des droits de douane.
Or, il demeure en Europe des marges de compression pour les valorisations des actifs risqués.
Si le ratio de prix sur bénéfices du Stoxx 600 attendu sur les 12 prochains mois est passé d'un peu plus de 14,2 fois lors de son pic de début mars à 12 fois actuellement, il reste encore bien supérieur à celui atteint au plus fort de la crise énergétique de 2022-2023 (10,4) ou de la crise Covid (10,3), selon des calculs de Société Générale CIB.
Une révision à la baisse des projections de revenus des entreprises pourrait alimenter cet ajustement de valorisation alors que se profile le début de la saison de publications des résultats du premier trimestre.
RELATIVITE
Reste que, comme depuis le début de l'année, les actions européennes pourraient profiter d'une plus grande prudence envers les titres américains.
Allianz Trade rappelle ainsi que "l'impact sur l'Europe sera moindre" qu'aux États-Unis: en zone euro, il prévoit une croissance de 0,8% pour 2025 tandis qu'une récession est attendue au troisième trimestre de cette année outre-Atlantique.
Le constat semble partagé par les opérateurs, des indicateurs de marchés synthétisés par Goldman Sachs suggérant que la probabilité implicite d'une contraction de l'activité américaine serait au plus haut depuis 2020 - ce alors que le ratio de PE du S&P 500 demeure élevé à 22,7 fois, contre une moyenne historique à 20.
Les marges de manœuvre monétaire apparaissent en outre plus larges en zone euro, où l'inflation se rapproche de la cible de la Banque centrale européenne alors qu'aux États-Unis, la Réserve fédérale reste aux prises avec une hausse de prix durable qui éloigne toute perspective d'assouplissement, en dépit des demandes réitérées du président américain Donald Trump.
Les actions européennes pourraient par ailleurs profiter du mouvement inattendu du dollar, qui s'est replié à l'annonce des mesures douanières de Donald Trump.
L'euro a rebondi jusqu'à 1,4% face au dollar au cours des trois dernières séances alors que la plupart des analystes prévoyait avant les annonces du 2 avril une forte hausse de la devise américaine en cas de relèvement des droits de douane.
"Alors que la couverture du risque de change associé au dollar était rare jusqu'à présent, cela commence à devenir un sujet d'inquiétudes", commente Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement chez Pictet AM.
Tous ces facteurs demeurent néanmoins conditionnés aux revirements brutaux et inattendus de l'administration américaine.
Un discours plus offensif envers la Chine - Donald Trump a menacé lundi d'imposer des droits de douane additionnels de 50% au pays si Pékin ne renonçait pas à ses mesures de représailles - ou d'autres grands partenaires commerciaux, la mise en place d'autres aspects contestés du programme économique du président américain ou, à l'inverse, un soutien budgétaire important ajouteraient à la volatilité.
"Sur les actions, il n'y a actuellement nulle part où se cacher", conclut Christopher Dembik.
(Rédigé par Corentin Chappron, édité par Blandine Hénault)

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