Des militaires de la garde d’honneur ukrainienne tiennent des drapeaux nationaux au-dessus des cercueils contenant les dépouilles d’Andriy Melnyk, mort en 1964 et chef d’une branche de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) lors de leur cérémonie de réinhumation au cimetière militaire national près de Kiev, le 25 mai 2026 ( AFP / Genya SAVILOV )
Les autorités polonaises ont condamné vendredi la décision du président ukrainien Volodymyr Zelensky de baptiser une unité militaire du nom d'une organisation nationaliste de la Seconde guerre mondiale, que Varsovie accuse de la mort de plus de 100.000 Polonais durant la Seconde Guerre mondiale.
"Indigné", le président nationaliste polonais Karol Nawrocki a proposé de priver son homologue ukrainien de la plus importante distinction polonaise, l'Ordre de l'Aigle Blanc qui lui avait été remis il y a trois ans pour "l'approfondissement des relations amicales" entre les deux pays.
La bataille mémorielle que se livrent Varsovie et Kiev depuis des décennies autour des massacres de populations civiles commis de part et d'autre au XXème siècle empoisonne les relations entre les deux pays.
Un hiatus particulièrement délétère dans le contexte de la guerre car la Pologne, frontalière de la Russie (Kaliningrad) et de l'Ukraine, est l'un des principaux soutiens de Kiev et son territoire une voie indispensable de l'acheminement de l'aide occidentale.
Manifestement embarrassé, le Premier ministre polonais Donald Tusk, un proeuropéen et soutien fervent de l'Ukraine, a appelé les deux chefs d'Etat à l'apaisement, mais jugé "inquiétante" la décision de Volodymyr Zelensky.
"Si les présidents Zelensky et Nawrocki deviennent les leaders des querelles et des émotions liées à l'Histoire, au Kremlin ils auront vraiment de quoi se réjouir", a-t-il prévenu.
- "Héros de l'UPA" -
Les autorités polonaises réagissent à un décret signé par le président Zelensky cette semaine en vertu duquel le Centre spécial d'opérations "Nord" des Forces d'opérations spéciales ukrainiennes a été baptisé du nom de "Héros de l'UPA".
L'UPA, pour Armée insurrectionnelle ukrainienne, fut la branche militaire d'un mouvement indépendantiste ukrainien qui a défié la domination soviétique, notamment en collaborant avec les nazis.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky assiste, le 25 mai 2026, au cimetière militaire national près de Kiev, à la cérémonie de réinhumation d’Andriy Melnyk, mort en 1964 et dirigeant d’une branche de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) ( AFP / Genya SAVILOV )
Pour Donald Tusk, cette décision "blesse notre sensibilité historique et ramène inutilement ces processus historiques et leurs interprétations à un niveau assez inquiétant".
Nettement plus radical, Karol Nawrocki, un historien de formation qui qualifie ces massacres de "génocide", a estimé que "la glorification des bandits, des assassins de l'Armée insurrectionnelle ukrainienne" démontre que "l'Ukraine n'est pas prête à faire partie de la famille européenne".
De son côté, le prix Nobel de la Paix Lech Walesa, artisan de l'effondrement du communisme dans les années 1980, a déclaré que désormais il "refuse de soutenir le président Zelensky", alors qu'il continuerait à "aider le peuple (ukrainien) dans sa lutte contre les Soviets".
"En honorant les bandits de l'UPA, le président de l'Ukraine m'a insulté, ainsi que tous nos compatriotes massacrés", a insisté l'ancien président polonais sur son site Facebook, en annonçant, qu'à la suite à ces décisions, il avait retiré le petit drapeau ukrainien qu'il portait à sa chemise.
Selon le politologue Marcin Zaborowski, "le président Zelensky a commis une erreur très grave (...) tout en ayant parfaitement conscience" de ses répercussions en Pologne.
La décision de M. Nawrocki de retirer à son homologue ukrainien l'Ordre de l'Aigle Blanc s'inscrit, quant à elle, dans sa politique à l'égard de l'Ukraine.
"Nawrocki est globalement un homme politique anti-ukrainien", hostile notamment à l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN et à l'UE, et qui a bloqué la législation prolongeant des aides spéciales aux réfugiés ukrainiens, a-t-il dit.
Ce faisant, le président polonais ne dit pas: "nous ne soutenons pas le droit de l'Ukraine à l'autodétermination, nous ne la soutenons pas dans sa guerre contre la Russie", a ajouté cet analyste du groupe de réflexion Globsec.
- Panthéon -
La Pologne ne cesse de demander que Kiev reconnaisse la responsabilité des massacres de Volhynie perpétrés sur des Polonais par des nationalistes ukrainiens dans les années 1943-1945.
En 2025, après des années d'interruption, les deux pays ont repris les exhumations de victimes de ces massacres en Volhynie (nord-ouest de l'Ukraine actuelle).
En même temps, le gouvernement ukrainien a lancé un projet visant à créer un panthéon des héros du pays pour fédérer les Ukrainiens autour de figures historiques du mouvement indépendantiste, au risque d'occulter les pages sombres de cet héritage.
Dans ce cadre, Kiev a aussi rapatrié et réinhumé cette semaine, au grand dam de Moscou, Andriy Melnyk, le chef de l'Organisation des nationalistes ukrainiens OUN qui combattait les Soviétiques pour l'indépendance de l'Ukraine mais dont des membres ont rejoint des formations SS et pris part à la déportation et au massacre de juifs et de milliers de civils polonais en Volhynie.

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