Après trois années durant lesquelles les progrès de l'intelligence artificielle ont essentiellement bénéficié aux centres de données, la prochaine vague pourrait changer de décor et s'étendre aux usines, aux entrepôts et aux transports.
Dans une récente note intitulée From Tokens to Torque, Morgan Stanley Investment Management estime que le prochain grand relais de croissance de l'IA pourrait être son déploiement dans le monde physique, notamment à travers la robotique et les véhicules autonomes.
Cette transition pourrait toutefois faire émerger de nouvelles contraintes industrielles, car si les modèles d'IA constituent le cerveau de ces machines, leur commercialisation à grande échelle dépendra également de composants plus traditionnels, comme les capteurs, moteurs, actionneurs, réducteurs et batteries. Pour Morgan Stanley, deux conditions devront progresser simultanément : l'intelligence des machines et la réduction de leurs coûts d'exploitation, afin de rendre leur utilisation économiquement intéressante.
Alors que les États-Unis continuent de repousser les limites des modèles d'IA, la Chine pourrait jouer un rôle déterminant dans la réduction des coûts de fabrication. Si Taïwan et la Corée du Sud ont largement bénéficié de la première vague grâce à leur exposition aux semi-conducteurs, la Chine apparaît particulièrement bien positionnée pour profiter de cette nouvelle étape grâce à son écosystème industriel dans les véhicules électriques, les batteries et les moteurs. Selon les estimations citées par Morgan Stanley, fabriquer un robot humanoïde en Chine coûterait environ trois fois moins cher qu'ailleurs.
Cette avance industrielle s'accompagne d'une adoption importante de l'automatisation, puisque les marchés émergents représentaient près de 70% des nouvelles installations mondiales de robots industriels en 2025, dont plus de la moitié pour la Chine à elle seule. La Corée du Sud affiche, quant à elle, la plus forte densité robotique au monde, avec 1 220 robots pour 10 000 employés manufacturiers, contre 307 aux États-Unis.
Les applications commencent également à prendre de l'ampleur chez les grandes entreprises américaines. Amazon exploite désormais plus d'un million de robots dans son réseau logistique et estime que son système d'IA DeepFleet pourrait réduire de 10% leurs temps de déplacement, avec des économies potentielles sur les coûts de livraison. Tesla a, de son côté, annoncé lors de ses résultats du troisième trimestre avoir commencé la production de ses robots humanoïdes Optimus dans son usine de Fremont, avec l'ambition d'atteindre à terme une capacité annuelle d'un million d'unités, un objectif encore éloigné des volumes effectivement produits.
Pour les investisseurs, le prochain goulet d'étranglement de l'IA pourrait donc progressivement se déplacer vers la fabrication à grande échelle de composants industriels, élargissant les opportunités au-delà des fabricants de GPU. Morgan Stanley appelle néanmoins à la sélectivité, car les contraintes d'approvisionnement et les délais de commercialisation pourraient freiner cette transition, tandis que certaines valorisations intègrent déjà un succès commercial encore à démontrer.
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