L'inflation américaine de juin est ressortie faible, très faible. Le taux annuel est retombé à 3,5%, après avoir atteint en mai un plus haut de trois ans à 4,2%, et s'est ainsi établi nettement sous les 3,8% attendus par le consensus. En rythme mensuel, l'indice des prix à la consommation a même reculé de 0,4%, sa première baisse depuis 2020.
La chute des cours du pétrole, favorisée par le mémorandum conclu entre Washington et Téhéran, a évidemment fortement contribué à ce ralentissement, mais elle ne suffit pas à l'expliquer. L'inflation sous-jacente, qui exclut l'alimentaire et l'énergie, a ralenti à 2,6%, contre 2,9% en mai, avec des prix pratiquement inchangés sur un mois. L'inflation "supercore", qui mesure les prix des services hors loyers, s'est même contractée de 0,2%, sa plus forte baisse depuis 2020.
La qualité de cette désinflation invite toutefois à ne pas extrapoler trop rapidement. Une partie importante de la surprise sur l'inflation sous-jacente provient de mouvements inhabituels dans les loyers, l'hébergement hors domicile, les télécommunications et l'assurance automobile.
Ces données remettent néanmoins au placard l'hypothèse d'une hausse des taux dès juillet, scénario qui avait gagné en crédibilité après les propos de Christopher Waller lundi. Un nouveau resserrement en septembre reste intégré dans les prix de marché, avec une probabilité implicite légèrement supérieure à 60%, mais paraît désormais plus difficile à justifier sans une nouvelle poussée des prix de l'énergie cet été.
Le débat pourrait en revanche revenir à l'automne. Les taux annuels de l'inflation sous-jacente et de l'inflation médiane devraient subir des effets de base moins favorables, notamment en octobre et novembre, lorsque les distorsions liées au shutdown de 2025 sortiront des comparaisons. Le rapport de juin constitue donc une excellente photographie instantanée, sans encore garantir une convergence durable de l'inflation vers 2%.
Cette prudence reste justifiée par une inflation supérieure à l'objectif de la Fed depuis maintenant plus de cinq ans. Les différentes versions de la règle de Taylor suggèrent d'ailleurs que les taux directeurs actuels demeurent trop faibles, même les estimations les plus conciliantes les situant environ 100 points de base plus haut, autour de 4,75%.
L'économie américaine semble également suffisamment solide pour absorber des taux plus élevés. La résistance de la consommation, régulièrement mise en évidence par les données de Bank of America, Costco, Redbook ou encore du CNBC/NRF Retail Monitor, s'ajoute au boom des investissements dans l'intelligence artificielle pour soutenir l'activité.
Le marché du travail constituera toutefois le véritable juge de paix. Sous Kevin Warsh, la Fed sera probablement davantage disposée à tolérer une remontée graduelle du chômage si celle-ci permet de ramener durablement l'inflation vers 2%. Mais une dégradation rapide qui activerait la fameuse "règle de Sahm" provoquerait suffisamment d'inquiétude sur les marchés pour pousser une majorité de responsables monétaires vers une politique plus accommodante.
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