(actualisé avec audience, décision le 16 mars)
par Catherine Lagrange
LYON, 17 janvier (Reuters) - La procureure de la République
de Lyon a requis vendredi « une peine d’emprisonnement non
inférieure à huit ans » à l’encontre de Bernard Preynat, ancien
prêtre accusé d'"agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15
ans par personne ayant autorité".
Il risque une peine maximum de 10 ans de prison ainsi que
150.000 euros d’amende.
Le jugement a été mis en délibéré au 16 mars.
Au terme de quatre jours d’audience durant lesquels
l'ex-prêtre, âgé de 74 ans, a été confronté à dix de ses
anciennes victimes, la représentante du parquet, Dominique
Sauves, a prononcé un réquisitoire sévère, brossant le portrait
« d’un pédophile en série ».
"Considérons combien le dossier Preynat est stupéfiant,
grave, hors norme", a-t-elle déclaré. "C’est un dossier
effrayant". "Cet homme a outrageusement blessé de par son
statut, il a abusé la confiance aveugle de parents qui lui
confiaient leurs enfants", a-t-elle souligné.
Dominique Sauves lui a reproché d’avoir livré « un combat de
procédure acharné, usant de tous les moyens pour se défendre,
jusqu’à l’abus", puis d’avoir donné tardivement des informations
sur les abus dont lui-même aurait été victime dans sa jeunesse.
Elle a relevé en outre ses tentatives « de s’abriter
derrière sa hiérarchie » ou la responsabilité des parents des
victimes qui ont été nombreux à fermer les yeux sur ses
agissements.
"Ce n’est pas le procès d’une lâcheté collective ou d’une
institution, mais celui d’un homme qui avait mis en place sa
propre structure pour répondre à ses pulsions, car il avait
besoin de disposer d’un vivier varié et toujours alimenté de
petites victimes", a-t-elle lancé, évoquant l’organisation du
groupe de scouts fondé par Bernard Preynat à
Sainte-Foy-les-Lyon.
"C’est le dossier de l’abus de pouvoir, de la perversité."
Les tentatives de repentance du prévenu, ses demandes
répétées de pardon, n'ont pas infléchi la position du parquet.
Evoquant les "dizaines de victimes", la procureure a demandé
"une réponse pénale en forme de réponse à leur calvaire".
Me Frédéric Doyez, avocat de Bernard Preynat, a jugé la
réquisition "démesurée", parlant d'"une forme d'injustice".
Il a demandé au tribunal de ne pas juger les faits du passé
avec le regard d’aujourd’hui. « Sa culpabilité est acquise. Mais
juger 30 ans après, c’est compliqué » a-t-il lancé en rappelant
qu’"il fut une époque où faire une fellation à un enfant n’était
pas un viol mais une agression sexuelle ».
Prenant la parole en dernier, le prévenu s’est avancé vers
la barre pour lire un texte de quelques lignes avant la clôture
des débats.
"Je suis venu devant le tribunal dans le désir d’être loyal
dans la reconnaissance des agressions dont j’ai été l‘auteur,
celles qui ne sont pas prescrites, comme les autres", a-t-il
dit.
"Je n’ai pas menti, j’ai été sincère dans mes réponses et
dans les réserves que j’ai exprimées sur certaines accusations.
J’ai été sincère dans les limites de ma mémoire".
"Ma demande de pardon est réitérée du fond du cœur, je
regrette sincèrement d’avoir pris mon plaisir sexuel dans des
gestes condamnables. Je présente également mes excuses aux
autres prêtres du diocèse, à l’Eglise salie par mes
agissements", a-t-il conclu.
(Edité par Sophie Louet)
Le parquet demande une peine d'emprisonnement d'au moins 8 ans contre Preynat
information fournie par Reuters 17/01/2020 à 17:32
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