Une illustration montre un modèle miniature imprimé en 3D du président américain Donald Trump devant le drapeau vénézuélien
par Ankur Banerjee et Rae Wee
Les marchés financiers faisaient fi lundi de la spectaculaire arrestation par les Etats-Unis du président vénézuélien Nicolas Maduro, mais certains investisseurs soulignent que les risques géopolitiques sont peut-être sous-estimés alors que Donald Trump a menacé de s'en prendre à d'autres pays.
En Asie, les investisseurs ont gardé leur sang-froid lundi, avec un bonne tenue des actions en clôture et un repli des cours du pétrole. Les actifs refuge comme l'or étaient cependant orientés à la hausse vers 10h00 GMT, le métal précieux prenant 2,41% à 4.434,52 dollars l'once, pas très éloigné de son record à 4.549,71 dollars, touché le 26 décembre 2025.
Outre l'arrestation de Nicolas Maduro et les menaces d'intervention de Washington contre Cuba, la Colombie, le Mexique ou encore le Groënland, le président américain a également expliqué que les compagnies pétrolières américaines retourneraient au Venezuela pour reconstruire le secteur pétrolier d'un pays, qui sera jusqu'à nouvel ordre administré par les Etats-Unis.
Alors que Washington n'est pas intervenu aussi directement en Amérique latine depuis l'invasion du Panama en 1989, les menaces de Donald Trump ont mis en évidence le changement radical de la politique étrangère américaine et ramené les risques géopolitiques au premier plan pour les marchés financiers en ce début d'année.
"Cela nous rappelle que les risques géopolitiques sont bien plus importants qu'un chiffre exprimé sur les importations", souligne Vishnu Varathan, responsable d'étude en macroéconomie pour l'Asie, hors Japon, chez Mizuho Securities, basé à Singapour.
"L'affaire et le sujet qui viennent à l'esprit sont les suivants : la stabilité de l'ensemble de l'Amérique latine est-elle menacée ? Si tel est le cas (...), les effets de contagion et tout ce qui suivra pourraient être beaucoup plus importants."
Selon les analystes et les investisseurs, la réaction relativement calme des marchés à l'arrestation de Nicolas Maduro s'explique par le fait que la production pétrolière du Venezuela est faible en comparaison de la production mondiale et qu'il faudrait des années d'investissement pour que celle-ci comble son retard.
L'offensive des forces spéciales américaines à Caracas pourrait cependant à long terme avoir un impact sur le sentiment du marché avec le déblocage des vastes réserves de pétrole du pays.
Les compagnies pétrolières américaines sont prêtes à s'atteler à la tâche difficile d'entrer au Venezuela et d'investir pour rétablir la production de ce pays, a déclaré Donald Trump.
"Cet événement devrait avoir des implications géopolitiques plus larges, mais à mon avis, les marchés financiers ne sont pas très efficaces pour évaluer ces risques avec précision", relève Tai Hui, chef stratège marchés pour l'Asie-Pacifique chez JPMorgan Asset Management.
PREMIER TEST POUR LES MARCHÉS EN 2026
Les marchés actions dans le monde et en avant-Bourse à Wall Street démarrent la première semaine de cotation complète pour la nouvelle année en trombe après avoir achevé 2025 à des niveaux record. La plupart des places asiatiques ont fini lundi dans le vert, touchant pour certaines des sommets, et les indices américains sont indiqués en hausse avant l'ouverture après avoir enregistré des gains à deux chiffres au cours d'une année tumultueuse dominée par les droits de douane, la politique des banques centrales et les tensions géopolitiques.
L'impact immédiat de la nouvelle doctrine militaire des Etats-Unis devrait se faire sentir dans le secteur de la défense, car les pays devraient continuer à augmenter leurs dépenses en la matière. Parallèlement, l'incertitude accrue autour de la politique américaine pèsera sur le dollar et son statut de valeur refuge, selon les analystes.
Le billet vert s'est légèrement raffermi lundi, mais il sort de sa pire année depuis 2017, avec une chute en 2025 de plus de 9% par rapport aux principales devises.
La décision de Donald Trump au Venezuela pourrait également susciter des interrogations quant à l'attitude de la Chine à l'égard de Taïwan et sur l'éventualité d'un changement de régime en Iran.
Pour Li Fang-kuo, président de la division conseil en investissement du conglomérat agroalimentaire taïwanais Uni-President, les investisseurs ne redoutent cependant pas, pour le moment, que la Chine attaque Taïwan.
"Oui, la Chine a organisé des exercices militaires autour de Taïwan, mais nous n'avons rien vu qui ressemble aux mois d'escalade que nous avons observés de la part des Etats-Unis (contre le Venezuela)", a-t-il dit.
Après un premier mandat à la Maison blanche et un an d'un second mandat, certains analystes notent que les investisseurs ne sont plus surpris par la politique de Donald Trump, ni même les manœuvres militaires.
Charu Chanana, cheffe stratège en investissements chez Saxo, explique que l'intervention des Etats-Unis au Venezuela est pour le moment davantage une bombe géopolitique qu'un choc pétrolier. Selon elle, les investisseurs préfèrent se concentrer sur les taux directeurs et les résultats des entreprises, à moins que la décision des Etats-Unis ne menace la chaîne d'approvisionnement au sens large.
"Nous sommes dans un régime où la géopolitique est devenue une caractéristique persistante, et non une surprise", a-t-elle déclaré.
(Reportage Ankur Banerjee, Rae Wee et Gregor Stuart Hunter à Singapour; avec la contribution de Faith Hung à Taipei; version française Claude Chendjou, édité par Kate Entringer)

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